par Serenera » 04 Sep 2008, 19:26
Le Maître du haut château est fort sympathique en effet.
As-tu lu Rêve de Fer de Norman Spinrad ? L'histoire d'un écrivain de seconde zone nommé Adolf Hitler qui émigre aux Etats-Unis pour écrire un bouquin de SF appelé [i]Le Seigneur du Svatiska[/i
Mon coeur se serre lorsque je vois des néophytes se ruer sur le rayon Werber au lieu de prendre un Dick, un Asimov, un Bradbury, un Van Vogt, un Lovecraft, un Silverberg, démiurges qui transcendent le genre avec un souffle et une plume implacable.
Forcément, leurs oeuvres ciblent un lectorat extrêmement restreint (les dingues, les politiques, les rêveurs audacieux, les ravagés du ciboulot, les extrémistes de la poétique et autres colosses aux pieds d'argile) de nos jours (placés sous le signe du politiquement correct et du "ne mangez pas trop salé" (même combat, celui de la médiocrité utilitariste contre la passion, pas étonnant que la pensée critique se re-passionne pour le gothique).
Alors que chez les bisounours des littératures de l'imaginaire, on flirte sur l'esprit TF1, Canal + pour les plus sauvages (c'est dire le niveau). On cible large, faut que ça plaise, faut ça se vende. J'excepte volontiers Les Fourmis volume 1, pari pour le coup audacieux et intéressant dans son traitement).
Maintenant, si tu mets sur un pied d'égalité une oeuvre dense comme Je suis une Légende (le roman, surtout pas le film), passionnée et intellectualisée tout en restant spectaculaire et généreuse, et le Père de nos Pères, ersatz de scénario de Z piqué aux hormones d'hérisson nyctalope où tous les poncifs y passent sans pour autant être maîtrisés (le couple improbable du vieux moche intello, la reporteuse bimbo futée mais pas fut-fut, l'actrice porno hydrocéphale, les parodies du prof. Tournesol), et pire, traités avec suffisance intellectuelle (le côté donneur de leçon humaniste en vogue depuis 10 piges), eh-bien, c'est que tu es trop jeune pour avoir plusieurs niveaux de lecture.
Le plus drôle, c'est qu'en cherchant le conformisme, ces auteurs finissent par devenir plus faf que les fafs. Là où Lovecraft, écrivain misanthrope et raciste s'il en est (admirateur de Hitler dans un premier temps) avoue par ses nouvelles métaphoriques que c'est en fait le monde qu'il déteste et qu'il n'est rien d'autre qu'un doux rêveur qui épousera d'ailleurs une jeune femme de confession juive, un Werber nous pond du roman bien réac' où la femme bien que demeurée est l'avenir de l'homme, un univers où les paranos seraient heureux d'être exploités dans des entreprises de sécurité (soit la promotion sans le vouloir de l'aristocratie naturelle et du darwinisme social).
Mais je m'emporte. Ca me tient trop à coeur ces choses là. Désolé si je vexe des fans de Werber, j'ai moi même eu ma (courte) période.