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Textes et impasses

Vos textes, vos tableaux, vos dessins ou encore vos retouches assistés par ordinateur ?

Textes et impasses

Messagepar Serenera » 01 Sep 2008, 04:13

Premier chapitre d'un de mes projets littéraires. Citations dans leur langue à la fin du texte. Après avoir massacré la plupart d'entre-vous, il eût été lâche de ma part de ne pas poster un extrait de ma propre production. Le contenu étant parfois cru, je déconseille aux moins de 16 ans de le lire.

Il s'agit en fait d' un petit exercice de style, dans la mesure où j'alterne plusieurs voix narratives, toujours à la 1ere personne. Je posterai la deuxième voix bientôt, pour comparer un peu.


1.
La pâleur montre jusqu'où le corps peut comprendre l'âme.

Cioran.


Les jours de pluie comme ça, je me surprends parfois à
déclamer silencieusement quelques vers de Coleridge.
Je ne sais pas, c'est peut-être le bruit de la pluie
sur le pare-brise
ou la mine triste des badauds. Plus précisément,
ce sont des vers de La Ballade du Vieux Marin
qui me reviennent alors en mémoire.
Jours après jours encalminés,/
ni voile ni vent de la journée/
Nous avions l'air d'un Vaisseau peint/
Sur une toile peinte d'Océan..

Ces quelques vers – dont la traduction ôte d'ailleurs
toute substance poétique – décrivent assez bien
notre vie. Pas la vie de tout le monde certes,
mais celle de l'homme du commun.
En vérité, je me suis souvent senti proche de ce vieux marin dont Coleridge narre les misères. Les jours passent sans que rien n'arrive, sans que rien ne change vraiment. Ni voile ni vent, en somme. Et notre vie est semblable à celle du voisin.

Odyssée grotesque de l'homme lambda. On roule, on prend le métro, on marche vers notre lieu de travail, où l'on fait semblant de gagner notre pain quotidien. On rentre après avoir fait les courses. Le jus de fruit pour le mioche. La salade bio pour sa femme. Un pack de bières pour soi. Ombres de ce qu'on aurait voulu être, de ce qu'on aurait peut-être pu être. Et le regard des autres n'est qu'un miroir. Parfois convexe, parfois concave, il nous renvoie une image distordue mais néanmoins criante de vérité.

Nous sommes des cadavres ambulants, des figurants faussement enthousiastes appelés pour un mauvais feuilleton. Toute la vie n'est qu'une mise en scène, et les hommes et les femmes autants de personnages, disait Shakespeare. Un Vaisseau Peint sur une toile peinte d'Océan, disait Coleridge. Jusqu'au tombeau.

Certains échappent à la règle.

Moi, par exemple.

Comme beaucoup, j'ai fait ce triste constat, j'ai plongé mon regard dans l'abîme, et l'abîme aussi a regardé en moi. Mais je suis parvenu à sortir des ténèbres. Je suis aujourd'hui ce qu'on appelle un homme heureux. Ou du moins, aussi proche du Souverain Bien qu'un simple mortel peut l'être.
Déjà, je suis un homme riche. Et les pièces d'or permettent de faire beaucoup de choses. Je culpabilisais au début. L'argent ne saurait être qu'un palliatif, pensais-je, avant de me rappeler combien Sénèque lui-même était riche, tout stoïcien qu'il était.

Etre riche, cela permet d'abord de rire du malheur financier d'autrui. Voir un clochard rubicond pourrir contre son muret, ceint dans son sarcophage d'odeurs nauséabondes, cela fait ma journée. C'est mon petit rayon de soleil à moi. Tandis qu'il passera sa soirée à ingurgiter à grand-peine son infect litron, à rêvasser devant les étudiantes timides qu'il ne pourra jamais avoir, je profite. Je m'offre tous les soirs un bon restaurant dont les menus à rallonge proposent des plats aux noms les plus ridicules. Mais le vin est fin et la cuisson parfaite. Après ce dîner, j'ai pour habitude de regagner mon logis en région parisienne. Plus d'épouse mono-maniaque ou de moutards attardés à m'occuper.

J'ai appris à aimer la solitude. Je n'en ressens plus le sentiment, d'ailleurs. Non pas que je soie toujours seul, non. En homme soigneux, j'entretiens mon hygiène avec la plus stricte vigilance. Je fais régulièrement monter quelques slovènes. L'hygiène, c'est important. Je crois être un des seuls hommes sur terre à l'étendre à tous les domaines.

Mais mon propos s'égare. Riche, oui, je le suis. Et je peux en être fier, car je n'ai jamais hérité. Je n'aurai d'ailleurs jamais accepter que feu mes parents me laissassent le moindre centime. Question de principes... Je suis un homme droit, après tout. Ma richesse n'est que le fruit de mon talent. Je suis écrivain. Poète, pour être plus exact. Un des rares à pouvoir vivre de sa plume. Rien d'étonnant à cela, car j'ai la chance d'avoir bénéficié d'une éducation de fer et d'une instruction pantagruélique. Mon intelligence couplée à un physique agréable a fait le reste. Quelques rencontres providentielles. Quelques mains serrées, quelques dames du grand monde réconfortées et le tour fut joué.

C'est ce terreau qui engendra la récolte la plus fertile au monde. Surhomme Nietzschéen, je ne crains désormais plus rien. Et pourtant, la mélancolie me guette encore par les crépuscules pluvieux. C'est mon côté poète j'imagine. D'ailleurs...

Tiens, curieux, ce bruit. C'est bien le moment, alors que je viens juste de redémarrer. Ces embouteillages, vraiment, quelle plaie. Bah, ça va sûrement s'estomper. Où en étais-je dans mon monologue ...? Ah oui, Nietzsche... Encore ce bruit... ? Je croyais pourtant avoir veillé à ce que ça n'arrive plus jamais. Mais un homme ne fait jamais assez montre de prudence. Il faut vraiment que je m'arrête, ou ça va être la catastrophe, l'accident terrible. Ce serait dommage de périr de la sorte alors que le jeu vient juste de commencer...

Forts, ces bruits. Cette voiture, vraiment... un orchestre ne m'assourdirait pas autant. Voyons...
Là, cette aire de repos... Pourvu que j'arrive à temps... Foutue pluie... On y voit goutte... Moi qui croyais que le temps allait se dégager, voilà qu'il vire à l'orage... Tombé le vent, tombées les voiles/Une infinie tristesse s'étend,/ Nos bouches seules brisent en parlant/Le grand silence de l'Océan.

Coleridge, tais-toi...
Ca n'est vraiment pas le moment...
Quoique...

Nous-y voilà. Particulièrement laide, cette aire.
Pourvu qu'elle soit déserte et que je puisse tout remettre en ordre, les bruits se font de plus en plus criants.
Bon, sortons. Eh-bien, mon gaillard, il ne fait pas exactement chaud. A tous les coups, je suis bon pour la crève. Enfin, on a rien sans rien...
Alors, qu'est-ce qui cloche ? La clef, j'ai oublié la clef... Ah, la voilà... Diable, le coffre ne veut pas s'ouvrir. Ma petite boîte de Pandore à moi.
Voilà !
Ecarlate tristesse...
- « Chhh... ne pleure pas... »

Mais elle continue à pleurer. A chaudes larmes. C'est ce qu'elles font toutes. Celle-ci semble en prime s'être blessée à la tête à force d'avoir cogné contre le coffre. J'espère qu'elle ne souffre pas trop : je ne suis pas quelqu'un de cruel. Bonne idée, ce baillon de fortune. Il eut été dommage qu'elle hurlât.

Où est-il, ce marteau ?
Je croyais pourtant l'avoir laissé sur la place arrière... Ah, ici, il aura roulé pendant le trajet. Magnifique. J'hésite un peu, quand même. Elle est ravissante. Cette lividité toute cadavérique. Ce sang séché sur sa tempe. Son regard d'animal terrorisé. J'ai envie de la pénétrer maintenant, ça ne va plus. Chaque chose en son temps.

- « Elle regard libre lèvres vermeilles,/Elle cheveux d'or échevelés,/Elle peau blanche comme d'une lépreuse,/A voir sa chair, l'air se glaçait. »

Evidemment, elle ne peut me répondre. Mais je ne veux pas qu'elle le fasse. Comme si une gamine de seize ans pouvait comprendre quelque-chose à la poésie. En revanche, je suis à peu près certain que ces vers s'immiscent en elle et affleurent son coeur.
Onguent délicieux.
Elle s'apaise, je préfère ça. Elle souffrira moins si je l'assomme du premier coup.
Voilà.
Il est l'heure de rentrer, maintenant. L'installer au manoir. Elle sera belle habillée en poupée. J'aurai juste le temps de prendre une douche et d'aller retrouver Monsieur l'Ambassadeur au dîner mondain.


1. Day after day, day after day/ we stuck, ne breath ne motion/ As idle as a painted Ship/ upon a painted Ocean. [i]The rime of the Ancyent Marinere, Samuel Taylor Coleridge (1798).

2. All the world's a stage, And all the men and women merely players. As you like it, II/7, William Shakespeare (1599).

3. Down dropt the breeze, the Sails dropt down,/ 'Twas sad as sad could be/ And we did speak only to break/ The silence of the Sea.The rime of the Ancyent Marinere, Samuel Taylor Coleridge (1798).

4. Her lips are red, her looks are free,/Her locks are yellow as gold :/Her skin is as white as leprosy,/ her flesh makes the still air cold. The rime of the Ancyent Marinere, Samuel Taylor Coleridge (1798).
Dernière édition par Serenera le 05 Sep 2008, 17:35, édité 2 fois.
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Messagepar Dell » 01 Sep 2008, 11:31

Chapeau, le style est d'une fluidité, on glisse dessus comme sur un parquet ciré et on se laisse emporter.
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Messagepar Serenera » 05 Sep 2008, 17:36

Petit texte sans queue ni tête.


Monsieur Aimé avait depuis fort longtemps passé la soixantaine, et il paraissait bien son âge. Homme petit et fragile, son visage était celui d'un homme d'un autre temps, il était une de ces majestueuses figures d'antan, au front blême, aux grands yeux tristes et au sourire énigmatique. Monsieur Aimé était professeur de littérature depuis déjà huit lustres, et il était toujours autant passionné par sa matière. Force est de constater que certains professeurs entretiennent le plus souvent de bonnes relations avec leur matière, parfois même des relations de confiance et d'amitié, mais la relation qui liait Monsieur Aimé à la littérature allait bien plus loin que cela. Il était corps et âme épris des mots et des lettres, des phrases et des vers. Et son amour était total, aucune forme de versification n'avait à souffrir une quelconque intolérance, il aimait autant les alexandrins que les pentamètres iambiques Shakespeariens, autant la qualité sonore et musicale d'un sonnet de Verlaine que les terrifiantes et fantastiques visions d'Aloysus Bertrand. Et il n'était point raciste, que non. Il s'émerveillait autant en lisant les poèmes d'Ibn Zamrak qu'en chantonnant une ballade irlandaise.
Monsieur Aimé filait la plus parfaite histoire d'amour avec la littérature depuis sa plus tendre enfance. Leur rapport demeurait platonique tandis qu'il s'adressait à ses élèves, mais sitôt esseulé, monsieur Aimé faisait l'amour avec la poésie. C'était physique, charnel et sublime. Cela commençait doucement, par quelques menues caresses, un sonnet lu d'une voix douce, une page de Salammbô effleurée des yeux ; puis tout s'accélérait, Monsieur Aimé se laissait progressivement gagner par le plaisir. Bien sûr, il tentait parfois de retarder l'envolée finale, se forçant à buter sur un "e" caduque pour ne pas être atteint par le baiser fulgurant infligé par un vers octosyllabique, fermant son esprit aux images ésotériques d'un Mallarmé ou d'un T.S Eliot, mais il ne parvenait jamais à résister bien longtemps au Beau, au verbe. Il sombrait alors dans un état proche de la catatonie ou du delirium tremens, selon l'oeuvre lue, et demeurait clos à contact avec le monde extérieur. Il était loin, Monsieur Aimé, si loin ! Il voguait vers les rivages paradisiaques de Stevenson, il gravissait les Montagnes Hallucinées de Lovecraft, il voyageait dans la poésie stellaire de Bradbury et affrontait terrifié le Feu narré selon Barbusse. La littérature était cosmique, son alpha et son omega. Une relation si passionnelle et si subtile lui causa, vous vous en doutez, bien des soucis. A commencer par sa tendre femme, Emma, qui ne put supporter plus de dix ans ses errances esthétiques. S'en suivit la perte de ses plus proches amis, puis de toute relation non professionelle, jusqu'à en arriver au point final où le monde réel cessa d'exister entre la salle 45 où il enseignait et le 1 rue Farenheit où il avait élu domicile. Comme c'était drôle de le voir subitement s'éteindre à la sortie du Lycée Péguy. Ses yeux tout encore illuminés de Baudelaire s'éteignaient comme des lampes à huile d'autrefois, et sa bouche muette exhalait l'odeur âcre du désespoir le plus froid. Il ne reconnaisait ni élève ni enseignant, ni parent ni surveillant, et traversait le dédale Kafkaïen d'une ville sombre, sans âge, absurde et hostile.
Arrivé chez lui, il s'installait péniblement dans un somptueux fauteuil victorien, recouvert du velours le plus vieux et odorant, et se saisissait d'un geste auguste d'un exemplaire des Tales and Poems from the dead d'Edgar Poe. Il lisait toujours Poe en rentrant. Les poèmes du grand homme sombre et torturé étaient, en leur langue d'origine, parmi les plus beaux qu'il fût. Les mots s'entre-croisaient, s'embrassaient et se mêlaient tout en emplissant le salon entier d'une musique irréelle et immanente. C'était en lui, c'était lui, c'était sa renaissance et son enterrement. Toutes les traductions, fussent-elles réalisées par Baudelaire ou Mallarmé, n'auraient point pu rendre ne fut-ce qu'un soupçon d'une telle poésie. Et son visage reflétait une telle émotion que l'on aurait aisément pu deviner le cours de ses pensées. Se glisser dans son coeur, écouter le trépas de son âme. Monsieur Aimé lisait, récitait et pleurait, contemplant les ombres de la littérature danser en face de son fauteuil. Quelle magie.
That, o'er the floor and down the wall,
Like ghosts the shadows rise and fall!
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Messagepar Serenera » 05 Sep 2008, 17:40

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Messagepar Serenera » 05 Sep 2008, 17:41

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Messagepar Serenera » 05 Sep 2008, 17:43

Conte en anglais, écrit il y a plusieurs années. Faudrait que je revisse la grammaire.

A tale of sin and atonement


The old clergyman has been inwalled within the plastered-walls of the mansion for eternity, and no-one will ever pay attention to his complaint, even that light-hearted family that has recently moved into Erebus Mansion. They pretend not to hear the dim syllables that stalk the night, seeking for compassion ... Harken to me ... Oh, they gradually get used to his ever-fleeting agony.
What manner of man was he to endure the pain and to survive those frozen-torturing days ?
Half-fiend half-man, some say, or perhaps was he but a wretched man, perpetually eaten-up by remorse and guilt.
Yes, he must have been the most ashamed and accursed man to deserve that pain. And atrocious indeed are his doomed days spent in the bosom of the mansion !
Stretched in the most horrid way within the stone, he must feel every-day his own blood oozing from a hundred wounds, only healed at dusk to be reopened at dawn.
Oh, dare you open up your mind ? And imagine ... Twenty years ago this man locked himself up in a shadowed room, gazing at his clerical garb painted in fresh, crimson blood. He was holding a tiny little thing in his arms, all splintered and lifeless, a little thing he swiftly hid into an iron-vault and which was never to be found ...
And a dreadful smile was lightening his pallid face in the most darker fashion until he fell asleep.
Yet he did not awake where he used to sleep. No, he woke up where the gloom becomes sound, in the land of mist and ash.
What must have been his first reaction when he came across those deep-seated gardens ? He was now in the grip of fright, devoured already by the whole place, the organic thing that beats and is alive, out of space and out of time, the heart of darkness, Hell. He wandered for whole decades before reaching a lonely keep ...
The ground was hot, smooth and made of a dark-red rotten substance that filled the air with a most horrible stinch. It was as though he was breathing death itself.

Sky there was none, and neither was there any horizon. Sanity had now left him, and he hardly manage to step unto the mansion ground, where he tried vainly to collapse. Something forced him to stand up and walk, and that thing was a peculiar lullaby. Nonetheless,the lullaby was not a spellbiding one, for the effects it had upon him were fantastic.

He closed his eyes at once and called out for help, shaking like a leaf, until it eventually came up to him. It was seemingly a ghost, a seven-eight year-old child ghost with outstretched arms and legs.
And It had been waiting for him ... for aeons ... The thing took him by the hand and burst into tears.
At first he felt neither pain nor relief, and then ... Anchored memories came from afar, and blackness devoured him. What had he done so long ago ? He ran away in a desperate attempt to avoid remorse, and lost him-self in the underworld rivers, crying out in pain.

He woke up next morning, imprisoned in the walls, unable to die or to escape. The ghost has haunted him all day-long, since that night, torturing him with sobs. Once, the clergyman did beg the ghost to spare him ; what an ironic situation, wasn't it ? For what had been a child did once beg the clergyman not to murder him. And the Devil's fearsome laughter did curdle the blood of the angels.

Now and then the family may catch the illusive echo of the sinner's lament. And, at times, when fear is exceeded by human folly, they approach carefully the decayed wall, and behold for a single moment the moistened spot which, at the stroke of midnight, takes the very shape of a man, that resembles an old witch-cursed clergyman
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Messagepar nath » 05 Sep 2008, 17:48

Si seulement je savais lire l'anglais... Malheureusement, je ne connaîtrai Poe que par Baudelaire mais tu te doute bien que cela me plait :wink:

Superbe écriture en effet ça coule comme une eau limpide.

:D
nath
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Messagepar Caligula » 05 Sep 2008, 17:48

où ma race maudite se maudit en geignant.


*Smileyloveduneniaiseriedégoulinante*

Je n'ai pas encore lu la totalité des textes. Mais ça me fait jouir à l'avance.
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Messagepar Serenera » 05 Sep 2008, 17:48

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Messagepar Serenera » 05 Sep 2008, 17:51

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Messagepar Serenera » 05 Sep 2008, 17:52

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Messagepar Caligula » 05 Sep 2008, 17:55

Celui-là étrangement me rappelle quelque chose.
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Messagepar Serenera » 05 Sep 2008, 17:55

Ma propre traduction d'une chanson confédérée. La forme est pas top mais j'aime beaucoup le fond.

Oh, j'suis un vieux soldat du Sud le soldat rebelle eh bien c'est moi;
Et quant à cette belle terre de liberté, elle ne m'intéresse pas,
J'suis bien content d'l'avoir combattue, Dommage qu'ils aient gagné,
Et pas question que j'demande pardon pour tout ce que j'ai fait.

Je crache sur la Constitution et sur leur République je veux,
Je crache sur le bureau fédéral et sur ces types en bleu !
Je crache sur ce maudit Aigle avec ses serres griffues
Et ces menteurs et ces voleurs de Yankees, je les hais de plus en plus.

J'crache sur cette nation de Yankees et sur tout ce qu'elle fait,
Et j'crache aussi sur la Déclaration d'Indépendance ça ouais !
J'crache sur la glorieuse Union, qu'est peinte avec not' sang,
Et j'crache sur leur drapeau étoilé qu'j'ai combattu longtemps,

J'ai suivi l'maréchal Lee pendant quatre ans, à peu près,
'été blessé par trois fois, j'ai crevé de faim pour de vrai,
En campant dans la neige j'ai eu des rhumatismes avant l'âge,
mais j'm'e suis fait plein de Yankees, et j'veux en tuer d'avantage !

Et sur notre bonne terre 300.000 Yankees ont clamsé,
On s'en ai fait 300.000 avant que ce soit réglé,
'sont morts de not' bonne fièvre, par nos balles et par not' fer,
Dommage que c'soit pas 3 millions qu'aient eu les quatre fers en l'air !

J'peux plus reprendre mon mousquet et continuer à en tuer,
Mais j'vais pas m'mettre à les aimer, j'vais t'dire plutôt crever !
Pas question que j'demande pardon pour ce que je suis et ce que j'ai été,
Et mon pays veut pas être restructuré, et je les envoie tous chier !
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Messagepar Serenera » 05 Sep 2008, 17:57

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Messagepar Serenera » 05 Sep 2008, 17:58

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Messagepar Caligula » 05 Sep 2008, 18:01

Du calme.


:)
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Messagepar Celebo » 05 Sep 2008, 18:01

Attention à la faute :

Une étrange pluie d'été martelait régulièrement les pavés de la place Saint-Michel, et Schreiber sentait les larmes lui monter aux yeux.
Celebo

Messagepar Serenera » 05 Sep 2008, 18:01

Voilà, à peu près autant de textes que de critiques composées dans cette section.

ma race maudite se maudit en geignante est sûrement ma phrase favorite du lot. :lol:

Merci pour votre attention et compliments.

Poe vaut à lui tout seul l'apprentissage de l'anglais.

J'ai les larmes aux yeux à chaque fois que je lis à haute voix un de ses poèmes.

Ajout : Merci de relever les fautes, c'est une initiative heureuse :)
Serenera
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Messagepar Caligula » 05 Sep 2008, 18:03

Tu m'en liras en vrai.


Je vais faire une critique de chacun de tes textes. Un par un.
Pas tout de suite. Ce week-end, je pense.
Caligula
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Messagepar Serenera » 05 Sep 2008, 18:05

Avec plaisir.
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Messagepar Morgause » 08 Sep 2008, 10:22

Je suis une bien piètre critique, tout ce que je peux dire c'est que j'ai adoré (ceci est une métonimie).
Morgause

Messagepar Caligula » 08 Sep 2008, 21:21

Métonymie.
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Messagepar Morgause » 09 Sep 2008, 09:07

Je sais que j'ai fait une faute. J'ai regardé hier dans le dico et pas eu le temps de la corriger.
Morgause

Messagepar Serenera » 09 Sep 2008, 12:01

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Messagepar Serenera » 15 Sep 2008, 11:43

Aujourd'hui quelques mots sur le poème The Sleeper (la dormeuse) d'Edgar Allan Poe. Ce n'est ni une étude ni un exposé, juste quelques commentaires et indications pour les curieux.

Il s'agit d'un poème aux rimes plates composé en tétramètres iambiques (faible-forte-faible-forte-faible-forte-faible-forte at Mid night in the month of june), soit la composition académique du poème en langue anglaise. L'auteur nous offre sa vision de la mort d'un être cher. Allons-y.

At midnight, in the month of June, : Solstice d'été, nuit de tous les mystères.
I stand beneath the mystic moon.
An opiate vapour, dewy, dim,
Exhales from out her golden rim, : brume nocturne, soit un rideau onirique qui recouvre le paysage.
And, softly dripping, drop by drop,
Upon the quiet mountain top,
Steal drowsily and musically
Into the universal valley. : the universal valley : comprendre le cimetière, terre universelle.
The rosemary nods upon the grave; : Le romarin, symbole du souvenir, de la mémoire, plante qui pousse souvent dans les cimetières.
The lily lolls upon the wave; : Le lys, la pureté, la blancheur, la beauté, la mort.
Wrapping the fog about its breast,
The ruin moulders into rest; : sommeil, impression de tranquillité renforcée par la structure rythmique.
Looking like Lethe, see! the lake : Le léthé, fleuve des enfers de l'Oubli. (cf Baudelaire)
A conscious slumber seems to take,
And would not, for the world, awake.
All beauty sleeps! - and lo! where lies : Tous sont morts, l'auteur cherche la tombe de son aimée.
Irene, with her Destinies! Dans la mythologie, Eirene est la déesse de la quiétude.


Seconde strophe, le poète s'approche du tombeau, attiré par un vent mystérieux qui soulèvent le linceul et projette des ombres folles. Le corps semble en vie pour l'oeil du poète, qui s'inquiète pour elle.

Oh, lady bright! can it be right-
The window open to the night?
The wanton airs, from the tree-top,
Laughingly through the lattice drop -
The bodiless airs, a wizard rout, : La rafale de vent, vue comme "magique" selon le poète.
Flit through thy chamber in and out,
And wave the curtain canopy : le vent soulève le voile, comme si elle vivait encore.
So fitfully - so fearfully -
Above the closed and fringéd lid
'Neath which thy slumb'ring soul lies hid, : Les ombres projetées ressemblent à des fantômes, on a la galerie gothique traditionnelle. La mort, les spectres, l'amour éternel.
That, o'er the floor and down the wall,
Like ghosts the shadows rise and fall!
Oh, lady dear, hast thou no fear? : Le poète s'adresse à elle comme si elle vivait. Aurait-elle peur des fantômes ? Des souvenirs qui rejaillissent ?
Why and what art thou dreaming here? : De quoi peut-elle rêver, puisqu'elle dort depuis si longtemps maintenant ?
Sure thou art come o'er far-off seas
A wonder to these garden trees!
Strange is thy pallor! strange thy dress! : Jeu avec les canons de beauté de l'époque. Elle est pâle comme la mort, rien de plus beau, et pour cause, elle est mort. L'auteur feint de l'ignorer et s'émerveille également du singulier vêtement qu'elle porte.
Strange, above all, thy length of tress, : Détail macabre, jeu avec les codes. Ses tresses ont continué à pousser après la mort.
And this all solemn silentness!

3eme strophe, le poète prie pour qu'elle aille au paradis et que son sommeil ne soit jamais interrompu par des fantômes. Analogie avec sa propre situation : le propre sommeil du poète est toujours dérangé par les spectres du passé. Ses visions de son amour.

The lady sleeps! Oh, may her sleep,
Which is enduring, so be deep!
Heaven have her in its sacred keep!
This chamber changed for one more holy,
This bed for one more melancholy,
I pray to God that she may lie
Forever with unopened eye,
While the pale sheeted ghosts go by!


Analèpse, le poète revient sur l'histoire de la jeune fille, qui ouvrit la boîte de Pandore en envoyant une pierre sur une tombe, d'où parvint le gémissement d'un mort.

My love, she sleeps! Oh, may her sleep, : Crescendo dans l'émotion, facile à analyser.
As it is lasting, so be deep!
Soft may the worms about her creep! : curieuse image, puissent les vers aller et venir doucement en elle.
Far in the forest, dim and old, : cliché habituel de la litt. gothique.
For her may some tall vault unfold -
Some vault that oft hath flung its black
And wingéd panels fluttering back,
Triumphant, o'er the crested palls,
Of her grand family funerals -
Some sepulchre, remote, alone, : CF le poème Annabel Lee.
Against whose portal she hath thrown,
In childhood, many an idle stone -
Some tomb from out whose sounding door
She ne'er shall force an echo more,
Thrilling to think, poor child of sin!
It was the dead who groaned within.


Voilà quelques petits points qu'il me plaisait à souligner. Un poème dans la plus pure tradition Poe-tique, d'esthétique gothique, lyrique, romanesque, horrifique. Amant esseulé et éploré, la belle au bois dormants, la construction fantasmagorique d'un univers autre, la pensée magique, etc etc.
Serenera
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