Shin Dark, je suis toujours heureux de parler de Nietzsche avec des gens qui l’ont lu ; tu donc tout à fait raison de m’interpeller là dessus.
Cependant je ne comprends pas ta réaction quand tu dis que ton post n’avait pas l’intention de se référer explicitement au « Par delà bien et mal », mais constituait seulement une invitation à aller le lire. Intention, je m’empresse d’ajouter, ô combien louable. Ce n’est pourtant pas ce qu’on comprend en te lisant :
Comme le disais Nieztsche (je fais toujours une faute a Nieztsche, mais je ne sais pas ou, désolé ), il faut être pardela bien et mal, éludons ces conceptions restrictives..
Pour moi, cette phrase veut clairement dire que tu te réfères à Nietzsche en le citant : « comme le disais (sic) »… ce qui équivaut quand même à aborder, au moins un peu, sa théorie, n’est-ce pas ? Mais tout ça n’est pas très important, et puisqu’il faut en passer par Nietzsche, allons-y.
Selon Nietzsche, il n’y a pas à choisir entre le bien et le mal, il n’y a pas une de ces valeurs qui est meilleure que l’autre. Elles ne sont en rien restrictives non plus : simplement, elles ont été mal fondées dans la société, puis récupérées par des gens qui les utilisent pour leur profit personnel en les détournant de leur nature. Je n’entre pas ici dans la question de qui sont-ils. Je me borne à dire que Nietzsche essaie de remonter le cours de l’évolution des concepts de bien et de mal à travers l’Histoire pour montrer qu’ils signifient au fond exactement le contraire de ce qu’on voudrait qu’elles signifient aujourd’hui.
Ainsi, aller « par delà bien et mal », ce n’est pas détruire le principe d’un bien et d’un mal en les relativisant ou en disant que finalement, elles dépendent du point de vue de qui les met en pratique. Nietzsche exècre le « chacun sa morale et chacun son bien et son mal », comme la déliquescence de la société moderne (é oui c’était aussi un gros réac).
Aller « par delà bien et mal », cela veut dire : remontons jusqu’à l’origine de ces valeurs et regardons un peu pourquoi elles ont été inventées et ce qu’elles veulent dire au fond : on constatera alors qu’elles sont été détournées, et qu’en prenant conscience de ce détournement on prendra du même coup conscience de ce qu’elles glorifient : la vie, et l’expansion de la vie. Rien d’autre. En très-très gros, il faut que « le bien » de synonyme de pitié et d’altruisme qu’il est, repasse en synonyme de « noble ». C’est d’ailleurs le titre du 9e chapitre : Qu’est-ce qui est noble ? ou Nietzsche tente une définition d’un « bien » purifié et réhaussé. Au contraire d’une société démocratique fondée sur les principes corrompus de bien et de mal, une société saine est « aristocratique ».
Les paragraphes les plus clairs sur cette question sont les 259 et 260. Ca se trouve facilement (et c’est trop long à citer…) peut-être qu’on trouve le texte électronique sur le net ? Qu’as-tu pensé des ces 2 paragraphes Shin-Dark ?