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pierre françois lacenaire

Tout l'art de la plume...

pierre françois lacenaire

Messagepar titiff » 26 Sep 2008, 09:28

que peut bien faire un tel auteur dans ce forum ?
lacenaire, gothique ?
en quelque sorte oui !
pourquoi ?
parcequ'il préféra, lors de son procès aux assises, plaider pour sa propre exécution plutôt que de finir ses jours en prisons.
son destin a donc quelque chose de tragique ! et de "mortuaire" ...
ci-après un "copier-coller" de son œuvre, censurée en partie par l'ordre moral de l'époque...
et dont la mise en page (version mumule) permet (ce me semble) de contourner l'interdiction ci-dessous : du reste, je ne comprends pas qu'un auteur dont l'oeuvre est passée dans le domaine public ne puisse pas être consultée (de là à supposer qu'une édition quelconque s'appropriant ainsi des droits d'auteurs n'appartenant plus à personne se rendrait coupable d'un abus de pouvoir voir d'un vol - car voler c'est s'approprier quelque chose - , il n'y a qu'un pas ! oserais-je le franchir ? ... "je vais me gêner tien"...)


voici en copier-coller les infos que j'ai glanées sur la bibliothèque nationale

"Pierre-François LACENAIRE
(Lyon, 20 décembre 1803 - Paris, 9 janvier 1836) Par Marc Nadaux
Pierre-François Lacenaire est né le 20 décembre 1803, au sein d’une honorable famille de commerçants établie près de Lyon. A partir de 1812, commencent ses études qui le conduisent, comme chaque fils de bonne famille dans la région, au lycée de Lyon. Lacenaire est ensuite admis au petit séminaire d’Alès dont il est bientôt chassé en raison de son inconduite. Le jeune homme s’installe alors à Chambéry où il entame une licence de droit en 1819. Lacenaire abandonne bientôt sa qualité d'étudiant et, fort de ses connaissances et de son savoir-vivre, il trouve à se placer, dans les années qui suivent, chez un avoué puis chez un notaire où il est clerc, enfin auprès d’un banquier. Cependant, les indélicatesses qui se répètent auprès de ses employeurs, ses débauches dans la ville de Lyon le font renvoyer après quelques mois d’activité. Privé alors du soutien financier de sa famille avec la faillite de l’entreprise paternelle, Lacenaire est bientôt contraint à chercher refuge à Paris en 1825. Il sait s’y faire accueillir par les journaux de l’opposition et entame une carrière littéraire, rédigeant à l’occasion quelques pièces de vaudeville. Cependant, en 1826, Lacenaire décide de s’engager dans l’armée française, avant de renoncer quelques mois plus tard. A Paris, il reprend son activité journalistique avant de renouveler l’expérience en 1828. Celle-ci s’achève l’année suivante. Pierre-François Lacenaire déserte de nouveau lors de l’expédition de Morée.
Un duel malheureux suite à un différent survenu avec un neveu de Benjamin Constant, qu’il tue, le prive bientôt de ressources. Lacenaire vole alors un cabriolet qu’il revend peu après. Arrêté, ce délit lui vaut un an de réclusion. Il purge sa peine à la prison de Poissy et fait là, dira-t-il par la suite, son "université criminelle". Dès sa sortie en effet, Lacenaire fonde une association de malfaiteurs, spécialisée dans l’organisation de vols à la tire et de cambriolages.
En 1833 cependant, il est de nouveau arrêté par la police parisienne pour avoir dérobé l’argenterie d’un restaurant. Pierre-François Lacenaire encourt bientôt une nouvelle condamnation. Son deuxième séjour à la prison de Poissy doit cette fois-ci durer treize mois. Il rédige alors une ballade, Pétition d’un voleur à un roi, son voisin, qui le rend célèbre. Profitant de cette nouvelle notoriété, Lacenaire collabore de manière régulière au journal Le Bon Sens, que dirige Altaroche, un détenu politique. Il livre plusieurs papier à cette feuille, dont un article remarqué sur le régime pénitentiaire, Les Prisons et le régime pénitentiaire. L’ancien prisonnier y décrit l’initiation criminelle et les mœurs infâmes qui sont de règle dans les maisons centrales. Sans argent, il assassine Chardon, un ancien camarade de prison, ainsi que sa mère qui loge passage du Cheval-Rouge à Paris, avec l’aide d’un complice nommé Avril. Ayant épuisé rapidement l’argent du crime, Lacenaire se décide à commettre un nouveau forfait. Le 31 décembre 1834 et avec l’aide de François, il tente ainsi d’égorger le dénommé Genevay, garçon de recettes d’une banque parisienne qui s’en retournait de sa tournée. Attiré par les deux malfaiteurs, dans la cour située au n°36 de la rue Marie Stuart, située entre la rue Montorgueil et la rue Dussoubs, celui-ci parvient cependant à s’échapper. Après l’échec de cette deuxième tentative, Lacenaire fuie alors la capitale afin de se réfugier à Lyon. Sur le chemin cependant, il est arrêté à Beaune, le 2 février 1835, sous le nom de Jacob Lévy, le meurtrier se prétendant négociant en voyage. Inculpé de faux en écriture par la rédaction de lettres de change falsifiées, Pierre-François Lacenaire est bientôt identifié par le policier Canler, la confrontation avec un témoin révélant sa véritable identité. L’escroc devenu criminel est alors transféré à Paris et détenu à la Conciergerie, en attendant l’ouverture du procès aux Assises de la Seine. Celui-ci, pendant lequel Lacenaire est jugé en même temps que ses complices, se déroule du 12 au 14 novembre suivant. Lacenaire et Avril sont alors condamnés à mort, François voyant sa peine commuée en travaux forcés à perpétuité. Le procès cependant est suivi avec passion par l’opinion publique. En effet, à l’ouverture de la première audience apparaît devant l’auditoire qui assiste aux débats un jeune homme à la fine moustache, vêtu avec élégance d’un redingote bleue à col de velours et qui s’exprime bientôt avec aisance. Il tranche alors avec le public habituel des cours d’Assises auquel appartiennent ses deux complices, l’un ouvrier parqueteur et l’autre menuisier, mais tous deux figures grossières et sans éducation du peuple des classes laborieuses. Lacenaire s’emploie alors à démontrer la culpabilité d’Avril et de François qui n’ont pas hésité à le dénoncer. Le dandy pour sa part ne craint pas la peine capitale, il prend d’ailleurs la place de l’avocat général en s’accusant également des crimes commis. Son cynisme scandalise et fascine le public bourgeois qui se presse bientôt dans l’enceinte du prétoire afin d’entendre et de voir Pierre-François Lacenaire. Après sa condamnation et en attendant l’exécution, Lacenaire s’occupe à rédiger ses mémoires, bien éloigné des tourments du remord. Ayant entamé une copieuse correspondance, il reçoit également dans sa cellule la haute société parisienne qui vient solliciter des autographes. Le condamné commente alors l’actualité en compagnie de ceux, hommes d’Église et politiciens, savants ou journaliste, qui sollicitent du criminel un entretien. Le vaudevilliste Jacques Arago publiera ainsi le récit de ses conversations, intitulé Lacenaire après sa condamnation. Pendant ces quelques semaines, la Conciergerie se transforme en un lieu de mondanités tandis que le destin du " bandit lettré " est bientôt le sujet des conversations à Paris et en Province. Pierre-François Lacenaire est guillotiné le 9 janvier 1836, au petit matin, à la barrière Saint-Jacques, après s’être refusé à recevoir les prières de l’aumônier. Sa mort est, elle aussi, le sujet d’un scandale, le Garde des Sceaux intervenant personnellement afin d’affirmer dans La Gazette des Tribunaux que le criminel n’a pas su affronté l’échafaud sans trembler, montrant ainsi sa repentance. La censure de la Monarchie de Juillet frappent également Les Mémoires, révélations et poésies de Lacenaire écrits par lui-même, à la Conciergerie dont le texte publié quelques mois plus tard est expurgé. Pierre-François Lacenaire y évoque ainsi les motivations de sa " vengeance " à l’égard d’une société qui n’a, selon lui, pas su lui donner la place qui lui revenait. L’ouvrage donnera néanmoins corps au mythe qui vient de naître."




titiff
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pétition d'un voleur à un roi voisin

Messagepar titiff » 26 Sep 2008, 09:30

son plus célèbre poème :

Pétition d’un voleur à un roi voisin

Sire, de grâce, écoutez-moi :
Sire, je reviens des galères…
Je suis voleur, vous êtes roi,
Agissons ensemble en bons frères.
Les gens de bien me font horreur,
J’ai le cœur dur et l’âme vile,
Je suis sans pitié, sans honneur :
Ah ! faites-moi sergent de ville.

Bon ! je me vois déjà sergent :
Mais, sire, c’est bien peu, je pense.
L’appétit me vient en mangeant :
Allons, sire, un peu d’indulgence.
Je suis hargneux comme un roquet,
D’un vieux singe j’ai la malice ;
En France, je vaudrais Gisquet :
Faites-moi préfet de police.

Grands dieux ! que je suis bon préfet !
Toute prison est trop petite.
Ce métier pourtant n’est pas fait,
Je le sens bien, pour mon mérite.
Je sais dévorer un budget,
Je sais embrouiller un registre ;
Je signerai : « Votre «sujet »,
Ah ! sire, faites-moi ministre.

Sire, que votre Majesté
Ne se mette pasz en colère !
Je compte sur votre bonté ;
Car ma demande est téméraire.
Je suis hypocrite et vilain,
Ma douceur n’est qu’une grimace ;
J’ai fais … se pendre mon cousin :
Sire, cédez-moi votre place

Pierre-François LACENAIRE 1803 1836 »
titiff
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son oeuvre 1ère partie

Messagepar titiff » 26 Sep 2008, 09:31

Préface
Cher Public,
Ta curiosité a été excitée à un si haut point par mes dernières
étourderies, tu t’es mis avec tant d’ardeur à la piste de la moindre circonstance
qui présentât quelque rapport avec moi, qu’il y aurait
maintenant plus que de l’ingratitude de ma part à ne pas te satisfaire.
Et puis, que gagnerais-je à garder le silence? il n’en faudrait pas moins
que je serve de pâture à ton avidité. Je vois d’ici une nuée de phrénologues,
cranologues, physiologistes, anatomistes, que sais-je? tous
oiseaux de proie vivant de cadavres, se ruer sur le mien sans lui laisser
le temps de se refroidir. J’aurais bien voulu m’éviter cette dernière
corvée; mais comment faire? je ne m’appartiens plus en ce moment;
que sera-ce après ma mort?
Aussi quelle curée pour la phrénologie, quel vaste champ de
conjectures! que dis-je? la phrénologie n’en est déjà plus aux conjectures,
elle s’appuie sur des données certaines; elle est enfin aussi
avancée dans sa marche que la pathologie du choléra.
Mon crâne à la main, je ne doute pas que ses illustres professeurs ne
te donnent les détails les plus minutieux et les plus exacts sur mes
goûts, mes passions et même sur les aventures de ma vie… dont ils
auront eu connaissance auparavant.
Malheureusement, la science n’est pas infaillible, les phrénologues
comme les autres sont sujets à des bévues et à des confusions : témoin
le fait suivant qui est assez plaisant pour trouver place ici.
On se souvient encore du procès de Lemoine, assassin de la domestique
de madame Dupuytren, et de Gilart, accusé de complicité avec
PIERRE-FRANÇOIS LACENAIRE
4
lui. Ce dernier faisait à grand-peine des vers sans mesure ni raison; il
avait même, je crois, rimé sa défense. Lemoine, excellent cuisinier de
son état, avait une haute portée d’esprit; mais son éducation avait été
négligée, et il n’avait jamais essayé de faire un seul vers de sa vie; moi,
qui l’ai connu très particulièrement, je puis assurer qu’il en faisait
même peu de cas. Il fut condamné à mort et exécuté. Les phrénologues
se livrèrent à des observations profondes sur son organisation; mais
leur mémoire, peu fidèle sur certains renseignements donnés,
confondit Lemoine avec Gilart, dont, fort heureusement pour lui, ils
n’avaient pas eu le crâne à leur disposition; et je les ai entendus, moi,
en séance publique, affirmer qu’il résultait des découvertes obtenues
sur le crâne de Lemoine qu’il devait avoir une forte inclination pour
la poésie, découverte confirmée du reste, disaient-ils, par ses occupations
poétiques pendant sa détention. Lemoine poète! Après un
résultat aussi satisfaisant, qui pourra m’assurer qu’on ne découvrira
pas en moi la bosse de la chimie culinaire et du pudding à la
chipolata?
Aussi, que ne donnerais-je pas pour pouvoir (en bonne santé bien
entendu) assister à ces doctes conférences et, comme Crispin médecin,
entendre la faculté raisonner sur ma systole et ma diastole?
Mais je veux être généreux en mourant, et, pour éviter à l’école des
dissertations à perte de vue, et peut-être même (quoique je sois très
peu susceptible à cet égard) des réflexions impertinentes sur les rapports
de ma glande pinéale à mon intelligence et des proéminences de
mon crâne à mes appétits brutaux, je me décide, moi, bien vivant, sain
de corps et d’esprit, à faire de ma propre main mon autopsie et la dissection
de mon cerveau. J’espère qu’en récompense de ce dévouement,
ils voudront bien, après mon décès, ne pas éparpiller mes membres
dans leurs amphithéâtres et les laisser paisibles dans leur trou pour être
plus à portée de se réunir au grand jour de la résurrection.
D’ailleurs, à quoi bon tant de peines et de travaux, puisque je vais
moi-même, honnête public, te présenter mon squelette, au risque de
faire encore une fois frémir quelques âmes trop sensibles? Mais que
dis-je? ne serais-je déjà plus de ce monde? Ma foi, cher public, je ne
saurais trop que te répondre; ta question est très embarrassante. Il est
certain que je ne suis pas mort au moment où je t’écris, j’avoue même
que j’en serais vivement contrarié pour toi qui y perdrais beaucoup,
car j’ai encore bien des choses à t’apprendre; mais il y a à parier qu’au
PRÉFACE
5
moment où tu liras cette honnête préface, je serai mort, je n’ose pas
dire enterré, car je ne suis pas certain d’avoir cet honneur.
Quand j’aurais encore cent ans de vie, je fais trop peu de cas de toi,
bon public, pour essayer de me faire valoir à tes yeux; juge donc si,
venant à toi, pour ainsi dire ma tête à la main, je me donnerai la peine
de déguiser la vérité. Je n’ai plus d’amour-propre, quoique je sois
devenu tout à coup un personnage fort remarquable; car, qui sait?
peut-être aurais-je les honneurs du salon de Curtius à côté de Fieschi,
comme un avocat me l’a donné à entendre avec tant de convenance
dans son plaidoyer aussi concis qu’élégant.
Je vais donc t’initier dans tous les secrets, non seulement de ma vie,
mais encore de mes sensations et de mes pensées les plus intimes. Si tu
t’attendais à trouver dans ce livre des scènes de roman, tu te tromperais;
ma vie, quoique bien pleine, est vide de ces épisodes que l’on
retrouve assez de reste sous la plume de nos auteurs. Je ne te promets
qu’une chose, moi, c’est de te faire lire dans mon coeur aussi bien que
moi-même et de t’en faire compter tous les battements, toutes les pulsations.
Tu peux donc, les yeux fermés, t’abandonner à ma sincérité, quoique
je n’aie pas prêté serment.
[sept lignes censurées]
PIERRE-FRANÇOIS LACENAIRE
6
Ma seconde préface
De combien peu il s’en est fallu que le public ne se vît tout à coup
frustré de ces Mémoires qu’il attend, peut-être, avec grande impatience.
Lorsque j’appris qu’un journal annonçait un extrait de mes
Mémoires joint au compte-rendu de mon procès, je fus sur le point de
poser la plume pour me livrer tout à fait : au dolce farniente, et
m’engraisser dans une molle et sainte oisiveté.
Un extrait de mes Mémoires, bon Dieu!… mais mon manuscrit
n’était encore tout au plus qu’à moitié. À cette annonce du journal, je
me mis à feuilleter pour m’assurer qu’aucune page n’en avait été détachée.
Rien n’y manquait. Bien certain de mon fait, je commençai
déjà à rendre grâce à la personne charitable qui, sans mon aveu pourtant,
s’était chargée d’un travail si ingrat et si ennuyeux, lorsque,
mieux informé quelques jours après, je sus que ce que l’on avait jugé à
propos d’annoncer sous le titre : d’extrait de mes Mémoires, n’était
tout au plus qu’une vingtaine de lignes relevées, il est vrai, sur un
article écrit par moi, mais qui n’a pas le plus léger rapport avec cette
publication.
Le lecteur verra à la suite de cet ouvrage la qualification que je
donne à de semblables manoeuvres que je dévoile tout à fait; il est
donc inutile de s’y arrêter davantage.
Tant de prétendus observateurs ont eu la fatuité de me juger; on
m’a peint sous des formes si bizarres, si éloignées de la vérité, que lorsque
je l’aurai rétablie, lorsque j’aurai présenté non seulement les faits
de mon existence, mais encore mes opinions, ma manière de sentir et
PRÉFACE
7
de juger, le public s’apercevra combien il a été pris pour dupe par ces
gens qui ont parlé de moi sans m’avoir jamais ni vu ni connu, et par
ceux même qui, s’en étant approchés en dernier lieu, ont rendu de mes
diverses conversations des comptes peu exacts, mais appropriés à leur
système, pour les faire coïncider avec leurs opinions personnelles.
Et puis, il faut en convenir, sous un faux air de bonhomie, je suis
quelquefois plus malicieux qu’on ne pense. Combien en ai-je vu, sous
un prétexte d’intérêt, venir chercher auprès de moi un article de
journal! Ils croyaient que je me livrais à eux. Pauvres gens! Aurais-je
donc perdu tout d’un coup le fruit de vingt ans d’étude et d’expérience!
Quelques-uns m’ont peint comme un homme ne rêvant au fond de
son cachot (ainsi qu’il leur plaît de l’appeler) que meurtre et
vengeance. Ils se sont trompés, je ne suis pas si sot. J’ai été vindicatif, il
est vrai, c’est un dernier triomphe qu’il me restait avant de mourir à
remporter sur moi-même, et cela dans mon propre intérêt. La
vengeance fait trop de mal à celui qui la médite sans pouvoir
l’assouvir.
J’ai longtemps haï et méprisé le genre humain, c’est vrai;
aujourd’hui je le méprise plus que jamais, mais je ne le déteste plus; et
pourquoi? La haine se commande et le mépris, non. Est-ce donc ma
faute si on m’en fournit tous les jours de nouveaux motifs?
En vérité, je n’ai plus, à l’heure qu’il est, aucun sentiment de haine
ni de vengeance contre qui que ce soit. Il y en a au contraire plusieurs
pour lesquels j’ai une profonde estime et une sincère affection. C’est
même, s’il faut le dire, à ces deux derniers sentiments que j’ai voués à
une personne, que le public devra ces Mémoires. S’ils sont de quelque
utilité, c’est à elle et non à moi qu’il en aura l’obligation.
Je ne dois pas cacher ici qu’étant à la Force, j’avais déjà en partie
écrit l’histoire de ma vie. Une circonstance que je ne ferai pas
connaître, me força de la détruire. Celle-ci a été rédigée à la hâte et
sans aucune espèce de prétention. C’est cette négligence de style même
qui lui servira de cachet et qui prouvera surtout que je n’y ai apporté
aucun sentiment d’amour-propre, mais simplement la franchise que
l’on avait droit d’attendre de moi, d’après les débats, seul mérite
auquel je veuille prétendre aujourd’hui. Aussi, en finissant, je porte le
défi à qui que ce soit de prouver que j’ai menti dans la plus légère
circonstance.
PIERRE-FRANÇOIS LACENAIRE
8
Tous ceux qui ont parlé de moi peuvent-ils se présenter avec autant
d’assurance?…
LACENAIRE
PIERRE-FRANÇOIS LACENAIRE
titiff
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17 Messages

Messagepar Mam'zelle Bulle » 26 Sep 2008, 12:25

Le copié collé, c'est mal.
Surtout quand c'est flag.


Et genre ce type est "gothique" parce qu'il a, je cite ce que tu as mis :
lacenaire, gothique ?
en quelque sorte oui !
pourquoi ?
parcequ'il préféra, lors de son procès aux assises, plaider pour sa propre exécution plutôt que de finir ses jours en prisons.
son destin a donc quelque chose de tragique ! et de "mortuaire" ...



N'importe quoi.
Mam'zelle Bulle
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6009 Messages, chimérique

n'importe quoi ???

Messagepar titiff » 26 Sep 2008, 13:56

si le destin de lacenaire n'est pas tragique, sombre, et désespéré, alors peut-être ne mérite-t-il pas d'être parmi mes auteurs préférés ; mais son impertinence, son irrévérencieuse rage me le fera toujours admirer, et ça, ce n'est pas n'importe quoi...
PS : son œuvre ne passe pas en un seul message (pour ceux et celles que cela intéresse, je pourrais le communiquer mais en dossier de partage (genre msn donc)
titiff
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17 Messages

Messagepar titiff » 26 Sep 2008, 14:08

un autre passe qui atteste de l'irréligion de lacenaire :
[neuf lignes censurées]
........ Sans doute on ne le connaît pas bien encore, j’essaierai de
le connaître moi. J’interrogeai le fond de mon coeur, et de bonne
foi, je vous assure ..........................................................................
[deux lignes censurées]
........ Certainement dans mon système bien des choses m’embarrassaient
comme elles m’embarrassent encore. Je n’avais pas
encore un raisonnement assez profond pour en établir un qui me
parût irréfutable ............................................................................
[trois lignes censurées]
........ La seule chose dont je demeurai bien convaincu, c’est que,
soit qu’il y eût un Dieu, soit qu’il n’y en eût pas, cela ne devait
rien changer à ma conduite, qui n’avait jamais eu besoin du
culte; que la seule manière de l’honorer était d’être juste avec les
autres hommes. Car, me disais-je, nous sentons bien évidemment
au-dedans de nous ce qui est bien ou ce qui est mal, le vice ou la
vertu; Dieu n’a pas voulu nous en faire un mystère, parce qu’il a
voulu que nous y conformassions notre conduite. Donc, s’il eût
voulu que l’on crût à lui, qu’on lui adressât un culte quelconque,
il se serait révélé au coeur de chaque homme de manière à ne lui
laisser aucun doute
. Ces réflexions me sont venues lorsque j’étais
MÉMOIRES
26
bien jeune, mais j’abandonnai au temps à me convaincre, et je
continuai à m’abandonner aux recherches avec la plus grande
bonne foi, mais je dois convenir que c’est de là que je suis parti.
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lacenaire : quelqu'un d'immoral ?

Messagepar titiff » 26 Sep 2008, 14:50

quoi ? encenser un criminel ? (vous connaissez bien sur la différence d'avec un meurtrier)
à cette époque le RMI n'existait pas ...
lisez plutôt :
"je reçus une lettre du maître clerc, qui était bien le plus
idiot de tous les hommes, la tête la plus légère en même temps; il
me demandait compte de 10 francs qu’il prétendait m’avoir
MÉMOIRES
74
remis pour lever un certificat d’hypothèque. Je ne savais seulement
pas ce qu’il voulait me dire; la lettre tomba entre les mains
de mon père, qui me demanda des explications. Je lui répondis
que j’ignorais entièrement ce dont il était question; que le maître
clerc n’avait qu’à venir à la maison pour s’expliquer avec moi;
que, du reste, je n’étais pas encore un voleur. Celui qui vole ses
parents, me dit mon père, peut voler partout. Il ne croyait pas si
bien dire; il ne me manquait qu’un point pour être tout à fait un
voleur, c’était la nécessité et la faim."

la ruine de son père dans le contexte social de l'époque peut expliquer le parcours d'un homme dont l'instruction lui fut une plaie béante, tant ses connaissances son savoir lui apportèrent, entre autre, l'intelligence de sa condition, de sa misère, de sa déchéance ...


sombreté, révolte contre la norme, attirance pour la mort (très top la guillotine l'a fasciné)
destin hors norme (nombreux intellectuels de l'époque avaient plaidé pour sa grâce : lacenaire refusa toute compromission et affronta sa mort avec courage (relire le texte de la bibliothèque nationale)
CES DERNIERS MOTS
J’ai passé la nuit entière à
regarder la mort; il me semble maintenant qu’elle est dans mon
cachot… Ce matin, les physionomies n’avaient rien d’extraordinaire;
ce soir, elles ont une teinte de Bicêtre, un reflet de
guillotine… Mais non; M… m’aurait demandé de finir la pièce
de vers que je lui adresse… et puis, je ne le veux pas encore…
non, j’ai à réfléchir sur certaines questions… cela ne peut pas
être pour demain, c’est que l’hallucination de cette nuit m’a
fatigué le cerveau, je vois trouble. Demain je me propose d’écrire
à mon père; cela me réconciliera avec moi-même… Oh! mais
une lettre écrite avec le sang de ma conscience… Pauvre père, je
lui pardonne de ne m’avoir point aimé lorsqu’enfant, j’étais
encore innocent!… et, pour ce qui a suivi, je lui demanderai de
me pardonner à son tour!…
Voilà une pensée qui me rafraîchit le sang!… Je dormirai bien
cette nuit… Bonsoir, gardien, bonsoir, factionnaire… Je dépose
ma plume, mais demain, je veux que la lettre à mon père soit
l’acte de purification de ces Mémoires; je l’y transcrirai tout
entière!
MÉMOIRES
156
Il était près de neuf heures du soir lorsque Lacenaire s’est
couché. À dix heures, le directeur de la Conciergerie est entré
dans son cachot, l’a fait lever, en lui disant :
— Eh bien! Lacenaire, je ne croyais pas que nous nous quitterions
de sitôt; il faut vous habiller; on va vous transférer à
Bicêtre.
— Allons, monsieur Lebel, allons! tant mieux, que cela
finisse; je ne demande qu’une chose, c’est que ce soit pour
demain… Voulez-vous me permettre d’écrire trois lignes avant
de sortir d’ici?
Il s’est approché de la table et a écrit d’une main assurée les
lignes qui suivent, les dernières qu’il ait écrites :
8 janvier 1836, à la Conciergerie, 10 heures du soir
« On vient me chercher pour Bicêtre. Demain sans doute ma
tête tombera. Je suis forcé, malgré moi, d’interrompre ces
Mémoires, que je confie aux soins de mon éditeur. Le procès
complète les révélations. Adieu à tous les êtres qui m’ont aimé, et
même à ceux qui me maudissent : ils en ont le droit. Et vous qui
lirez ces Mémoires, où le sang suinte à chaque page, vous qui ne
les lirez que quand le bourreau aura essuyé son triangle de fer
que j’aurai rougi, oh! gardez-moi quelque place dans votre
souvenir ………… Adieu! »
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