Peur
Il est tard en ce soir de fin novembre, les prémices de l’hiver sont là, et à cette tombée de nuit, entre chien et loup ; plus proche du loup que du chien ; le froid glacial se fait sentir dans les poumons de Jack ce soir là.
Au fur et à mesure de son avancée sur le bord de la route rarement fréquentée qu’il suit en marchant, il dégage une vapeur tiède à chacune de ses expirations.
Au beau milieu des champs, s’étendant jusqu’en lisière d’une sombre forêt ; la route se perd dans la campagne sous le ciel voilé de nuages humides, assez pour cacher le peu de lune en cette soirée d’automne, mais pas suffisamment pour se dégorger en pluie ou en neige.
Quelques arbres ou buissons parsèment le bord de route, et quelque fois, l’on croit entendre de petits animaux y farfouiller. Une chouette et quelques hiboux hululent, la nuit s’installe.
Jack est quelques fois surpris par les tressaillements au sein des buissons et fourrés en bordure de route, mais il finit par se raisonner, il s’agit évidemment de quelques lapins, oiseaux ou petites bêtes.
Mais cela ne suffit pas, Jack n’est pas dans son élément cette nuit là, seulement, il a du chemin à faire jusqu’à trouver la prochaine maison qui aura la gentillesse de l’héberger, et jusqu’à la prochaine maison tout court.
Il marche donc d’un pas décidé sous le ciel sombre et peu rassurant de cette nuit sans lumières. Puis un bruit dans les buissons plus fort que d’habitude le fait presque sursauter ! Un sanglier probablement … mais cela s’agite sérieusement … La « chose » remue et semble avancer dans les entremêlements de branchages et autres hautes herbes.
Jack presse le pas, mais cela ne cesse pas, il ne distance pas l’origine du bruit. Il accélère encore, de même que la bête … Il zigzague, ralentis, accélère, courre même un peu ! Rien n’y fait, « c’est » encore là.
Il s’inquiète, commence à s’apeurer. Là, une silhouette sombre sort des buissons, on distingue mal la chose, se tenant probablement à quatre pattes, de la taille d’un sanglier ou d’un gros chien, mais n’en étant assurément pas un, cela est différent, l’identification est très compliquée … L’apparition de la bête engendre une soudaine montée d’adrénaline chez Jack, tandis que la chose approche …
Puis elle accélère encore, approchant plus encore vers Jack … Celui ci commence à paniquer, la peur, puis la frayeur, et enfin la terreur, lorsque les yeux jaunâtres de la bête se font voir briller dans la nuit ; gagnent celui ci.
Il se met à courir vers les champs, suivit par la chose, puis arrive en lisière de forêt, toujours filé par l’animal ; enfin, il se décide à rentrer dans ce lieu d’arbres, de fougères, de ronces, branches, buissons, orties, et animaux sauvages ; et tente de semer la créature.
Il la voit derrière son épaule, les yeux jaunes et brillants ; elle approche en courant, comme lui ; puis il se remet à regarder devant lui et se retrouve enchevêtré dans les ronces, il trébuche, tombe, rampe dans ces branchages inextricables et meurtriers, qui le retiennent tel une foule d’inquisiteurs, torturants et octroyant la fuite à ce pauvre homme. Il se déchire la peau ; les bras et les jambes se voient écorchés, lacérés, le visage déchiré. Baignant dans le sang chaud qui coulait de ses plaies, Jack ne sait plus quoi faire, il essaie de ramper encore avec le peu de force qu’il lui reste, mais la douleur et l’épuisement gagnent, la fatigue finit par l’emporter, et le malheureux sombre dans le monde sans rêve de ceux qui perdent connaissance. La bête et ses yeux jaunes, son pelage noir et touffu, restera sa dernière image avant de prendre le sommeil forcé qui lui est donné.
Puis, le lendemain, il se réveille, difficilement, collé à ses vêtements en lambeaux par son hémoglobine coagulée, la forêt est en éveil, pas de traces de la bête. Il parvient à la suite d’un effort démesuré, à s’arracher à son buisson d’épines. Il se lève enfin, en titubant, et observe tout autour de lui ; de ses yeux meurtris et fatigués.
Il finit par réussir à sortir de la forêt dans laquelle il s’était engouffré la nuit précédente, il traverse le champ, boitant comme un vieil homme ivre, et regagne son chemin, bien moins effrayant au petit matin, où il reprend alors sa route.