par DarckCrystale » 03 Aoû 2010, 03:57
Parce que.
En fait, toute ta vie se résume à cette réponse si insatisfaisante.
Pourquoi ?
Parce que.
Pourquoi mamy est morte ?
Parce que.
Pourquoi il y a la guerre ?
Parce que.
C'est comme ça.
On n'y peut rien.
Je n'ai jamais été partisane d'une vision fataliste, car bien que dépressive, je suis très joyeuse et je cherche le bon coté des choses.
Comme Sébastien, je me souviens des bons moments.
C'est ça qui est important.
Pourquoi les gens sont méchants ?
Parce qu'ils sont tristes.
Pourquoi sont-ils tristes ?
Parce qu'ils ne gardent pas que leurs bons moments.
Parfois, je me dis que je vais mourir, et quand je mourrai, tout un tas de souvenirs disparaitront avec moi, et personne n'aura idée de ce que j'avais en moi. Je pense qu'il faut s'exprimer un maximum, mais surtout écouter un maximum, pour servir de seconde mémoire.
Pourquoi on meurt ?
Parce que sinon, ça ne serait pas intéressant de vivre, non ? Si tu n'avais pas d'ultimatum, tu ne ferais jamais rien, tu attendrais.
Mourir, ça fait mal ?
Cela dépend. En général, c'est vivre qui est douloureux, vivre juste avant de mourir. Mais parfois les gens meurent en dormant, sans s'en rendre compte, eux ils n'ont peut-être pas mal. Je ne sais pas si mourir fait mal, je ne suis jamais morte, je ne peux pas te dire...
Pourquoi il y a la maladie ?
Parce que... parce que nous ne sommes pas parfaits.
Dis, je vais mourir, un jour ?
Oui, comme moi, comme ta soeur, comme papy.
Qu'est ce qu'il va se passer quand je serai mort ?
Et bien, pour toi, je ne sais pas. Pour ceux qui seront vivants, ils auront beaucoup de chagrin, ils vont pleurer.
Pourquoi ?
Parce que tu ne seras plus là pour leur parler, leur écrire, qu'ils ne te verront plus.
Mais ils peuvent m'imaginer !
Tu sais, c'est pas pareil, quand on imagine, ce n'est pas toujours le véritable comportement de la personne que l'on invente. On ne sait pas si on la connaissait suffisamment pour prévoir ce qu'il dirait ou ferait suivant ce qu'il se passe...
Moi, quand tu seras morte, je serai triste !
Tu sais, ça me rends heureuse et triste en même temps ce que tu me dis-là. Je suis heureuse que tu tiennes à moi, mais je suis triste d'imaginer te rendre malheureux un jour.
Oui, mais c'est pas grave, parce que maintenant, tu me rends heureux, et c'est ce qui est important, que je me souvienne de toi et de ta joie et de ma propre joie avec toi !
Dis, et quand un bébé meurt, c'est moins grave qu'un adulte ou c'est pire ?
Et bien, quand un adulte meurt, ce sont toutes ses pensées qui disparaissent. Quand un bébé meurt, ce sont toutes les portes des possibles de son futur qui se referment.
Et moi, si je meurs maintenant, je n'aurais jamais eu de petite amie...
Oui, c'est cela, c'est pour ça qu'il faut vivre, pour faire des rencontres, pour profiter des instants de bonheurs qui viendront.
Mais si il y a du malheur ?
Il y a toujours du bonheur, même dans le malheur, et tâche de ne te souvenir que des belles choses, et d'en faire profiter les autres, pour répandre la joie.
Quand on est au milieu de sa vie, c'est nul de mourir.
Pourquoi dis-tu cela ?
Bah, on a déjà tout un tas de souvenir, et encore tout plein de portes à ouvrir, en fait c'est comme si on perdait deux vies d'un coup !
Tatie est triste parce qu'elle est malade ?
Oui, elle a peur.
Elle a peur de mourir ?
Oui, parce qu'elle ne sait pas ce qui va se passer après pour elle.
Avant, elle était pourtant tout le temps heureuse !
Oui, mais le traitement qu'ils lui ont donné n'as pas été efficace, alors elle se dit que ce n'était pas la peine d'être forte et heureuse si on obtient un résultat médiocre.
Moi, je préférais avant.
Moi aussi, d'autant que je pense que notre corps agit aussi en placebo et nocebo.
C'est quoi ?
C'est quand on te donne un bonbon en disant que c'est un médicament, si tu crois très fort que c'est un médicament, parfois tu guéris.
Quel rapport avec tatie ?
Et bien, quand tu te dis tous les jours que tu es malade, tu finis par le devenir.
Alors c'est mieux si elle est heureuse ?
Oui.
Pourquoi elle ne l'est plus, alors ?
Parce qu'elle n'a plus assez de force pour ça.
Alors je vais lui donner la mienne, et on battra la maladie tous les deux !
J'ai besoin de marcher.