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Nuit de brume

Vos textes, vos tableaux, vos dessins ou encore vos retouches assistés par ordinateur ?

Re: Nuit de brume

Messagepar Damian_Raven » 01 Avr 2010, 03:20

Rencontres
Cela vient subtilement, d'abord un frôlement
L'éclat bref d'un regard mêlé d'obscurité
Isolé dans une foule d'êtres inanimés
L'âme perdue lentement esquisse un mouvement

Un appel silencieux dans l'air surchargé
Porté par une fragrance, un parfum si léger
A peine perceptible, étherique messager
Si ce n'est par l'esprit qui sait l'interpréter

Puis vient un autre effort, l'ombre d'une expression
Preuve d'encouragement, étrange invitation
Doucement un lien se tisse entre deux entités
Reflet d'alliance antique, d'ententes oubliées

Alors viennent les mots, l'histoire, les gouts communs
Que se trouvent l'un et l'autre au fil de leurs destins
Ils viennent à reconnaitre des chemins partagés
Comme si vers cette rencontre ils étaient poussés

De ces croisements fortuits naissent bien des relations
Des amitiés durables, des amours, des passions
Il s'en faudrait d'un rien, pourtant, qu'ils soient manqués
Occultés par les craintes et la timidité

Alors prenons plus garde, ayons plus d'attention
Pour ne pas laisser perdre ces belles occasions
La vie donne peu de temps aux joies improvisées
Mais charge de regrets pour chaque acte manqué.

...

A nos morts
A toi fier marin happé par les eaux sombres
Emporté par les flots vers de lointains abymes
Où dansent les naufragés sur les échos sublimes
De mélodies liquides où leurs cris sont en nombres

A toi pauvre soldat qu'un obus a brûlé
Lancé dans le combat sans t'en voir revenir
Pour d'absurdes idéaux tu t'es laissé occire
Sur un champ de bataille tu péris, oublié

A toi le voyageur, errant sur les chemins
Que la brume a un jour occulté de ce monde
Pour mieux t'enchevêtrer dans ses voiles vagabondes
Te perdre dans ses volutes et t'entraîner au loin

A toi le bel aïeul à la grande sagesse
Ton corps fut écrasé, voûté par le labeur
Et le temps t'a usé, brisé par le malheur
Chargeant tes derniers jours de peines et de tristesse

A toi le romantique au coeur percé d'épines
Rongé par tes remords, tes souffrances cachées
L'insidieuse douleur t'a longtemps consumé
Avant de t'emporter d'une pique assassine

A vous tous, disparus, nos chers trépassés
Nos glorieux ancêtres, amis tendres et sincères
En nos coeur, nos pensées, telles d'étranges chimères
Vivent vos souvenirs pour l'éternité.

...

Les yeux noirs
Dans un écrin ciselé d'opale
Brûlent deux perles couleur d'ébène
D'étranges reflets masquent leur peine
Estompant la douleur d'un voile

Derrière ces gemmes d'obscurité
Se cache une âme aux mille blessures
De beaux atours parent son armure
Leurrant un œil non initié

Aucun bijou, nulle dorure
Ne peut soutenir leur éclat
Tout devient pâle, factice et plat
Face à ces deux joyaux obscurs

Ils ne portent pas d'artifices
La Nature seule les a taillés
Son frère le Temps les a nimbés
D'une étrange lumière salvatrice

La vie s'anime sous ce regard
Grands océans, ciels étoilés
Des mondes meurent, d'autre se créent
Dans la pureté de ces yeux noirs.


Pour les Muses aux yeux enjôleurs
Au sourire franc et charmeur
Quelques vers sur le papier

Pâle reflets de ces beautés
Que le poète a contemplé
Au creux des songes, triste rêveur.


...

Le prisme
Comme un rais de lumière dans un prisme taillé
De multiples facettes font ma réalité
Mille masques se mêlent pour former mon image
Tantôt sombre ou clairs, tranquilles ou bien sauvages

D'abord le passe-partout, roi de l'insignifiant
N'exprimant que le vide, l'absence de sentiments
Dissimulant la peur et la timidité
Les tourments d'un rêveur perdu en société

Puis vient le travailleur, exigeant, méthodique
Forcé de se plier aux règles et techniques
Assurant la survie de sa mortelle enveloppe
Hébergeant l'inconstance des songes qui s'y développent

Suivent l'ami et l'amant au cœur toujours fidèle
Qui bercent ou réconfortent, répondent à chaque appel
Leurs tendres paroles voilent une grande crainte
La peur de l'abandon, d'une solitude feinte

Derrière eux vivent aussi le poète séducteur
L'écrivain à court d'encre, romantiques et charmeurs
Aimant plaire, séduire, d'un vers, d'un trait d'esprit
Criant à mots couverts les douleurs de leur vie

Viennent encore l'ermite, le lâche, le paresseux
L'accro informatique, le clown, l'impétueux
Le cynique, l'ordinaire, le dépressif chronique
L'orgueil mégalomane, l'étranger chimérique

Tous s'animent et se jaugent, se disputent mon égo
Prenant place tour à tour au creux de mon cerveau
Leurs valses incessantes, sarabandes infernales
Me poussent vers l'extrême et sa limite fatale

Un jour proche ou lointain leur manège m'entrainera
Et brisant les barrières leur flot m'emportera
Noyant mon existence dans l'abîme douloureuse
Et les tristes contrés de la folie furieuse.

...

Resucée
Sur les chemins de ma mémoire
Danse des milliers de souvenirs
Rêves heureux, tendres soupirs
Douloureux songes, pales cauchemars

Certaines ombres du passé
Ressurgissent un jour, tout soudains
Comme quelque sinistre importun
N'ayant de cesse de nous hanter

Oh tristes fantômes au cœur froid
Issus des miasmes méphitiques
De mes humeurs mélancoliques
Vos visions me glacent d'effroi

J'ai trop bu les amères larmes
De mes espoirs mainte fois brisés
Et gouté le sombre baisé
D'un ange odieux dévoreur d'âmes

Il s'en fallut parfois d'un rien
Pour que je ne finisse happé
Par les bras obscurs et glacés
De l'abyme dont on ne revient

Toutes ces blessures, ces illusions
M'ont structuré et façonné
Et s'imbriquant dans ma psyché
Conditionnent mes réactions

Parfois, doucement mon esprit glisse
Vers cette part d'ombre qui vit en moi
Ne me laissant pour seul choix
Que de perdre dans ces abysses.

...

Insomnie
Trop de pensées s'entrechoquant dans mon cerveau
Trop d'excitants, si peu de temps pour m'ordonner
Mes nuits s'étirent et se délitent sur le papier
Tentant en vain de me livrer un sang nouveau

Les pages s'empilent avec une rigueur chaotique
Blanches ou noircies de vagues essai, inabouties
Mon écritoire s'ombre de rêves inassouvis
Songes fugaces, chimères esquissées, fantasmatiques

Et le temps file, sans s'arrêter, le sommeil fuit
L'horloge tourne, laissant mes œuvres inachevées
Au creux des veines, mon étrange encre s'est raréfiée
Le souffle de mon inspiration s'est tari

Mes mots sont fades, mes rimes creuses et asphyxiées
Des idées vides se télescopent, vils stratagèmes
Poète maudit, ta plume s'étiole, tes vers sont blêmes!
Ton âme vacille sous le poids de futilités!

Implore tes maitres, Muses, Génies, Sages et mentors
Reviens aux sources, aux origines de ta folie
Retrouve la flamme, ton feu sacré, ton énergie
Où avant peu les Dieux diront: «Cet Art est mort!"
Damian_Raven
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23 Messages

Re: Nuit de brume

Messagepar Spooky » 01 Avr 2010, 20:03

C'est très beau :D j'aime particulièrement "rencontres", "à nos morts" et "Insomnie"
Spooky
Femme, 23 ans
Avatar de l’utilisateur

388 Messages, épuisé

Re: Nuit de brume

Messagepar Damian_Raven » 11 Oct 2010, 18:39

Tripalium

Les jours étirent leur long ruban
Le temps s'allonge, ne court plus
Mon encre est sèche, ma plume nue
Mon monde s'étiole lentement

Le labeur qui me tient en vie
Me pilonne, m'écrase et m'abat
Les tâches absurdes et sans joie
Aspirent toute mon énergie

Mon imaginaire se délite
Au rythme de chaque battement
D'un cœur vidé, agonisant
Victime des douleurs qui l'agitent

Mon esprit fuit, bat la campagne
Incapable d'encore lutter
Face aux attaques empoisonnées
De cette torpeur qui le gagne

Je suis rongé par l'amertume
De ne pouvoir hurler mes maux
De livrer mes œuvres au chaos
L'âme alourdie par cette enclume

Mon moral s'affaisse lourdement
Dans l'hébétude je m'enlise
Contaminé par la bêtise
Qui rend ce monde aliénant

Je souffre de vivre en silence
Une existence trop éloignée
D'une vie idéalisée
Par les lectures de l'enfance

J'aimerais pouvoir tout quitter
Faire de mon art ma subsistance
Envoyer toute cette engeance
Au diable et vivre en liberté.


Lilith

Par une chaude nuit d'été
Sous un ciel constellé d'étoiles
Brusquement s'est fendu le voile
De notre terne réalité

Dans la pénombre environnante
Plongé dans un demi-sommeil
Mon âme fut mise en éveille
Par une vision ondoyante

Au cœur de cette obscurité
Ondulait dans l'étrange brume
Constellée de rayons de lune
Une déesse des temps passés

Une longiligne silhouette
A l'épiderme couleur d'albâtre
Sans défiance semblait s'ébattre
Esquissant une valse parfaite

Des boucles rousses soulignaient
Sa pâle peau, fragile poupée
Etourdissante de légèreté
Dans les ténèbres qui l'enveloppaient

Deux yeux d'émeraude iridescent
Dans ce visage de vestale
Ses lèvres, purpurins pétales
Eclairent son port évanescent

Subjugué par l'apparition
Je reste coi, paralysé
Comme par un fauve hypnotisé
Emporté par mes émotions

Sa nature ne fait aucun doute
C'est un ange descendu sur terre
Sa peau est froide comme la pierre
Quand ses doigts m'effleurent et me gouttent

C'est à peine si je sens son souffle
Lorsqu'elle colle ses lèvres à mon cou
Me couvrant de baiser si doux
Cette prédatrice qui se camoufle

Par une moite nuit d'été
Dans une étreinte, mille fois damnée
Lentement tu m'as dévoré
Maudit pour l'éternité.


Valse lente

Au cœur d'une nuit blanche, pris dans l'obscurité
Se joue une triste danse, lente, presque immobile
Entre le pâle poète et sa muse indocile
Une lutte éternelle pour une page froissée

Devant son écritoire, abruti d'épuisement
Le rimeur s'escrime à vouloir créer
Mais son espiègle muse lui ôte toute idée
Laissant le triste sire à ses mille tourments

Et plus la nuit avance, son esprit s'alourdit
Ses mots se perdent, s'étiolent, retombent en poussière
Chaque pensée, chaque mouvement lui devient un calvaire
Aspirant au repos son corps s'engourdit

Lentement, en silence, le froid vient l'envahir
Absorbé par son œuvre, l'écrivain n'y prend garde
Alors que dans son dos un spectre le regarde
Son sang doucement se fige et sa vie se retire

Et comme un sombre mal peu à peu le dévore
Sa fragile raison s'envole vers une lueur
Un espoir futile éclaire sa pâleur
Mais son essence s'efface, emportée par la Mort.


Le temps perdu

La vie est faite de brefs instants
Moments uniques et éphémères
S’effaçant dans le courant d’air
De la course effrénée du temps

Chaque seconde est comme une feuille
Emportée par un ouragan
Des souvenirs tourbillonnants
Actes manqués qui nous endeuillent

Nous ne sommes que pauvres brindilles
Ballottées par nos émotions
Hésitants en chaque occasion
Taisant ce que nos cœurs nous crient

Pour préserver des apparences
Reflets de notre fragilité
Nous préférons nous ignorer
Plutôt que tenter notre chance

Pourtant dans le creux de notre âme
Demeurent nos échecs passés
Regrets latents, empoisonnés
Nous mutilant comme des lames

Ces blessures, silencieux remords
Sourdent une lente mélancolie
Une humeur triste les jours de pluie
Rongeant tout l’être jusqu’à la mort.
Damian_Raven
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23 Messages

Re: Nuit de brume

Messagepar Atavhystérie » 31 Oct 2010, 18:43

Tu as la plume féconde et facile. Même si cela reste fluide et est agréable, tes poèmes ne sont pas très originaux. Tu reprends des thèmes déjà usés et resucés. Casse déjà un peu la forme, elle est trop figée, et essaie d'autres images... celles-ci sont devenues des clichés desquels on rit.
Atavhystérie
Femme, 22 ans
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320 Messages

Re: Nuit de brume

Messagepar Damian_Raven » 03 Nov 2010, 09:57

Alors il faut croire que je suis un cliché car ces thèmes me collent à l'âme et à la peau. Merci tout de même pour cette opinion.
Damian_Raven
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Re: Nuit de brume

Messagepar Damian_Raven » 03 Nov 2010, 09:58

Complainte du Réprouvé

J'étais déjà ici lorsque chût l'Ange renié
Portant ma solitude en guise de fardeau
Le sceau de l'infamie avait marqué ma peau
Et pour prix de mes crimes une geôle d'éternité

J'ai vu passer tant d'ères, vécu tant de saisons
Croître tant de peuplades érigeant leurs cités
Célébrant l'intellect pour mieux guerroyer
Détruisant de leurs mains leurs civilisations

J'étais de toutes les guerres, manœuvrant pour la paix
Poussant aussi, souvent, vers leurs mauvais penchants
Niant ma pénitence dans des sabbats sanglants
J'étais l'ombre du Mal, Ténèbres que l'on hait

Et pourtant l'incroyable, un jour, s'est produit
Lorsque de leur terreur je me nourrissais
Une âme vertueuse apparue sous les traits
D'une simple jeune femme qui alors me séduit

Moi, hideux nécromant, sorcier mille fois maudit
Le plus craint d'entre tous, soudain je m'affaiblis
Touché par sa douceur je quittai mon donjon
Pour suivre sa lumière, cherchant ma rédemption

En sa tendre compagnie heureuses furent mes heures
Elle seule m'acceptait, apaisant mes douleurs
Las, si promptement elle me fut enlevée
Par Ce qui juge Tout, son temps était compté

Elle rejoint ses semblables où jamais je n'irai
Pour renaître à nouveau, son rôle est ainsi fait
Et depuis ce temps là en chaque vie je l'espère
Je cherche mon âme-sœur, ma Source de Lumière.
Damian_Raven
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Re: Nuit de brume

Messagepar Lacrimosa » 03 Nov 2010, 14:38

Dommage que ce soit un poil banal, pourquoi ne pas essayer autre chose, que ce soit au niveau des thèmes abordés ou du style?
Lacrimosa
Femme, 29 ans
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