Je pense que chaque jeune, et plus particulièrement les adolescents, est en quête d'identité. L'adolescence, c'est le moment où on prend conscience qu'on devient un adulte, sans pour autant laisser de côté l'enfant qu'on a été. Se rebeller contre l'ordre, c'est aussi tester ce qu'on a appris, voire rejeter ce qui semble vieux jeu, hors du coup. Donc, pour choquer les parents, certains adoptent des attitudes extrêmes, juste pour les tester. Ecouter du metal à fort volume, porter du noir, enfreindre les codes de son
habitus, c'est une façon de se chercher.
Le look gothique, malheureusement, est à la mode. A cause de l'effet de loupe médiatique, on assimile mal-être et spleen, vêtements noirs et "tenues gothiques". Les media, fort du politiquement correct, essayent de stigmatiser encore plus un art de vivre, une philosophie qu'il ne connaissent pas. L'assimilation qui est faite entre le mouvement gothique, le satanisme, et d'autres choses n'aide pas vraiment à l'acceptation du mouvement gothique. Empreints de clichés issu de l'héritage judéo-chrétien caractéristique de notre société occidentale post-moderne, les medias donnent une image volontairement inquiétante, parce que s'interroger sur le mouvement gothique et tout ce qu'il renferme, c'est aussi s'interroger sur sa propre société, les idéologies qu'elle véhicule, ses forces et ses faiblesses.
En ce moment, être typé goth, c'est commercial, c'est vendeur. Pas mal de groupes en sont l'archétype : Evanescence, Tokio Hotel surfent sur cette vague. Et c'est pour cela qu'on voit certains adolescents "gothiques" de façade (vu la couche de peinture, un vrai ravalement) qui ne sont que des coquilles vides, voire même des goths et des punks sur le clip de
Nadya. Pour un adolescent, s'habiller en gothique, se dire gothique est plus une façon de se rebeller vis-à-vis de leurs parents plus qu'une véritable façon de penser. Il y a quand même ici de nombreux contre-exemples de jeunes réellement gothiques d'âme.
La sagesse populaire dit que "l'habit ne fait pas le moine", le noir ne fait pas le goth. L'appartenance au mouvement gothique n'est pas comme l'appartenance à un groupe social, dont on adopte les codes, les us et coutumes. Estimer être gothique est plus de l'ordre de la sphère personnelle intime, quelque chose que l'on va partager avec certaines personnes et pas d'autres. Être gothique ne signifie pas être rebelle, c'est juste penser la société sous un autre angle.
Le mieux que l'on puisse faire, pour nos plus jeunes visiteurs, est de faire preuve de modération et d'essayer de leur faire comprendre que derrière la poudre blanche et les dentelles noires, il y a plus que de la révolte ou du spleen, que nos oreilles ne sont pas justes bonnes à entendre du metal, bon ou mauvais, beuglé ou chanté avec lyrisme, mais que l'on peut apprécier tout autre style de musique.