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borderline a écrit:bon vent, moi je ferme ma gueule
Hybrid Son Of Oxayotl a écrit:manthanoménos a écrit:Et dès lors ceux qui n'avaient jamais écouté ce genre de musique, mais qui se reconnaissaient sous ce vocable de "goth" parce qu'ils se sentaient tourmentés et lisaient Baudelaire ou Poe, sont venus s'agglutiner ensemble, formant ce qu'on peut appeler le "mouvement gothique".
Justement (et je pense que Borderline, qui lui a vécu cette période, pourra le confirmer), je suis persuadé qu'à l'époque, personne ne se disait goth parce qu'il se sentait tourmenté, lisait Baudelaire ou Poe, ou quoi que ce soit !
Ça, ça n'est venu que plus tard.
borderline a écrit:Je confirme et signe mon cher
Hybrid Son Of Oxayotl a écrit:Et je suis sûr qu'après encore quelques échanges de message, sans agressivité, Manthanoménos sera convaincu.
Hybrid Son Of Oxayotl a écrit:À moi te de poser une question : tu sais maintenant sans ambiguïté ce que j'appelle mouvement gothique, mais qu'est-ce que toi, tu appelles mouvement gothique ?
manthanoménos a écrit:Comme je l'ai déjà dit, définir ce qu'est le mouvement gothique tant ce qu'il englobe est disparate et informe relève du défi, une "prise de tête" en effet.
manthanoménos a écrit:C'est l'ensemble des personnes qui à l'apparition de cette étiquette médiatique se sont reconnus dans le vocable de "gothique" sans pour autant connaître ou apprécier la musique gothique.
manthanoménos a écrit:À l'inverse, je donne le nom de mouvement gothique à tout ce "paquet de trucs vaguement identifiés [qui] ont été du jour au lendemain considérés (par des gens qui ne connaissent rien ni à la musique gothique, ni au roman gothique, ni à l'art gothique) comme gothique". Parce qu'ils sont vaguement identifiés, n'ont parfois pas tant de cohérences entre eux, qu'il n'existe pas de codes universellement reconnus (on attend toujours le "Manifeste du Goth" qui parviendrait à les définir), le terme de mouvement est parfaitement applicable.
Hybrid Son Of Oxayotl a écrit:Un paquet de gens, on est d'accord. Mais pas un paquet d'œuvres, il me semble. Du coup, tu classes quoi, comme œuvres, dans le mouvement gothique ?manthanoménos a écrit:C'est l'ensemble des personnes qui à l'apparition de cette étiquette médiatique se sont reconnus dans le vocable de "gothique" sans pour autant connaître ou apprécier la musique gothique.
Hybrid Son Of Oxayotl a écrit:Est-ce que tu connais d'autres mouvements qui consistent à aller piocher un peu partout dans l'histoire pour s'approprier tout ce qui parait sexy ?
manthanoménos a écrit:Par conséquent il n'existe pas un listing (du moins universel et objectif) d'oeuvres gothiques.
manthanoménos a écrit:Plus sérieusement : le symbolisme? En effet les tenants de ce mouvement ne sont-ils pas allé piocher un peu partout dans l'histoire (réelle ou légendaire) pour s'approprier tous les symboles qui paraissaient sexy? :p
manthanoménos a écrit:Plus sérieusement : le symbolisme? En effet les tenants de ce mouvement ne sont-ils pas allé piocher un peu partout dans l'histoire (réelle ou légendaire) pour s'approprier tous les symboles qui paraissaient sexy? :p
Le manifeste du symbolisme (1886)
"Comme tous les arts, la littérature évolue : évolution cyclique avec des retours strictement déterminés et qui se compliquent des diverses modifications apportées sur la marche des temps et les bouleversements des milieux. Il serait superflu de faire observer que chaque nouvelle phase évolutive de l'art correspond exactement à la décrépitude sénile, à l'inéluctable fin de l'école précédente. Deux exemples suffiront : Ronsard triomphe des derniers imitateurs de Marot, le romantisme éploie ses oriflammes sur les décombres classiques mal gardés par Casimir Delavigne et Etienne de Jouy. C'est que toute manifestation d'art arrive fatalement à s'appauvrir, à s'épuiser ; alors, de copie en copie, d'imitation en imitation, ce qui fut plein de sève et de fraîcheur se dessèche et se recroqueviller ; ce qui fut le neuf et le spontané devient le poncif et le lieu commun.
Ainsi le romantisme, après avoir sonné tous les tumultueux tocsins de la révolte, après avoir eu ses jours de gloire et de bataille, perdit de sa force et de sa grâce, abdiqua ses audaces héroïques, se fit rangé, sceptique et plein de bon sens ; dans l'honorable et mesquine tentative des Parnassiens, il espéra de fallacieux renouveau, puis finalement, tel un monarque tombé en enfance, il se laissa déposer par le naturalisme auquel on ne peut accorder sérieusement qu'une valeur de protestation, légitime mais mal avisée contre les fadeurs de quelques romanciers alors à la mode.
Une nouvelle manifestation d'art était donc attendue, nécessaire, inévitable. Cette manifestation, couvée depuis longtemps, vient d'éclore. Et toutes les anodines facéties des joyeux de la presse, toutes les inquiétudes des critiques graves, toute la mauvaise humeur du public surpris dans ses nonchalances moutonnières ne font qu'affirmer chaque jour davantage la vitalité de l'évolution actuelle dans les lettres françaises, cette évolution que les juges pressés notèrent, par une inexplicable antinomie, de décadence. Remarquez pourtant que les littératures décadentes se révèlent essentiellement coriaces, filandreuses, timorées et serviles : toutes les tragédies de Voltaire, par exemple, sont marquées de ces tavelures de décadence. Et que peut-on reprocher, que reproche-t-on à la nouvelle école ? L'abus de la pompe, l'étrangeté de la métaphore, un vocabulaire neuf où les harmonies se combinent avec les couleurs et les lignes : caractéristiques de toute renaissance.
Nous avons déjà proposé la dénomination de Symbolisme comme la seule capable de désigner raisonnablement la tendance actuelle de l'esprit créateur en art. Cette dénomination peut être maintenue.
Il a été dit au commencement de cet article que les évolutions d'art offrent un caractère cyclique extrêmement compliqué de divergences ; ainsi, pour suivre l'exacte filiation de la nouvelle école, il faudrait remonter jusques certains poèmes d'Alfred de Vigny, jusques aux mystiques, plus loin encore. Ces questions demanderaient un volume de commentaires ; disons donc que Charles Baudelaire doit être considéré comme le véritable précurseur du mouvement actuel ; M. St Mallarmé le lotit du sens et de l'ineffable. M. Paul Verlaine brisa en son honneur les cruelles entraves du vers que les doigts prestigieux de M. Th. De Banville avaient assouplies auparavant. Cependant le Suprême Enchantement n'est pas encore consommé : un labeur opiniâtre et jaloux sollicite de nouveaux venus.
Ennemis de " l'enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective ", la poésie symbolique cherche : à vêtir l'Idée d'une forme sensible qui, néanmoins, ne serait pas son but à elle-même, mais qui, tout en servant à exprimer l'Idée, demeurerait sujette. L'Idée, à son tour, ne doit point se laisser voir privée des somptueuses simarres des analogies extérieures ; car le caractère essentiel de l'art symbolique consiste à ne jamais aller jusqu'à la conception de l'Idée en soi. Ainsi, dans cet art, les tableaux de la nature, les actions des humains, tous les phénomènes concrets ne sauraient se manifester eux-mêmes : ce sont-là des apparences sensibles destinées à représenter leurs affinités ésotériques avec des idées primordiales.
L'accusation d'obscurité lancée contre une telle esthétique par des lecteurs à bâtons rompus n'a rien qui puisse surprendre. Mais qu'y faire ? Les Pythiques de Pindare, l'Hamlet de Shakespeare, La Vita Nuova de Dante, Le Second Faust de Goethe, La Tentation de saint Antoine de Flaubert ne furent-ils pas aussi taxés d'ambiguïté ?
Pour la traduction exacte de sa synthèse, il faut au symbolisme un style archétype et complexe : d'impollués vocables, la période qui s'arc-boute alternant avec la période aux défaillances ondulées, les pléonasmes significatifs, les mystérieuses ellipses, l'anacoluthe en suspens, tout trope hardi et multiforme : enfin, la bonne langue - instaurée et modernisée -, la bonne et luxuriante et fringante langue française d'avant les Vaugelas et les Boileau-Despréaux, la langue de François Rabelais et de Philippe de Commines, de Villon, de Rutebeuf et de tant d'autres écrivains libres et dardant le terme acut du langage, tels des toxotes de Thrace leurs flèches sinueuses.
LE RYTHME : L'ancienne métrique avivée ; un désordre savamment ordonné la rime illucescente et martelée comme un bouclier d'or et d'airain, auprès de la rime aux fluidités absconses ; l'alexandrin à arrêts multiples et mobiles ; l'emploi de certains nombres premiers - sept, neuf, onze, treize - résolus en les diverses combinaisons rythmiques dont ils sont les sommes. "
manthanoménos a écrit:Non, il est vrai que j'y connais pas grand chose au symbolisme, ni à aucun autre courant littéraire d'ailleurs...
Hybrid Son Of Oxayotl a écrit:En parlant de ça, tu n'a pas répondu à ma dernière question. J'imagine que je n'ai pas été assez persuasif pour obtenir un «Non, plus maintenant», tout en étant trop vindicatif pour que tu oses mettre un «Oui, bien entendu»
.
Mon Dictionnaire Imaginaire a écrit:"Gothique adj. (bas lat. gothicus, relatif aux Goths). 1. Au sens ethnique du terme, se dit d'un peuple barbare de l'antiquité. 2. Au sens... (j'ai gobbé le nom), se dit d'une écriture dans laquelle les traits courbes des lettres étaient remplacés par des traits droits formant des angles. 3. Au sens artistique du terme, se dit d'une forme d'art qui s'est développée du XII° au XVI° siècle et qui est caractérisée notamment en architecture par des voûtes et des baies de forme ogivale. 4.Au sens littéraire du terme, se dit d'un genre littéraire anglais, précurseur du roman noir. 5.Au sens musical du terme, se dit d'un courant musical, apparu dans les années 80, issu du punk et de la new wave. 6.Au sens médiatique et commercial du terme, se dit de tout ce qui exprime une morbidité ou une mélancolie tendances."
manthanoménos a écrit:J'ai le sentiment (pas forcément rationnel) que, s'il n'existe pas de mouvement gothique, si on ne doit se limiter qu'au courant musical gothique, que deviennent les docks marteens (ça encore, on peut selon tes mots appeler ça du "folklore métalleux")
manthanoménos a écrit:, que devient Beetlejuice
manthanoménos a écrit:que deviennent tous ces trucs sur lesquels on a collé l'étiquette de "gothique"?
manthanoménos a écrit:Je veux dire, au cours de l'histoire, le mot "gothique" a qualifié tant de chose différents qui n'avaient rien à voir. Ne peut-on accepter qu'il ait une signification supplémentaire?
manthanoménos a écrit:Quel obstacle voyez-vous à une telle définition?
manthanoménos a écrit:Cela fait-il de moi un de ces "cons encrés dans leur connerie en face"?
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