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Les chants de Maldoror

Tout l'art de la plume...

Les chants de Maldoror

Messagepar Fenrir » 08 Nov 2007, 01:38

Beau, triste, violent, drôle.

Allez faites moi plaisir, dites moi que quelqu'un l'a lu.
Fenrir
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Messagepar sikara » 12 Nov 2007, 02:17

Malheureusement je ne l'ai pas lu mais on me l'a déjà conseillé alors je voulais te demander si tu avais les références du livre pour le trouver facilement. Merci.
sikara

Messagepar Fenrir » 12 Nov 2007, 02:27

Les Chants de Maldoror ont été écrits par Lautréamont en 1869. C'est un grand classique que je conseille à tous ceux qui ont une sensibilité un peu...dark. A mon avis, il est édité un peu partout.



En voici quelques extraits :


Plut au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison; car, à moins qu'il n'apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d'esprit égale au moins a sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme comme l'eau le sucre. Il n'est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre: quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. Par conséquent, âme timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant.


Vieil océan, o grand célibataire, quand tu parcours la solitude solennelle de tes royaumes flegmatiques, tu t'enorgueillis à juste titre de ta magnificence native, et des éloges vrais que je m'empresse de te donner. Balancé voluptueusement par les molles effluves de ta lenteur majestueuse, qui est le plus grandiose parmi les attributs dont le souverain pouvoir t'a gratifié, tu déroules, au milieu d'un sombre mystère, sur toute ta surface sublime, tes vagues incomparables, avec le sentiment calme de ta puissance éternelle.


O pou, à la prunelle recroquevillée, tant que les fleuves répandront la pente de leurs eaux dans les abîmes de la mer; tant que les astres graviteront sur le sentier de leur orbite; tant que le vide muet n'aura pas d'horizon; tant que l'humanité déchirera ses propres flancs par des guerres funestes; tant que la justice divine précipitera ses foudres vengeresses sur ce globe égoiste; tant que l'homme méconnaitra son créateur, et se narguera de lui, non sans raison, en y mélant du mépris, ton règne sera assuré sur l'univers, et ta dynastie étendra ses anneaux de siècle en siècle.


Oui, je sens que mon âme est cadenacée dans le verrou de mon corps, et qu'elle ne peut se dégager, pour fuir loin des rivages que frappe la mer humaine, et n'être plus témoin du spectacle de la meute livide des malheurs, poursuivant sans relâche, à travers les fondrières et les gouffres de l'abattement immense, les isards humains. Mais, je ne me plaindrai pas. J'ai reçu la vie comme une blessure, et j'ai défendu au suicide d'en guérir la cicatrice. Je veux que le Créateur en contemple, à chaque heure de son éternité, la crevasse béante. C'est le chatiment que je lui inflige.


Chassez le mal de vos chaumières, et laissez entrer au foyer le manteau du bien. Celui qui portera la main sur un de ses semblables, en lui faisant au sein une blessure mortelle, avec le fer homicide, qu'il n'espère point les effets de ma miséricorde, et qu'il redoute les balances de la justice. Il ira cacher sa tristesse dans les bois; mais, le bruissement des feuilles, à travers les clairières, chantera à ses oreilles la ballade du remords; et il s'enfuira de ces parages, piqué a la hanche par le buisson, le houx et le chardon bleu (...)


Sachez que le cauchemar qui se cache dans les angles phosphoriques de l'ombre, la fièvre qui palpe mon visage avec son moignon, chaque animal impur qui dresse sa griffe sanglante, eh bien, c'est ma volonté qui, pour donner un aliment stable à son activite perpétuelle, les fait tourner en rond.



A noter que ces passages sont relativement soft niveau violence, certaines parties du bouquin étant carrément dignes d'un bon gros gore qui tâche.
Fenrir
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Messagepar sikara » 14 Nov 2007, 00:10

Merci pour ta réponse plus que complète. Je ne manquerai pas de l'acquérir très prochainement.
sikara

Messagepar Fenrir » 22 Nov 2007, 07:51

Bah dites donc, il n'a pas beaucoup de succès ce pauvre Lautréamont. Pourtant c'est vachement true de lire ça...
Fenrir
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Messagepar Chouette » 14 Jan 2008, 21:38

Mais ça réclame aussi un certain effort de lecture, ce n'est pas du roman.
En tout cas ça changerait de Baudelaire si les true gothiques pouvaient se mettre à citer Isidore Ducasse.
Ptetre même qu'il jetteraient un oeil à Aloysius Bertrand, modèle avoué du Spleen de Paris.

J'ai l'air de sauter du chou à la chèvre, c'est que Maldoror se prend pour une araignée et qu'Aloysius parle d'une tarentule.

Bref, livre à lire et apprécier, quoi qu'il en soit.
Chouette
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Messagepar Arachnodactyle » 15 Jan 2008, 02:33

C'est LE livre qui m'a fait devenir corbeau, avec Baudelaire aussi. De la poésie sombre, très sombre et un pamphlet sans appel contre la religion (le Créateur assis sur un trône d'excréments, habillé de draps non lavés d'hôpital, mangeant des corps pourris, les pieds dans une mare de sang dans laquelle il noie des humains, des cervelles accrochées dans la barbe...) et bien évidemment un conte philosophique. Personnes sensibles ne pas s'abstenir !
Arachnodactyle
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Messagepar DARKSTAR SEVEN » 15 Jan 2008, 02:41

A éditer, si quelqu'un peu nous faire une fiche un peu plus détaillée, plutôt que de mettre des extraits

DS7 - admin
DARKSTAR SEVEN

Messagepar tarjanange » 27 Déc 2008, 15:13

je l'ai lu

c'était d'ailleurs mon sujetde poétique en license de lettres ^^
tarjanange
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Re: Les chants de Maldoror

Messagepar loicplayer » 17 Juin 2009, 20:45

De loin mon livre préféré, Isidore Ducasse crache littéralement tout le venin qu'il a en lui. Il prévient le lecteur en lui disant qu'il n'en ressortirait pas indemne, je ne mesurais pas a quel point il avait raison. Chef d'oeuvre de la littérature de fin de siècle (son succès fut posthume malheureusement), ce livre fut une source d'inspiration pour l'école surréaliste.

Darkstar Seven -> Le livre est totalement décousu, aucune histoire ne peut y être trouvé, aucune fiche du roman ne peut-etre faite, le seul conseil que je peux donner est de lire le livre... à vos risques et périls.
loicplayer
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Re: Les chants de Maldoror

Messagepar DarckCrystale » 18 Juin 2009, 14:49

J'en ai lu !
Un seul, mais je l'ai lu !
J'ai aimé (quoi qu'il ne soit pas à lire en mangeant ^^ )



Je suis sale. Les poux me rongent. Les pourceaux, quand ils me regardent, vomissent. Les croûtes et les escarres de la lèpre ont écaillé ma peau, couverte de pus jaunâtre. Je ne connais
pas l'eau des fleuves, ni la rosée des nuages. Sur ma nuque, comme sur un fumier, pousse un énorme champignon, aux pédoncules ombellifères. Assis sur un meuble informe, je n'ai pas bougé mes membres depuis quatre siècles. Mes pieds ont pris racine dans le sol et composent, jusqu'à mon ventre, une
sorte de végétation vivace, remplie d'ignobles parasites, qui ne dérive pas encore de la plante, et qui n'est plus de la chair. Cependant mon coeur bat. Mais comment battrait-il, si la pourriture et les exhalaisons de mon cadavre (je n'ose pas dire corps) ne le nourrissaient abondamment? Sous mon aisselle gauche, une famille de crapauds a pris résidence, et, quand l'un d'eux remue, il me fait des chatouilles. Prenez garde qu'il ne s'en échappe un, et ne vienne gratter, avec sa bouche, le dedans de votre oreille: il serait ensuite capable d'entrer dans votre cerveau. Sous mon aisselle droite, il y a un caméléon qui leur fait une chasse
perpétuelle, afin de ne pas mourir de faim: il faut que chacun vive. Mais, quand un parti déjoue complétement les ruses de l'autre, ils ne trouvent rien de mieux que de ne pas se gêner, et sucent la graisse délicate qui couvre mes côtes : j'y suis habitué. Une vipère méchante a dévoré ma verge et a
pris sa place: elle m'a rendu ennuque, cette infâme. Oh! si j'avais pu me défendre avec mes bras paralysés; mais, je crois plutôt qu'ils se sont changés en bûches. Quoi qu'il en soit, il importe de constater que le sang ne vient plus y promener sa rougeur. Deux petits hérissons, qui ne croissent plus, ont jeté à un chien, qui n'a pas refusé, l'intérieur de mes testicules: l'épiderme, soigneusement lavé, ils ont logé dedans. L'anus a été intercepté par un crabe; encouragé par mon inertie, il garde l'entrée avec ses pinces, et me fait beaucoup de mal! Deux méduses ont franchi les mers, immédiatement alléchées par un espoir qui ne fut pas trompé. Elles ont regardé avec attention les deux parties charnues qui forment le derrière humain, et, se cramponnant à leur galbe convexe, elles les ont tellement écrasées par une pression constante, que les deux morceaux de chair ont disparu, tandis qu'il est resté deux monstres, sortis du royaume de la viscosité, égaux par la couleur, la forme et la férocité. Ne parlez pas de ma colonne vertébrale, puisque c'est un glaive. Oui, oui... je n'y faisais pas attention... votre demande est juste.

Vous désirez savoir, n'est-ce pas, comment il se trouve implanté verticalement dans mes reins? Moi-même, je ne me le rappelle pas très clairement; cependant, si je me décide à prendre pour un souvenir ce qui n'est peut-être qu'un rêve, sachez que l'homme, quand il a su que j'avais fait voeu de vivre avec la maladie et l'immobilité jusqu'à ce que j'eusse vaincu le Créateur, marcha, derrière moi, sur la pointe des pieds, mais, non pas si doucement, que je ne l'entendisse. Je ne perçus plus rien, pendant un instant qui ne fut pas long. Ce poignard aigu s'enfonça, jusqu'au manche, entre les deux épaules du taureau des fêtes, et son ossature frissonna, comme un tremblement de terre. La lame adhère si fortement au corps, que personne, jusqu'ici, n'a pu l'extraire. Les athlètes, les mécaniciens, les philosophes, les médecins ont essayé, tour à tour, les moyens les plus divers. Ils ne savaient pas que le mal qu'a fait l'homme ne peut plus se défaire! J'ai pardonné à la profondeur de leur ignorance native, et je les ai salués des paupières de mes yeux. Voyageur, quand tu passeras près de moi, ne m'adresse pas, je t'en supplie, le moindre mot de consolation: tu affaiblirais mon courage. Laisse-moi réchauffer ma ténacité à la flamme du martyre volontaire. Va-t'en... que je ne t'inspire aucune piété. La haine est plus bizarre que tu ne le penses; sa conduite est inexplicable, comme l'apparence brisée d'un bâton enfoncé dans l'eau. Tel que tu me vois, je puis encore faire des excursions jusqu'aux murailles du ciel, à la tête d'une légion d'assassins, et revenir prendre cette posture, pour méditer, de nouveau, sur les nobles projets de la vengeance. Adieu, je ne te retarderai pas davantage; et, pour
t'instruire et te préserver, réfléchis au sort fatal qui m'a conduit à la révolte, quand peut-être j'étais né bon! Tu raconteras à ton fils ce que tu as vu; et, le prenant par la main, fais-lui admirer la beauté des étoiles et les
merveilles de l'univers, le nid du rouge-gorge et les temples du Seigneur. Tu seras étonné de le voir si docile aux conseils de la paternité, et tu le récompenseras par un sourire. Mais, quand il apprendra qu'il n'est pas observé, jette les yeux sur lui, et tu le verras cracher sa bave sur la vertu; il t'a trompé, celui qui est descendu de la race humaine, mais, il ne te trompera plus: tu sauras désormais ce qu'il deviendra. O père infortuné, prépare, pour accompagner les pas de ta vieillesse, l'échafaud ineffaçable qui tranchera la tête d'un criminel précoce, et la douleur qui te montrera le chemin qui conduit à la tombe.



Je sais, c'est pas facile à lire sur un écran...
DarckCrystale
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