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Imajica de Clive Barker

Tout l'art de la plume...

Imajica de Clive Barker

Messagepar Atavhystérie » 16 Déc 2009, 19:03

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Clive Barker, écrivain, peintre et dramaturge anglais nous propose ici un roman en deux tomes fascinant à la limite des genres fantastique et horreur. Imajica, c'est avant tout un univers. Un univers façonné par cinq Empires, le cinquième étant le Londres actuel. Dans ces empires il y a des Déesses, un Dieu, des Maestros, des mystifs, toutes sortes de créatures et, bien sûr, des humains. Dans ce roman baroque l'on retrouve des thèmes phares comme l'amour, la religion, la sexualité, la quête éternelle de l'identité.

Gentle est un faussaire. Judith est son ex. Charlie Eastabrook est son mari. Judith le quitte, ce dernier engage un assassin-prostitué nommé Pie'o'pah afin qu'elle disparaisse de la surface du monde. Sauf que ça rate, à cause de Gentle qui intervient et se met de suite à la poursuite de l'assassin. Il se trouve que celui-ci le connait, et il va lui faire découvrir d'autres mondes que Londres, les quatre autres empires qui forment l'Imajica. Pendant ce temps Judith, qui a assisté à la disparition de Gentle et de l'étrange créature, décide à tout prix de rejoindre cet "au-dela", et dans cette recherche tombe sur Oscar Godolphin, qui n'est autre que le frère de Charlie et le Président de La Tabula Rasa, une étrange association qui a pour vocation d'éliminer toute magie dans le Cinquième Empire. Ce qu'il faut savoir, c'est que Gentle et Judith ont un point commun, à part leur ancienne histoire d'amour, leur mémoire s'efface tous les dix ans. Chacun engagé dans des aventures personnelles mais qui font partie d'un tout, ces deux personnages sont, en somme, en quête de leur propre moi, dans un monde également à la recherche d'une identité, d'une Réconciliation...

On peut comparer se roman a un récit initiatique, récit dans lequel le ou les héros traversent des épreuves, en apprennent et finissent par grandir, par connaître une certaine vérité du monde et d'eux-même. Judith est l'incarnation de LA femme : séduisante, mystérieuse, et malgré tout, terriblement fragile. Enchaînée malgré elle par un sort à une famille d'hommes puissants -les Godolphins- elle finira par se détacher du joug qui la tient lorsqu'elle comprendra qui elle est. Et ce grâce à son double : Quaisoir, qu'elle rencontrera au détour du palais de Yzordderrex, la capitale du Quatrième Empire et des Empires Réconciliés, femme de l'Autarch Sartori, lui-même double de Gentle. Son nom est par ailleurs troublant : Judith, dans l'Ancien Testament est une femme juive qui , en usant de ses charmes, parviendra à assassiner Holopherne, le roi des Assyriens qui assiégeait Béthanie, la ville que défend justement Judith.Le personnage du roman est celle qui est à l'origine des malheurs de l'Imagica. C'est pour elle, ou plutôt son double Quaisoir, que ce sont battus Gentle et l'ancêtre Godolphin. Ils ont finalement conclu un accord : Gentle, qui était alors un Maestro, a décidé de dédoubler le jeune femme, ce qui a donné naissance à Judith. Il donnera également vie à son propre jumeau, malencontreusement : Sartori. C'est par LA femme que l'Imagica fut gouvernée par un tyran, et que des hommes commettront des actes criminels. Mais c'est aussi elle qui ferme le cercle : en mettant au monde un enfant.
La féminité est donc très présente, et l'on comprend à travers le roman que c'est elle qui régit le monde. Elle laisse aux hommes le pouvoir, parce qu'ils sont plus forts sur le moment, mais c'est toujours elle qui perdure, comme en témoigne le deuxième tome, avec la dispartion du Dieu destructeur et la réhabilitation du culte des Déesses, symbolisées par l'eau, élément fécond, de vie.

Gentle et Sartori sont les deux face d'une même pièce. L'un est repentant, renonçant et fait le bien ; l'autre ambitieux, cruel. Et pourtant, Sartori représente la face noire de Gentle, celui qu'il était avant, et se montre capable d'amour et de repentance. Gentle est le fils du Dieu et d'une femme vierge, Célestine. C'est un nouveau Jésus. D'ailleurs Jésus n'était autre que son demi-frère (ouais, lisez le livre). Un messie qui suit les paroles de son Père sans qu'il s'en aperçoive, puis qui oublie, recouvre la mémoire et poursuite consciemment les projets de son Père, sans savoir qu'il sert aussi le Féminin. Tous deux sont l'archétype-même de l'homme : ils se croient puissants et forts, libres, dominateurs, mais ils sont encore des enfants et ne se rendent pas compte qu'ils servent les instructions de leurs Mères et se réfugient en leur sein lorsqu'ils font l'amour à une femme. Cette femme : Judith.

Une créature mérite aussi notre attention : le mystif, Pie'o'pah. Elle représente à elle seule toute la sexualité du livre. Pie'o'pah, compagnon de Gentle, sexe indéterminé, capable de se transformer selon les fantasmes de ses "clients". A la fois femme et homme, esclave et maître, léger et grave, fragile et courageux...Il se mariera avec Gentle. Ce dernier le voyant pour ce qu'il est, et lui voyant Gentle comme ce qu'il peut être, l'encourageant, le conseillant, mais surtout, lui donnant à goûter une sexualité infinie. Gentle ne se réfugie ni en une femme ni en un homme, mais en lui-même. D'ailleurs, chose pas si étrange après analyse, il dit dans le deuxième tome qu'il a en fait peur des femmes. En bon fils de son Père, qui, lui, craint tellement Célestine qu'il la réduira en cendres. Ce Dieu est d'ailleurs représenté par le Pivot, source de pouvoir implanté dans le palais d'Yzordderrex. Et quelle forme a-t-il ? Celle d'un phallus ! Une scène érotique à savourer est celle de l'accouplement Sartori/Judith, qui, dans une grande métaphore, les compare à des autophages. Ils se dévorent entre-eux, ne font plus qu'un, un cercle, symbole féminin. On peut voir là que Sartori se fait prendre au piège. D'ailleurs, cette scène donnera naissance à une petite fille... Pour revenir au phallus, il sera détruit et le palais englouti par l'eau, qui érode et émousse tout objet pointu.

On peut observer de très grandes ressemblances avec notre histoire des religions occidentales. Le Christianisme, qui vénère un Dieu, et donne le pouvoir aux hommes, et les religions anciennes polythéistes qui vénéraient plusieurs dieux dont des déesses, avec Gaïa, la Mère du monde, la Terre, pour les Grecs, par exemple. Ce roman a quelque chose de fortement féministe...

En conclusion : Imajica est un ovni littéraire très recommandé ! (Je ne parlerai pas du style, l'ayant lu dans sa traduction, qui était, plutôt pas mal. Fluide, belles descriptions, crudité, psychologie des personnages bien tournée etc.)
Atavhystérie
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Re: Imajica de Clive Barker

Messagepar fetish-cat » 12 Déc 2010, 13:40

J'ai bien aimé ce bouquin, l'histoire est complétement wtf et j'adore. :D Mais les livres que j'ai préférés chez Clive Barker, sont les recueils de nouvelles, les "livres de sang". ^^
fetish-cat
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19 Messages

Re: Imajica de Clive Barker

Messagepar Atavhystérie » 24 Jan 2011, 09:38

Je ne les ai pas lu ceux-là. J'ai suivi la série des Abarat cependant, c'est tout aussi déjanté qu'Imajica, un poil moins "sexuel" peut-être.
Atavhystérie
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