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Florilège de textes flamboyants

Tout l'art de la plume...

Florilège de textes flamboyants

Messagepar Serenera » 04 Avr 2008, 21:32

Petit sujet consacré aux poèmes souvent occultés - à tort ou à raison, c'est selon - par nos bien-aimés et bienveillants délétères doctes et clercs. Nonobstant l'indiscutable valeur littéraire des grands textes (incipit de Salaambô et autres Spleens), et faisant fi d'une nature hélas pusillanime, j'aurai ainsi l'immense plaisir de vous faire (re)découvrir quelques morceaux choisis (que nous aurons tout loisir à disséquer subséquemment).

Pour commencer, un modeste poème tiré des Poèmes Barbares de Leconte de Lisle. Admirez l'écho des sonorités et la pureté des vers. Parnasse Parnasse ! Les aficionados ne manqueront pas de relever une certaine analogie avec les sonnets lovecraftiens, tant au niveau de la forme que du contenu.
Appréciez le balancement du rythme, l'entrechoquement des phonèmes et la densité poétique à proprement parler. Notamment dans la première strophe, où j'ai relevé les accents. C'est, en finalité, relativement proche de la métrique grecque. (premier vers iambique, second iambique, troisième anapestique, dernier iambique.)

Un monde mort, immense écume de la mer,
Gouffre d'ombre stérile et de lueurs spectrales,
Jets de pics convulsifs étirés en spirales
Qui vont éperdument dans le brouillard amer.

Un ciel rugueux roulant par blocs, un âpre enfer
Où passent à plein vol les clameurs sépulcrales,
Les rires, les sanglots, les cris aigus, les râles
Qu'un vent sinistre arrache à son clairon de fer.

Sur les hauts caps branlants, rongés des flots voraces,
Se roidissent les Dieux brumeux des vieilles races,
Congelés dans leur rêve et leur lividité ;

Et les grands ours, blanchis par les neiges antiques,
Çà et là, balançant leurs cous épileptiques,
Ivres et monstrueux, bavent de volupté.


Leconte de Lisle, Poèmes Barbares (1862)

A venir, quelques plaintes du sycophante Brasillach, poussées en cage, peu avant sa vindicative exécution. Et probablement un improbable sonnet lovecraftien. Parce qu'il le faut.
Serenera
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Messagepar Serenera » 21 Avr 2008, 20:09

Et voici un poème du sycophante Brasillach. J'hésitais quant au poème. J'aime énormément ceux composés en prison, peu avant son exécution. Mais celui-ci convient mieux à l'atmosphère locale.
Dommage qu'il soit si peu connu.

L'auberge des morts :

Au pays de la mort, au confluent des deux fleuves,
Je sais qu’existe une tonnelle de bois vert,
Où vont boire les morts, quand vient le printemps vert,
Où vont boire les morts avec leurs lèvres creuses.

C’est la guinguette de la Fin du Monde,
Où vont les morts parler de l’avenir,
Où vont les morts quand le soir tombe,
Se tenir par la main et se sourire.

A l’auberge, où les vents qui passent sont frais,
Est un miroir sans tain, un miroir qui parle.
C’est là, lorsque les morts sont dignes d’écouter,
Qu’on entend se lever des murmures étranges.

Dans le miroir naissent des voix,
Des souffles qu’une ombre dissout,
Des fumées tordues sous les branchages des bois,
Puis un grand silence, soudain, qui emporte tout.

Ecoutez ! morts venus avec vos jeunes mortes,
Vous qui cherchez l’oubli de votre transparence,
C’est ici qu’on entend la terre et les vivants,
Ici qu’on se souvient et que l’on sait encore.

A la guinguette de la Fin du Monde,
Les morts ne reviennent jamais deux fois,
Car la glace sans tain, car le miroir sans ombre,
Leur rappelle le temps des corps résistants et des voix.

A la guinguette de la Fin du Monde,
Se défond, devant les verres vides et les bouteilles sans parfum,
Les amours des morts, les désirs des ombres,
Pareils à ces rêves, vous souvenez-vous, ces rêves que l’on fait en songe.

2 Novembre 1934
Serenera
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Messagepar darkwinter » 06 Mai 2008, 19:53

la mort est une amie a toi ?
j'aime bien :D
darkwinter

Messagepar Scan » 06 Mai 2008, 19:54

Un poême flamboyant c'est quoi?

Un livre qui brûle???

Ska- C'est bon j'connais déja la sortie.
Scan

Messagepar Serenera » 07 Mai 2008, 04:06

Puisque tu parles de livres qui flambent, voici l'émouvant Noël en taule, composé par Brasillach pour le Noël 44, 1 mois et quelques avant son exécution.

Qu’importe aux enfants du hasard
Le verrou qu’on tire sur eux :
Noël n’est pas pour les veinards,
Noël est pour les malchanceux.
Voici la nuit : il n’est pas tard.
Mais la cloche tinte pour eux.

Bon Noël des garçons en taule,
Noël des durs et des filous,
Ceux dont la vie ne fut pas drôle,
La fille que bat le marlou,
Le gars qui suivait mal l’école,
Ils te connaissent comme nous.

Noël derrière les barreaux,
Noël sans arbre et sans bonhomme,
Noël sans feu et sans cadeaux,
C’est celui des lieux où nous sommes,
Où d’autres ont joué leur peau,
Sur la paille dormi leur somme.

Les chefs qui lâchent leurs garçons,
Ceux qui s’enfuient, ceux qui sont riches,
Boivent sec dans leurs réveillons
De la Bavière ou de l’Autriche,
Mais nous autres dans nos prisons,
Nous sommes contre ceux qui trichent.

Je t’adopte, Noël d’ici,
Bon Noël des mauvaises passes :
Tu es le Noël des proscrits,
De ceux qui rient dans les disgrâces,
des pauvres bougres qu’on trahit,
et des enfants de bonne race.

Nous savons qu’au dehors, ce soir,
Les amis et les coeurs fidèles,
Les enfants ouvrant dans le noir,
Malgré le sommeil, leurs prunelles,
Evoquent l’heure du revoir
Et tendent leurs mains fraternelles.

Et pour revoir, gens du dehors,
Le vrai Noël de nos enfances,
Il suffit de fermer encor
Nos yeux sur l’ombre de l’absence,
Pour dissiper le mauvais sort
Et faire flamber l’espérance.

Noël 1944.
Robert Brasillach.
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Messagepar Morgause » 09 Mai 2008, 17:36

Le poème l'Auberge des Morts donne des frissons. Je le verrai très bien en musique.
Morgause

Messagepar Serenera » 09 Mai 2008, 18:57

Les poèmes de Brasillach sont tous faits pour être déclamés ou chantés. Il joue énormément sur le rythme et les sonorités. Je te recommande d'écouter le 3eme CD des poèmes de Fresnes, que tu trouveras sur dailymotion.

Merci d'avoir lu le sujet :)
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Messagepar Mam'zelle Bulle » 09 Mai 2008, 19:49

pk dans le 1er textes, y'a des lettres en gras ?
Mam'zelle Bulle
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6009 Messages, chimérique

Messagepar Serenera » 09 Mai 2008, 21:38

[...] Notamment dans la première strophe, où j'ai relevé les accents.
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Messagepar Serenera » 19 Juin 2008, 08:40

Un extrait de l'Apocalypse, en anglais, le style est à mon avis meilleur. l'arrivée des quatre cavaliers.

6:2 And I saw, and behold a white horse: and he that sat on him had a bow; and a crown was given unto him: and he went forth conquering, and to conquer.

6:4 And there went out another horse that was red: and power was given to him that sat thereon to take peace from the earth, and that they should kill one another: and there was given unto him a great sword.

6:5 And when he had opened the third seal, I heard the third beast say, Come and see. And I beheld, and lo a black horse; and he that sat on him had a pair of balances in his hand.

6:8 And I looked, and behold a pale horse: and his name that sat on him was Death, and Hell followed with him. And power was given unto them over the fourth part of the earth, to kill with sword, and with hunger, and with death, and with the beasts of the earth.

6:12 And I beheld when he had opened the sixth seal, and, lo, there was a great earthquake; and the sun became black as sackcloth of hair, and the moon became as blood;

6:15 And the kings of the earth, and the great men, and the rich men, and the chief captains, and the mighty men, and every bondman, and every free man, hid themselves in the dens and in the rocks of the mountains;

6:17 For the great day of his wrath is come; and who shall be able to stand?
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Messagepar Serenera » 14 Juil 2008, 17:17

And the mercy seat is burning
And I think my head is glowing
And in a way I'm hoping
To be done with all this twisting of the truth
An eye for an eye
And a tooth for a tooth
And anyway there was no proof
And I'm not afraid to die.


And the mercy seat is smoking
And I think my head is melting
And in a way that's helping
To be done with all this twisting of the truth
An eye for an eye
And a tooth for a tooth
And anyway I told the truth
But I'm afraid I told a lie.



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Messagepar Serenera » 05 Sep 2008, 01:17

Curse you, Thornton, I’ll teach you to faint at what my family do! … ‘Sblood, thou stinkard, I’ll learn ye how to gust … wolde ye swynke me thilke wys?… Magna Mater! Magna Mater!… Atys… Dia ad aghaidh’s ad aodaun… agus bas dunarch ort! Dhonas ’s dholas ort, agus leat-sa!

L'envolée finale de Les Rats dans les Murs, de Lovecraft.

Soyez maudit, Thornton, je vous apprendrai à vous évanouir devant ce qu'a fait ma famille !... Par la morbleu, faquin, je vais t'en faire goûter ! M'oserais-tu ainsi férir ? Magna Mater! Magna Mater!… Atys… Dia ad aghaidh’s ad aodaun… agus bas dunarch ort! Dhonas ’s dholas ort, agus leat-sa!

Le bon vieux crescendo. Cette nouvelle est remarquablement construite. Le retour du civilisé à l'état de nature.

On perd quand même énormément en français. Le protagoniste s'exprime sur la fin en anglais archaïque, ce que la traducteur ne rend pas, probablement faute de maîtriser le français de François Villon !
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Messagepar Serenera » 24 Sep 2008, 00:02

Un pan mineur de Lovecraft, un de ses poèmes.

The City,


It was golden and splendid,
That City of light;
A vision suspended
In deeps of the night;
A region of wonder and glory, whose temples were marble and white.

I remember the season
It dawn'd on my gaze;
The mad time of unreason,
The brain-numbing days
When Winter, white-sheeted and ghastly, stalks onward to torture and craze.

More lovely than Zion
It shone in the sky
When the beams of Orion
Beclouded my eye,
Bringing sleep that was filled with dim mem'ries of moments obscure and gone by.

Its mansions were stately,
With carvings made fair,
Each rising sedately
On terraces rare,
And the gardens were fragrant and bright with strange miracles blossoming there.

The avenues lur'd me
With vistas sublime;
Tall arches assur'd me
That once on a time
I had wander'd in rapture beneath them, and bask'd in the Halcyon clime.

On the plazas were standing
A sculptur'd array;
Long bearded, commanding,
rave men in their day--
But one stood dismantled and broken, its bearded face battered away.

In that city effulgent
No mortal I saw,
But my fancy, indulgent
To memory's law,
Linger'd long on the forms in the plazas, and eyed their stone features with awe.

I fann'd the faint ember
That glow'd in my mind,
And strove to remember
The aeons behind;
To rove thro' infinity freely, and visit the past unconfin'd.

Then the horrible warning
Upon my soul sped
Like the ominous morning
That rises in red,
And in panic I flew from the knowledge of terrors forgotten and dead.
Serenera
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Messagepar Serenera » 24 Sep 2008, 01:04

Oublions Joseph K.. Lyrisme. Un des plus beaux poèmes de Poe, moins sombre que d'accoutumée.

THOU wast all that to me, love,
For which my soul did pine:
A green isle in the sea, love,
A fountain and a shrine
All wreathed with fairy fruits and flowers, 5
And all the flowers were mine.

Ah, dream too bright to last!
Ah, starry Hope, that didst arise
But to be overcast!
A voice from out the Future cries, 10
"On! on!"—but o'er the Past
(Dim gulf!) my spirit hovering lies
Mute, motionless, aghast.

For, alas! alas! with me
The light of Life is o'er! 15
No more—no more—no more—
(Such language holds the solemn sea
To the sands upon the shore)
Shall bloom the thunder-blasted tree,
Or the stricken eagle soar. 20

And all my days are trances,
And all my nightly dreams
Are where thy gray eye glances,
And where thy footstep gleams—
In what ethereal dances, 25
By what eternal streams.

[/b]
Serenera
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Messagepar Caligula » 24 Sep 2008, 01:08

Quel beau poème, jeune homme.
Tu as toujours de brillantes idées.
Crois-moi donc. Je suis charmée. Beaux souvenirs.
Caligula
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Messagepar Dell » 24 Sep 2008, 13:24

Virginie Despentes c'est le mal...
Dell
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Messagepar Comte Von Castellan » 16 Oct 2008, 23:46

Que d'amour,que de haine
Que de manquer l'espoir dans mes veines!!
Soit mon opium,mon essence afin que nul démon ,
Nul ange ne consomme en nous cette ardente passion

Qui jusqu'aux nues jusqu'aux flammes fait à ce jour,
Défaut dans l'ether de nos âmes le vain carrefour!
Notre idylle ira sans faille se ternir jusqu'au plus profond désespoir
Pour n'en renaître que plus fort au coeur du miroir!

Immortelles billevesées perdues dans un espace fugace d'indécences,
Matérielles billes versées fondues dans l'acier suintant la menace,
Nous sommes égarés et confrontés à nostre propre destin,
Affrontant séparés les affres du Malin,
Qui de ses yeux rougeoyant observe calme et serein,
L'issue de la bataille où déjà le coeur et le corps sont disjoints!

Retrouve moi éperdu,épanché et agonisant,
Condamne moi à la vertu,au pêché à l'envoûtement! :twisted: :twisted:
Comte Von Castellan
Homme, 28 ans
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Messagepar Zep » 11 Nov 2008, 15:06

Vertige de François Rollin
...mais mieux vaut l'entendre lu par l'auteur en personne...

http://gluondutube.blogspot.com/2008/06 ... rtige.html
Zep


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