Petit sujet consacré aux poèmes souvent occultés - à tort ou à raison, c'est selon - par nos bien-aimés et bienveillants délétères doctes et clercs. Nonobstant l'indiscutable valeur littéraire des grands textes (incipit de Salaambô et autres Spleens), et faisant fi d'une nature hélas pusillanime, j'aurai ainsi l'immense plaisir de vous faire (re)découvrir quelques morceaux choisis (que nous aurons tout loisir à disséquer subséquemment).
Pour commencer, un modeste poème tiré des Poèmes Barbares de Leconte de Lisle. Admirez l'écho des sonorités et la pureté des vers. Parnasse Parnasse ! Les aficionados ne manqueront pas de relever une certaine analogie avec les sonnets lovecraftiens, tant au niveau de la forme que du contenu.
Appréciez le balancement du rythme, l'entrechoquement des phonèmes et la densité poétique à proprement parler. Notamment dans la première strophe, où j'ai relevé les accents. C'est, en finalité, relativement proche de la métrique grecque. (premier vers iambique, second iambique, troisième anapestique, dernier iambique.)
Un monde mort, immense écume de la mer,
Gouffre d'ombre stérile et de lueurs spectrales,
Jets de pics convulsifs étirés en spirales
Qui vont éperdument dans le brouillard amer.
Un ciel rugueux roulant par blocs, un âpre enfer
Où passent à plein vol les clameurs sépulcrales,
Les rires, les sanglots, les cris aigus, les râles
Qu'un vent sinistre arrache à son clairon de fer.
Sur les hauts caps branlants, rongés des flots voraces,
Se roidissent les Dieux brumeux des vieilles races,
Congelés dans leur rêve et leur lividité ;
Et les grands ours, blanchis par les neiges antiques,
Çà et là, balançant leurs cous épileptiques,
Ivres et monstrueux, bavent de volupté.
Leconte de Lisle, Poèmes Barbares (1862)
A venir, quelques plaintes du sycophante Brasillach, poussées en cage, peu avant sa vindicative exécution. Et probablement un improbable sonnet lovecraftien. Parce qu'il le faut.
