par Esther » 06 Oct 2010, 22:44
Illusion Macabre
§
Le miroir d’étain, accroché à son mur, attendait.
Avec lui, maints objets étaient relégués
Entre les murs et les fenêtre aveugles:
Des cloches de verre et des livres grêlés,
Des oiseaux immobiles pour l’éternité,
Des fleurs sèches et des tentures,
Une horloge morte et un buffet…
Tous immobiles sous une couche de poussière
Tous immobiles dans le temps arrêté
Tous immobiles et privés de lumière
Entre ces murs et ces portes fermées.
§
Le miroir attendait.
Il reflétait, distendu, le monde à sa portée
Et peu à peu, à force de se refléter
Celui-ci se défaisait.
Les formes se tordaient, leur esprit corrompu,
Elles devenaient noires, et sales, et griffues ;
Et dans l’espace ainsi formé
D’autres figures apparaissaient…
Des lapins dans le chapeau
Des colombes et des corbeaux
Une paire de jambes sans fille
Un chien, comme dans un jeu de quille
Dont la peinture a disparu
Et un jeu de cartes. Perdu.
Ce joli petit monde attendait
De l’autre côté du miroir,
Peu à peu s’impatientait
La maison plongée dans le noir.
§
Tout à coup, la clef tourna
On entendit un bruit de voix
Et le miroir eut un sourire…
… En voilà un, on va bien rire.