Nous sommes le 24 Mai 2012, 16:38
Voir les messages sans réponses | Voir les sujets actifs Voir les nouveaux messages | Marquer tous les forums comme lus

La Chute de Lucifer Roman noir bouleversant lisez le

Tout l'art de la plume...

La Chute de Lucifer Roman noir bouleversant lisez le

Messagepar luciferus » 16 Jan 2007, 19:27

TITRE

Ange Félix était au CP1, dans une école primaire à Bamako. Il était comme son père, Placide, hypersensible et très sauvage. Aussi était-il rejeté par la société africaine communautaire et sans pitié pour les inadaptés. Ange était assis dans la classe, M. Konaré, l’instituteur faisait son discours de lecture.
“Bé-bé lè-ve la tê-te“ et “So-ri sa-lue Si-ta“ épelait-il, indiquant les syllabes écrites sur le tableau de sa règle.
Ange écoutait avec une oreille, mais l’essentiel de son esprit était ailleurs. Il repensait à son premier jour d’école: ce jour là, pendant la récréation, il était resté dans son coin par timidité tandis que les autres s’étaient spontanément rassemblés, réunis et soudés par l’affinité et bavardaient bruyamment. Ainsi isolé et silencieux, Ange avait été un point de mire qui avait attiré l’attention de ses camarades et les avait intrigué. Ils s’approchèrent puis formèrent un cercle autour d’Ange. Gaspard, un garçon de petite taille mais corpulent comme Hercule, noir comme le cul d’une marmite, les yeux rouges et incandescents, portant une culotte trouée découvrant un cul fouetté par le vent, parla le premier. Il etait hilare.
“Oh! z’avez vu la tête, un vrai blanc bec“.
Le visage d’Ange se decomposa sous l’effet de l’émotion. Gatien, un grand garçon, l’air cynique le regarda lentement de la tête aux pieds puis des pieds à la tête et cracha sur lui, avant d’éclater d’un rire satanique qui découvrit ses dents jaunies par la carie.
Du front baissé d’Ange, des gouttes de sueur commencèrent à tomber sur le sol avec un rythme des premières gouttes d’une pluie capricieuse.
Cela amusait les élèves, ils riaient, cherchaient les moindres défauts d’Ange et les indiquaient: ses jambes trop frêles, son nez trop plat, sa petite tête d’oiseau.
Nestor, un gros garçon benêt lui lança: “Lave-toi plus souvent, ça évitera que tu nous importunes avec ta puante sueur“.
Heureusement pour Ange la cloche sonna. Mais dans la tête du malheureux elle sonna „Bienvenu en enfer“. Cet incident de premier jour fut le début d’une série de méchancetés qu’il allait éprouver durablement. Ange se savait différent, il sentait fortement qu’il était un être à part, singulier. Il savait aussi que la société africaine, communautariste était sans pitié pour les marginaux, les inadaptés et les numéros de toutes sortes. Il se savait condamné à souffrir. C’était le prix à payer pour avoir eu l’audace de venir au monde avec un caractère et une personnalité différente.

Brusquement Ange fut tiré de ses rêveries. Le maître parlait plus fort:
“Qui va lire?“ demanda t-il.
Personne ne leva le doigt. M. Konaré examina Ange un instant, il savait que lui au moins pouvait lire correctement.
“Allons, Ange, tu peux bien nous lire cela“
Ange se leva et le maître indiqua machinalement mais avec vigilance les mots écrits sur le tableau, toujours à l’aide de sa règle. Ange lit: „Sori salue Sita. Bébé a ...“ il s’arrêta soudain. Gaspard, assis derrière lui , venait de le pincer aux fesses. Il se maîtrisa néanmoins pour ne pas crier de douleur, puis continua: “Antoine balaie la...“ Il se tut de nouveau, Gaspard venait de recommencer de plus belle. Ange garda les lèvres pincées pendant un bon moment, le professeur se retourna et vit l’expression de douleur sur son visage.
“Que se passe t-il Ange? demanda le maître.
- Rien, répondit Ange et reprit, Antoine balaie la véranda.
- Bien, dit le maître, mais qu’est-ce qui t’a fait mal tout à l’heure?“
L’enfant hésita, fouilla dans son cerveau, trouva, mais hésita à mentir:
“C’est...c’est les fourmis“ dit-il.
Toute la classe éclata de rire. En effet les fourmis qui pullulaient sur le sol troué de leurs mille tanières étaient un bon prétexte.
“Silence! tonna le maître, lui au moins sait lire“. Tous les élèves se turent immédiatement, excepté Gaspard qui continuait à parler à son voisin Gatien; il disait goguenard:
“La bonne trouvaille, pas si bête le blanc bec, pas si bête“ dit-il.
Dix coups de fouet pour Gaspard, déshabillé.
Le visage heureux de celui-ci s’assombrit et il se dirigea vers le maître. Arrivé là, il se déshabilla et le maître commença à le fouetter. Le professeur avait les lèvres pincées et les sourcils froncés comme pour montrer sa détermination furieuse.
Gaspard, lui, sautillait d’un pied sur l’autre en hurlant comme un diablotin dans la géhenne. Dans cette classe d’élèves pervers, tous étaient tristes devant le châtiment infligé à l’un des leurs. Gaspard sautait pour échapper aux coups mais les recevait tout de même. Il avait maintenant reçu neuf coups, le dernier arriva plus violent. Gaspard poussa un dernier cri et se mit à pleurnicher.
“Allez va-nu-pieds, rejoins ta place et que je ne t’entende plus, salaud“
Gaspard regagna sa place, il continuait à pleurnicher.
Au bout d’une minute le maître lui cria de nouveau:
“Tu te tais ou tu reçois cinq coups supplémentaires“.
Gaspard se tut et le maître se lança dans une gueulade:
“Non seulement tu n’arrives pas à lire grand chose mais encore tu passes ton temps à rire de ton camarade qui lui arrive à lire parfaitement. Tu es qui toi? Tu te crois meilleur que lui, en quoi? Petit idiot!“
Le maître se tourna pour écrire au tableau.

Gatien profita pour chuchoter à l’oreille de Gaspard:
-„T’en fais pas, on fera une bonne partie de vengeance tout à l’heure.“
Gaspard ne prit pas la peine de lui répondre: une vengeance, c’était dans l’ordre des choses.
Justement la cloche sonna.
-„A demain,“ leur dit froidement le maître, il n’était pas content de ses élèves turbulents. Ils se mirent à sortir. Ange fut accosté par une fille aux gros yeux qui lui dit :
-„Allez! à la Prison, petit merdeux, oiseau de malheur.“
Ange sortit et se dirigea vers le lieu indiqué vers lequel tous les élèves, par petits groupes, convergeaient. La Prison était une vieille maison abandonnée où ils martyrisaient périodiquement le pauvre Ange. La Prison était donc composée d’un seul prisonnier et de tous les autres élèves de la classe, 30 en tout.
Une fois à la Prison, Gaspard ordonna à Ange de se déshabiller, il s’exécuta sans broncher. Gaspard attrapa alors son sexe et se mit à le tirer. Ange cria et reçut une gifle qui le fit chanceler. Un garçon prit un bout de tissu qui traînait sur le sol et lui attacha la bouche.
La scène ressemblait à la passion du Christ où les soldats trempaient des roseaux dans du vin et les portaient à la bouche de Jésus.
La bouche baillonée, Ange ne pouvait plus crier, c’est alors qu’une fille se mit à prendre une à une des fourmis qui étaient sorties d’un grand trou, elle les prenait et avant qu’elles n’aient le temps de la piquer, elle les avait déjà mises sur la tête d’Ange. Les fourmis se glissèrent entre ses cheveux frisés, atteignirent la peau du crâne et la piquèrent, les piqûres se succédèrent.
Deux solides garçons maîtrisaient Ange, il se débattait entre leurs mains, il aurait voulu sauter et crier comme Gaspard tout à l’heure, cela occupe le corps et l’esprit qui perçoivent moins la douleur. Ange avait l’impression qu’on enfonçait lentement des clous dans son crâne. Les mollusques (?) fourmis faisaient des piqûres lentes, nonchalantes et cependant bien cruelles.
Autour de lui, les élèves regardaient avec des sourires méchants. Cela leur plaisait. Les hommes ne savourent-ils pas des films d’horreur? Eh bien ces enfants étaient les acteurs et les spectateurs d’un film d’horreur.
Toute la tête d’Ange était maintenant couverte de piqûres et les fourmis continuaient toujours et toujours comme si elles pondaient inlassablement des oeufs. Le visage d’Ange était effrayant, toute la douleur que ces élèves avaient empêché de sortir, de s’évaporer dans les cris immatériels, se concentraient maintenant, horriblement, sur le visage d’Ange à la plus grande joie de ses bourreaux, qui d’autre part agissaient ainsi en toute discrétion.
Les larmes coulaient sur les joues d’Ange et descendaient pour se mêler à l’urine de Gaspard qui avait déjà mouillé le tissu. Ange n’en avait cure, il s’efforçait d’ouvrir la bouche, sa langue goûtait l’urine.
Mais bientôt les spectateurs furent las de ce spectacle, et un acteur inventa un autre film.
On lâcha Ange qui avec une vélocité stupéfiante se gratta le crâne soit pour faire tomber les fourmis, soit pour les écraser sur place. Il s’acharnait sur son pauvre crâne déjà endolori, ses ongles passaient et repassaient entre ses cheveux.
Une fille nommée Suzanne lui ordonna de se coucher sur le sol. La fille était pouilleuse, nu-pieds, avec une grosse plaie nauséeuse sur la cheville. Ange obéit en continuant de se gratter, elle parla à l’oreille d’un garçon, celui-ci ricana et détacha le bandeau que Ange avait à la bouche puis lui attacha les yeux.
Ange gémissait. Le garçon se courba pour lui donner une gifle.
-„Tais-toi, idiot, tu veux nous faire prendre?“
Les spectateurs se mirent à rire. Lorsque le garçon eut fini d’attacher les yeux d’Ange, Suzanne se placa au-dessus de lui.
-„Ouvre ta bouche.“
Ange l’ouvrit. Suzanne se courba, enlevant son slip, laissant son cul parallèle à la bouche ouverte d’Ange; le garçon avait pris un autre tissu et se tenait prêt. Ange sentit une odeur bien connue qui lui fit instinctivement remonter la lèvre supérieure pour boucher son nez, aussitôt il sentit quelque chose dans sa bouche, le goût était amer, il voulut cracher: trop tard, le garçon avait déjà appliqué le tissu sur sa bouche, et avec l’aide de Gaspard et de Gatien, qui tenait fermement sa tête, lui attacha la bouche.
Ce fut un calvaire pour Ange. La fille venait de chier dans sa bouche.
Tous les autres élèves spectateurs applaudirent pour saluer le génie maléfique de Suzanne qui souriait satisfaite. Ce fut un calvaire pour Ange de garder les excréments dans sa bouche. Il ne savait que faire. Il ne pouvait pas les laisser coller sur sa langue, il essaya de les bouger avec sa langue pour justement les éloigner de l’organe de goûter, mais il n’y avait pas d’espace.
Il fallait aussi qu’il avale sa salive, or les excréments se diluaient de plus en plus dans sa bouche, obligeant Ange à avaler un liquide d’excréments.

Ses camarades de classe l´observaient, le moindre signe de douleur les réjouissait. Pour mieux lire la souffrance, ils enlevèrent le tissu qu´il avait aux yeux et s´esclaffèrent à la vue de son regard livide. Ange était au bout de ses forces, soudain une colère noire le saisit et il se rua avec fureur sur les deux élèves placés en sentinelle à la porte, mais ces derniers étaient trop robustes et il se cogna, se fit mal au nez et recula résigné. Les deux garçons ricanèrent. « Rien de cassé les gars ? » demanda ironiquement Gaspard aux sentinelles.
- Pourquoi ? demandèrent-t-ils blasés. Gaspard, tu as perdu la tête pour croire que la première mouche puisse nous faire le moindre mal.
Tout le monde rit. Oh que la méchanceté pouvait faire du bien, rendre heureux trente élèves et malheureux une personne, mais n´était-ce pas le majorité, n´était-ce pas démocratique, c´était une méchanceté démocratique. Ange se mit à divaguer dans la prison, il ne pouvait pas rester sur place mais il évitait de s´approcher trop d´un de ses camarades car il risquait de recevoir un coup au flanc, au ventre ou même au visage. Le temps passait cependant, il se faisait tard, chacun des élèves devaient rentrer chez lui pour ne pas inquiéter ses parents, en plus ils avaient assez savouré. Ils enlevèrent le bandeau d´Ange et celui-ci cracha aussitôt les excréments, mais il n´avait pas fait attention et ils atteignirent la jupe de Suzanne. Celle-ci, furieuse, se précipita sur Ange, elle le tapa au sexe et lui ordonna :
- Allez, essuie ça espèce d´empoté ! Ange voulut prendre un tissu. Non ! cria-t-elle, avec tes mains, petit dingue ! Ange essuya de ses mains puis prit un tissu pour se les essuyer.
- Plus tard, dit Gaspard, pour l´instant écoute. Ange laissa immédiatement tomber le tissu et écouta attentivement Gaspard. Ce dernier marchait solennellement autour d´Ange. Ils étaient tous deux entourés par les vingt-neuf autres élèves aux visages coquins. Ecoute bien blanc bec, fils du cul de ta mère, si jamais tu oses nous dénoncer à qui que ce soit…Il releva la tête que Ange avait timidement baissée. Il tint le menton d´Ange d´une main. Regarde moi bien en face, lui dit-il avec un calme cynique. Ange obéit mais les ferma aussitôt à la vue des yeux incandescents de Gaspard. Il termina : Sache que ce sera tout bonnement ta mort et on te réservera une mort des plus atroces. Maintenant tu peux t´en aller, dit Gaspard avec le même calme, nous en avons fini avec toi.
Ange Félix marcha pour sortir mais une fille l´interpella :
- Eh, Ange attends j´ai encore une gifle pour toi. Ange s´arrêta, elle s´approcha et lui donna une gifle aller-retour. « Allez ouste, maintenant ! » dit-elle en lui donnant un coup de pied au derrière. Ange tomba au dehors, se releva et se mit à courir chez lui.
Gaspard et les autres restèrent encore un petit moment assis sur le sol, à la prison, ils causèrent :
« Oh, que personne ne voit rien de mal à ce que nous faisons. Un homme si différent est un monstre tout simplement, ce n´est pas un véritable homme. C´est comme les bébés qui naissent collés, siamois, ou les encéphalopates. Toutes ces personnes sont des maudits des dieux et donc sont des monstres. Alors, amusons-nous, sans vergogne. Puisque ce ne sont pas des hommes normaux, un homme anormal pour simplifier, est tout simplement un monstre. D´ailleurs, pourquoi ne se mêle-t-il pas aux autres ?
- C´est parce que lui-même a conscience de sa monstruosité, répondit Gatien avec emphase.
- C´est clair, dirent les autres.
- Bon, je rentre, dit Gaspard en se levant.
- Moi aussi…
Un à un les élèves se levèrent, ils se saluèrent et se quittèrent.

Ange était arrivé chez lui essoufflé.
- Où étais-tu ? lui demanda Angele,sa mere.
- Oh, excuse-moi Maman, le maître nous a gardé plus longtemps aujourd´hui. Il entra dans le salon et prit l´eau d´un ( ?) avec un gobelet, il but et se brossa les dents avec un doigt pour faire partir le goût amer des excréments qui restait dans sa bouche. Il n´osa souffler mot des souffrances qu´il venait de connaître.
Quelques heures plus tard, Placide arriva. Il prit sa natte( ?) et s´installa dans la cour, méditatif. Angelle s´affairait pour finir au plus vite de cuisiner. Lorsqu´elle goûta et vit que c´était prêt, elle prit un plat et servit le repas, elle vint le poser devant Placide et appela Ange qui révisait ses leçons dans la chambre :
« Ange, viens manger. »
Ils étaient tous assis à terre et mangèrent le haricot chaud sans prononcer de mot. Après le repas, Ange repartit pour apprendre ses leçons tandis que ses parents restèrent allongés sur la natte ( ?) sans rien se dire. Placide méditait, il regardait derrière lui, son passé : Placide était né dans un village perdu au sud du Mali
Son père, le vieux Coulibaly, avait quatre femmes bien que chrétien. Placide avait été le paria de la famille. Il se sentait différent, il n’arrivait pas à rire comme tout le monde, à bavarder comme tout le monde et à plaisanter comme tout le monde. Il était désespérément renfermé.

Son père était pourtant un homme bouillant qui avait participé à la deuxième guerre mondiale et était revenu la tête plus brûlée par les abus et coups de feu, disaient les vieux sages du village et encore plus bouillants. Il avait commencé à sermonner son fils sur sa nonchalance et sa mollesse. « Réveille-toi !, lui disait-il souvent, Réveil-toi, tu n’es pas une fillette, si tu ne te réveille pas, tu souffriras infiniment dans ce monde difficile ! » Il croyait aussi le provoquer et l’amener à sursauter d’orgueil et à devenir dégourdi Mais Placide ne changeait pas, il grandissait et devenait de plus en plus renfermé. Sa mère était la seule personne qui le comprenait, mais cette mère avait aussi connu ses malheurs. Elle avait perdu successivement tous ses enfants en bas âge ou lors de fausses couches. Placide était son premier fils qui ait survécu. La mère était soumise comme toutes les femmes du village mais était bien intégrée dans le cercle de ces mêmes femmes. Le père de Placide était mort un jour, épuisé par une vie de labeur à 79 ans. Avant de s’éteindre sur sa matte et dans le dénuement de la case en disant qu’il s’en allait rejoindre ses ancêtres et Jésus Christ. Placide ne fut pas profondément attristé, il ne pouvait pas tout simplement parce qu’il était profondément sincère avec lui-même. Mais il sent ait confusément que sa vielle mère ne tarderait pas non plus à mourir et à le laisser seul.

Il frissonnait à cette pensée car il savait que les quinze autres fils de son père qui avaient pour lui une grande haine, le laissait tranquille par crainte de sa vieille mère. En Afrique en effet on a toujours eu un respect mêlé à la crainte à l’égard des personnes âgées, gardiennes des traditions de la société ; ces personnes âgées était des autorités morales. Cinq ans plus tard, comme il le pressentait, sa mère mourut et ses demi-frères commencèrent à le maltraiter : il devait trimer pendant toute la journée dans les champs, tandis qu’eux se contentaient de cultiver au plus pendant cinq heures, toutes les tâches ingrates qui étaient par ailleurs confiées : construire une maison, fabriquer des briques d’argile sous le soleil brûlant. Ah, c’était bien trop pour Placide était bien chétif, gringalet et de taille minuscule. Il ne pouvait pus rester puisqu’il risquait de mourir d’épuisement. Un beau jour il prit le fuite pour venir à Bamoko. Ses frères d’abord stupéfaits finirent par comprendre qu’il s’était enfui, il perdaient là une importante main d’œuvre, alors furieux, ils déversèrent des malédictions dur Placide qu’il aille donc crever ailleurs, ce maudit. Que Dieu lui donne un gros ventre, de gros intestins et peu de nourriture. Qu’il lui donne beaucoup d’envie et peu de moyens.
En ce temps-là à Bamoko les petits emplois, soudeurs, menuisiers, domestiques ne manquaient…

[…] pas à Bamako et attiraient une foule de jeunes villageois sortis des quatre coins du Mali. Placide se trouva du travail dans une petite entreprise de soude composée de 15 ouvriers et du patron. Le matin lorsqu’il se rendait à son travail, il emportait son seul plat dans un sac plastique ainsi le soir à son retour il pouvait payer son dîner chez les marchands de nourriture (riz, haricots, ignomes etc), qui avec leur grosses marmites posées sur des tables crasseuses et graisseuses nourrissaient le petit peuple, des ouvriers, jeunes ouvriers célibataires, fils de l’exode rural. Placide revenait se terrer chez lui, dînait et ne ressortait plus. Le dimanche, jour de son congé hebdomadaire, il se nourrissait pendant la journée de fruits (oranges, mangues etc…) payés la veille et le soir, il sortait enfin pour aller se payer son dîner. Il menait une vie réglée comme une horloge. Les gars du quartier habitués à se fréquenter étaient surpris de voir cet homme étrange, solitaire sortant et revenant chez lui à des heures précises, ne parlant à personne et marchant toujours les yeux fixés au sol avec son inséparable sac plastique en se demandant d’où il pourrait être venu. Était-il un vrai Africain ? N’était-il pas venu plutôt d’une de ces îles lointaines où vivaient des noirs ? Si ce n’était pas cela, comment expliquer qu’il soit si singulier et si individualiste ? Certaines personnes affirmaient pourtant avoir entendu parler un bombora parfait. Qui était donc cet homme ?

On discutait même sur sa voix : une voix majuscule, une voix grave.
Certains qui affirmaient l’avoir entendu payer son repas, se courbait, touchait le sol de leur doigt qu’il appliquait sur leur langue avant de le lever droit au ciel, jurant par le ciel et la terre que cet être si minuscule avait cependant une voix majuscule, une grosse voix grave.
Trois d’autres sceptiques secouaient la tête et disaient : « Que cet homme fut mystérieux, nous ne pouvons que le reconnaître tous, mais pousser le mystère jusqu’à affirmer que ce pauvre chétif ait une voix plus grave que nous tous, nous ne pouvons le croire. Le polovre risquait de dégénérer en bataille. Alors par sagesse, ils décidèrent que le prochain dimanche, ils le suivraient lorsqu’il sortira et pour aller payer sa nourriture et ils pourraient tous ainsi entendre sa voix et se mettre enfin d’accord sans en arriver aux coups de poing.

Trois jours plus tard, Placide sortit et les gars qui le guettaient le suivirent. Arrivés chez la marchande, ils envoyèrent deux personnes chacun représentant une des deux opinions. Les ambassadeurs encadrèrent Ange comme s’ils voulaient également se payer un repas. Placide ouvrit la bouche, ils allaient enfin être sûrs, chacun avait le cœur qui battait fortement, il parla sans oser lever la tête: je voudrais payer du riz Madame, les deux hommes sursautèrent se retournèrent pour aller rejoindre le groupe resté en arrière. Celui qui représentait le groupe sceptique déclara à leur retour : Ma foi cet homme est un crapaud, j’ai eu des frissons lorsque j’ai entendu sa voix rauque.
Qu’est-ce qu’on vous disait dirent ceux qui avaient raison.

Bon vous avez gagné dirent les sceptiques. Cet homme est une vraie énigme, nous ne serions pas étonnés si un jour on découvre que ce n’était pas un homme mais un esprit. Tout au long du trajet qu’ils suivirent pour revenir au quartier, ils ne parlèrent que de lui.

Placide, après avoir payé sa nourriture revenait chez lui lorsqu’une créature en guenilles, squellétique l’accosta et lui demanda de faire l’aumône. Elle affirmait avoir passé trois jours et trois nuits, le ventre creux.
Placide fut pris de commisération et lui dit de venir chez lui pour partager son dîner, la femme suivit elle marchait difficilement. Placide aurait voulu la soutenir mais il n’osait pas. Que diraient les gens s’ils le voyaient tenir cette misérable femme ? Les imaginations s’enflammeraient sans doute. Il était déjà considéré comme atypique, on était talonné par cette femme, son degré d’étrangeté augmentait déjà et c’était suffisant.

Lorsqu’ils arrivèrent ils dînèrent ensemble dans le même plat. Fini le dîner, Placide ne voulait pas la remettre dans la nuit si pleine d’embûches, alors il lui céda sa chambre et sa natte à l’inconnue et dormit au salon à même le sol. Le lendemain, lorsqu’il se leva, l’inconnue vint à lui et le salua :
« Avez-vous passé une nuit tranquille ?
-Oui merci répondit Placide.
-Bien, je vous remercie pour votre hospitalité et il se doit que je me présente pour que vous sachiez au moins quel genre de personne vous avez accueilli sur votre toit. Je m’appelle Angelle dit elle, mon père m’avait donné comme épouse à un veuf d’une quarantaine d’années qui avait déjà un garcon de 5 ans qu’il tenait de sa défunte épouse. Les années passaient et mon ventre ne grossissait pas. Mon mari commencait à s’impatienter, il m’insultait à longueur de journée et me menacait. Puis un jour, il révéla tout son cynisme, il me dit sans broncher : Je t’accuserai de sorcellerie, vieille sorcière ainsi je me débarrasserai de toi, mais je te promets la mort si tu oses me contredire bonne à rien. Il partit immédiatement voir les vieux du village et prétendit que je disparaissait mystérieusement et périodiquement en pleine nuit. Et ne revenait que le matin.

-Mon opinion, leur dit-il, est qu’elle est une sorcière et se rendait au sabbat.
Les vieux du village après l’avoir attentivement écouté me firent appeller et me répétèrent ces mots.
-Qu’est-ce que tu as à dire pour ta défense ? me demandèrent-ils
Je restais coi, que pouvais-je dire, comment une femme éduquée à être soumise pouvait être assez culottée pour contredire son mari ?
Les vieux délibérèrent et prononcèrent ma sentence. Dès demain, tu quitteras notre village et tu n’y reviendras jamais. Pour l’instant tu seras gardée dans la prison.
La prison était une des cases du chef aménagée pour garder ceux que les Anciens du village châtiaient. J’y passai la nuit sans pouvoir fermer l’œil. Je pensais à la souffrance et au déshonneur que je causais à mes parents et je pleurais. Le lendemain de bonne heure, tout le village, avec à leur tête mon ex-mari et les Anciens, m’accompagna jusqu’à la sortie. Là ils s’arrêtèrent et, tour à tour, les Anciens, mes parents, puis mon mari me renièrent.
Avant de partir, le plus âgé du village me prévint : « Si tu oses revenir au village, tu auras la tête coupée, allez va-t-en » Je m’en allai, abattue, on m’avait condamnée deux fois puisque même mes parents, ceux qui m’ont donné la vie me reniaient. Jusqu’à maintenant, je ressens toujours cette souffrance au fond de mon cœur, au fond de mon être.
Je suis arrivé à Bamako, il y a quatre jours et j’ai passé mes nuits dehors, couché sur le sol, je ne sais comment te remercier mais le ciel s’en chargera sûrement, termina-t-elle.»
Placide était ému par l’histoire d’Angele éprouvait de la sympathie pour cette femme qui avait souffert comme lui. Elle ne sera plus l’inconnue. Non, elle ne partirait plus.
« Je ne suis pas riche, mais si tu restes chez moi, tu mangeras toujours à ta faim, lui dit Placide.
-Comment puis-je refuser ton hospitalité ? Je suis seulement gênée de te déranger, lui dit Angelle.
-Nullement, tu ne me déranges nullement, Angelle. Bon il faut maintenant que je parte pour mon travail, je te laisse 100 F (CFA) tu pourrais te payer un déjeuner.
-Oh non lui dit Angelle souriante : Tu ne vas quand même pas continuer à payer ta nourriture. Si tu as un peu d’argent, j’irai payer une marmite et des condiments au marché et je préparerai moi-même, lui dit Angelle.
-D’accord, dit Placide, et il lui donna l’argent nécessaire pour payer la marmite, les condiments, un sac de riz et même des habits pour qu’elle se change de ses Guenilles. Placide, prudent avait fait assez d’economies avec la vie ascetique qu’il menait, cette prudence avait aujourd’hui son utilite.
Placide salua Angele et portit pour son travail. Les jours passaient et la sympathie de Placide pour Angela se transformait en amour passione, il la desirait violemment et en souffrait, il ne savait comment lui force comprendre qu’il l’aimait et si elle ne l’aimait pas ne croirait-elle pas qu’il lui a donne l’hospitalite pour pouvoir la boiser a sa guise. Il se posait incessamment toutes ses questions mais une nuit, il ne put plus resister, il se retournait dans sa notte sans pouvoir trouber le sommeil son cœur etait tourmente par les piqures d’obeilles de l’amour, il se leva vivemnt, se deshabilla et entra dans la chombre la tete baissee, le penis en erection, Angele dormait a la lueur d’eu la lampe a petrole elle se leva et lorsqu’elle vit le penis qui le visait comme un pistolet, elle se deshabilla et se recoucha aussitôt en ecortants ses jambes, offront ainsi son vogin Placide s’avonca alors et ils fisent l’amour ils recommencerent les nuits suivantes, pendant plusieurs annees. Mais pendant plusieurs annees Placide guetta le ventre d’Ange sans voir le moindre grossissement. Placide resta patient et un jour il remarqua que le ventre avait un tantinet grossi .le voyont regarder avec insistance son ventre, Angele qui avait voulu attendre encore un peu lui dit sousiante : oui, Placide je suis enceinte. Pour la premiere fois de sa vie, Placide se mit, a danser, il prit la moin d’Angele pour l’entrainer dans la dabse. Il faut que nous fetions cela dit-il ou bout d’un moment, il lacha la main, prit son sac et courut payer deux grosses bouteilles de bieres et un paquet de spaghetis (ce met etait recherche et cher, les pauvres comme Placide et Angele se le payait que les jours de fetes comme noel). Angele les prepora. Il mangerent et burent a la sonte de l’enfant qui allait naitre. Si mois plus tard, l’enfant naquit dans une maternite de Bamako, Placide le mamma Ange, car disait-il a Angele, cet enfant etait l’Ange que dieu avait envoye pour les combler de bonheur. Placide etait enerveille par la douceur de l’enfant qui revissait ses lecons assis sur un tabouret.
- Tout se passe-t-il bien a l’ecole Ange, demanda-t-il
- Oui pere tout se passe bien repondit ange et ce fut de nouveau le silence.
Lorsqu’il fut plus tard la famille entra dans la maison, Ange dormait dans la chambre tandit que Placide et Angele dormait au salon, ainsi l’enfant etait le plus protege en cas de danger.
Le lendemain lorsque Placide se leva, Angele avait se chauffe le riz de la veille et il dejeuuna puis se leva pour partir :
A ce soir dit-il a sa femme
A ce soir repondit-elle.
Quelques minutes plus tard Placide arriva a l’entreprise, il trouva les autres ouvriers en cercle autour d’Edmon, Edmon etait un pygme, tres petit mais robuste tout en lui etait difforme ses levres etaient trop grosses la sperieure etait trop rouge et l’inferieuse trop noire son nez etait trop petit tandisque ses oreilles etaient grandes, ses yeux etaient gros et noirs. Lorsque Edmon portait ses grosses lunettes noires de soudeur, il ressemblait a un entraterrestre, tant il paraissait ridicule et grotesque, c’etait encore le cas lorsqu’il tirait des bouffees de sa cigarette. Cependant Edmon etait respecte sinon venere par tousler oubriers.
Dans toutes les discussions ils lui demandaient son avis et sa parole etait toujours celle de l’evangile. Lorsque deux ouvriers discutaient et que l’un disait : Tu as tort, Edmon a dit que … l’autre disait : bon tu es raison et la discussion s’arretait la.
Placides s’arreta a un loin de l’entreprise, a une bonne distance de se couvriers. Exceptionellemnt aujourd’hui, il etait arrive avec deux minutes d’avances.
Il leva les yeux et vit Edmon qui gesticulait : Eh mes freres, un policier m’a demande de presenter me pieces d’identite, une nuit de beuverie.
- Savez vous ce que je lui ai repondu ?
- Non nous ne pouvons pas le savoir
- Eh bien je lui simplement dit que s’il ne s’eclipsait pas sur le champ, j’irai baiser et son pere et sa mere et sa femme s’il avait reussi a trouver une guenon et puis je reviendrai lui donner un coup qui l’enverait dirrectement dans le trou du cul de sa mere approfondee par ma baise.
Ses camardades se mirent a rire bruyamment. Mais il leva la main :
- Attendez mes freres conservez vos rires.
Lorsque le policier attendit ce que je lui avait dit, il partit, la bouche allongee comme un bec (il tira de sa moin sa levre inferieure) mais ce bec etait bouche tout de même. Mais j’espere que vous me croyez pas que moi Edmon Diabate j’allais le laisser partir comme ca sans lui donner une petite correction.
- Non, bien sur que non Edmon, cela n’aurait pas ete digne du grand Edmon que nous connaissons tous dit un ouvrier
- Bien je l’attrapai par le col et je lui ordonai :
deshabille toi cochon malade, comme il rechignait, je lui donnai une giffle magistrale et il

Se deshabilla. Chie, lui dis je et gare a toi si tu n’as pas envie. (nous etions au bord d’une route non eclairee.)
Monsieur je vous demande pardon mais je suis charge de faire respecter la loi et ce que vous me demandez la est iunterdit par la loi me dit-il d’une voix plaintive.
Tu preferes que je te coupe le sexe, n’ecriai-je.
Non monsieur dit il il se courba et chia.
- Bon puisque c’est interdit par la loi, prends tes excrements et apporte les chez toi, ca c’est permis par la loi non ? et tu pourrais le partager avec ta famille. D’accord me dit-il mais auriez-vous la gentillesse de me redonner mes vetements? s’inquieta-t-il.
Pas question dis je.
Monsieur s’il vous plait, implora-t-il.
Alors je rugis : je dis pas question.
Il ramassa ses excrements et partit ou pas de course.
L’hilarite fut a son comble :
Eh Edmon disaient les ouvriers, Edmon disaient ils en se couant la tete, fascines soudain ils s’arreterent de rire, ils venaient d’apercevoir Placide.
- Ah celui la puisqu’il est la, c’est qu’il est l’heure de travailler, se plaignit un ouvrier.
- Allons y dit un autre
Et il prirent possessi on du materiel qui etait a deux metre d’eux. Placide s’avanca aussi pour travailler. D’abord ils furent triste mais lorsque un long temps se fut ecoule sans que Edmon n’ouvrit la bouche ils commencerent a sourir ils savaient que son silence correspondait a un bouillonmement interieur, chacun pensait que le cerveau d’Edmon etait sans doute en train de pondre une de ses mechantes plaisanteries capable de vous faire courber sous le paids du rire.
Edmon porta tout a coup : Ah ! mes freres, pardonnez moi, j’ai oublie de vous annoncer que j’allais me marier.
(Ah ca y’est penserent les ouvriers, il a trouve)
- Ah oui ! c’est vrai Edmon ! demanderent ils avec precipitation et en chœur les ouvriers.
- Mais oui, mais, mes freres je vais vous de cevoir dit-il en prenant un air languissant.

Vous le savez aussi bien que moi, les temps sont difficiles salaire de merde, (il baissa la voix pourque les mots de revolte n’effleurent pas l’oreille du patron intalle dans son bureau). Chienne de vie aussi je ne pourrai tuer qu’un bouc muet. Ha ha ha ha ha ha ! firent les ouvriers.
Edmon avait surnomme Placide le bouc muet parce que le bouc representait bien d’une part la rituation de Placide. Quand on pense a bouc emissaire et d’outre port parce que Placide etait pour le moin taciturne.
Le visage de Placide devenait moite d’emontion et il continuait a travailler la tete baissee.
- Ne vous moquez pas du pouvre homme que je suis, dit Placide et il poursuit : heureux de voir Placide trouble : comme vous le savez tous, je suis un homme discret, c’est pour quoi j’ai decide de tuer un bouc muet qui ne derongerait pas les voinins par ses cris lorsque je l’eporgenai.
Sacre cerveau cria un ouvrier, un outre ouvria moin avec enthousiasme : Edmon je te elicite car tu nous rends la vie plus supportable en nous amusant. La gaite etait sur tous les visage nouf sur celui de Placide d’ou de grosses gouttes des sueurs tombaient accentiuont la gaite perverse des outres ouvriers.
Le patron entendait les rires et pensait : c’est encore ce lascor d’Edmon qui est-en train de mortyrisez ce benet de Placide, c’est pas mon probleme, tont mieux si cet Edmon amuse ses camarades, cela leur adoucit la vie et ils oublient la misere de leur salaire. Et puis je ne ssis le pere de personne ici, d’ailleurs je vois mettre les pints sur les , avec cette femmelette. Il se leva sorti et se dirigea tout droit vers Placide :
Ecoute je me suis le pere de personne ici, alors a toi de t’emdurcir, j’ai embouche des hommes pas des gamines, les gamines ca reste chez leurs parents il tourna le dos et reportit.
Des qu’il fut entre dans son bureau, Edmon et ses copain se mirent a rigoler .
Ah ! Edmon demanda un ouvrier, tu savais qu’il y’avait une fille parmi nous ? _ Mais non, dit Edmond. Ou est-elle, où est la fille que je lui fasse la cour, haha. Edmond jeta encore un coup d´œil vers Placide et vit une larme qui germait dans son œil. Regardez, dit-il. Les ouvriers regardèrent et virent la larme couler sur la joue de Placide, elle se mêla de sueur et le mélange tomba sur le sol argileux.
Edmond prit un air de galant gentilhomme :
_ Oh madame, ne pleurez pas, je suis aussi rusé que 0000 le lièvre et je vous promets de vous protéger contre les hyènes mais en contrepartie daignez m´accorder la faveur de passer cette nuit avec vous, dit-il malicieusement.
Placide ne savait où entrer, il suait, pleurait et continuait à travailler avec plus de rage sur le fer qu´il modelait. Edmond s´approcha de lui et l´entoura de ses bras :
_ Chéri, qu´est-ce qui ne va pas ? Les ouvriers s´esclaffèrent. Placide enleva nerveusement la main d´Edmond qui caressa son ventre. Placide enleva une fois de plus la main d´Edmond, ce dernier attrapa son sexe, puis toucha à ses fesses. Les ouvriers étaient courbés de rire et le patron ne bougeait pas de son bureau. Edmond touchait une nouvelle partie du corps au fur et à mesure que Placide enlevait sa main. Lorsqu´il eut parcouru toutes les parties essentielles du corps, il le laissa : Héhé, comme je m´amuse ici.
Il reprit son travail sans omettre de lancer de temps à autre des plaisanteries méchantes à l´endroit de Placide. Placide pourtant s´il n´était pas un exemple de beauté avec son nez trop épaté et sa petite tête l´état beaucoup plus que Edmond.
À dix-huit heures, Placide sortit en même temps que tous les ouvriers de l´entreprise. Tout à coup, Edmond le retint par derrière et, son sexe étant au niveau des fesses de Placide, il mima le va-et-vient de l´acte sexuel. Le gringalet Placide eut du mal à se dégager du trapu Edmond. Lorsqu´il réussit il courut chez lui laissant ses camarades qui l´interpellaient goguenard :
_ Mais reviens, reviens Placide.
Lorsque Placide arriva chez lui, Angèle préparait toujours le dîner tandis que Ange faisait la vaisselle. Il s´assit devant la maison, de toute la soirée, il ne prononça aucun mot pour demander ou dire quoique ce soit, il se contenta de répondre 0000 aux questions que lui posait Angèle puis lorsque la nuit 0000, Ange se coucha, il se leva et s´assit sur la natte sur laquelle il était couché :
_ Angèle, j´ai à te parler, dit-il. Angèle se leva et resta assis sur la natte, assis ainsi tous les deux côte à côte, leurs visages regardant la porte. Angèle, lui dit :
_ Parle, tu sais bien que je serai toujours là pour t´écouter et te soutenir de mon mieux.
_ C´est……c´est les autres ouvriers qui ne cessent de me durcir la vie, dit-il avec embarras, ils me font souffrir, je suis leur bouc émissaire et d´ailleurs ils m´appellent le bouc muet. Angèle resta un moment soucieuse puis s´adressa à son mari :
_ Tu pourrais parler au patron, lui expliquer ce qu´il se passe, il comprendra. Placide eut un petit rire de désenchantement :
_ Pauvre femme, le patron, il s´en moque, il entend bien leurs rires et leurs paroles blessantes mais il ne leur dit rien. C´est à moi qu´il dit quelque chose.
_ Que t´a-t-il dit ?
_ Qu´il était l père de personne, qu´il a embauché des hommes et non des fillettes (Placide s´emportait), que les fillettes ça restait chez leurs parents, voici ce qu´il m´a dit.
_ Ne t´énerve pas, lui dit calmement Angèle.
_ Angèle, dit Placide, il n´y a pas de solution, je ne peux pas changer de travail maintenant. Lorsque j´étais arrivé à Bomako, il y avait de nombreux emplois, mais maintenant d´autres jeunes sont arrivés et ont tout pris. Maintenant les retardataires vont grossir les rangs des tarés sociaux, délinquants, prostituées, etc…il serait donc suicidaire que je change d´emploi. De toute façon, cela n´améliorera pas les choses. Je suis à jamais marqué du sceau de la brebis galeuse, je suis un homme différent depuis ma tendre enfance et rejeté par une société communautaire attachée à la norme. Toi seule, Angèle, est mon secours, mon aide, Angèle, c´est pour cela que je me suis confie à toi.
- _ Placide, dit Angèle en larmes, je te dois tout et par delà je t´aime plus que tout, je ne suis rien, je suis encore plus faible que toi mais je serai toujours et à jamais à tes côtés. Placide l´entoura de ses bras et ils se couchèrent. Jamais depuis qu´elle l´avait connu, Placide ne s´était montré aussi bavard. Avait-il des pressentiments sur ce qui allait arriver le lendemain

Le lendemain lorsque Placide voulut portir a son travail il salua :
« Angele a ce soir »
Cette ci le regarda intensement, droit dans les yeux comme si se souvenant de la conversation de la ville elle voulait lui dire : sois font, ne te decourage pas Placide detourna les yeux, embarrasse et portit. Bientôt il arrive a une grande voie, correfour de plusieurs outres plus petites. Tout autour de lui etait brouhaha, l’ombrance enfievree des Africains : on s’interpellait, on criait, on se saluait de loin, on riait. Placide etait inquiet, il se demandait ce que Edmon lzi reservait aujourd’hui Perdu dans ses pensees il voulu traverser la grande voie, les yeux fixes sur le sol comme a son habitude, il ne regarda ni a gouche, ni a droite quand il leva les yeux et regarda a sa gouche, un gros comion foncait sur lui a grand blaxons, a cause du tapage il me l’avait pas entendu venir.
Placide attrappa sa tete s’accroupit et cria, le devont du comion vint cogner sa tete et les noues passerent sur son corps applati sur le sol. Le cri de Placide s’eteignit brusquement, Placide etait eeteint, il avait 36 ans. Son corps etait coupe en deux parties une partie comprenait. Des pieds et un partie du ventre echote laissant traine ses intestins, la deuxieme partie comprenait l’autre partie du ventre la poitnine et la tete. Les mouches se jetterent avidement sur ce corps malingre morcele et songuinolent. Cependant le chauffeur du camion ne s’etait pas encor arrete, il etala encorecinq autres corps et une femmes qui portait deux bebes jumeaux, la mere fut eventree et les jumeaux eurent la tete fraccossee. Enfin le chauffeur put enfin retrouver ses esprits et stoppa il posa alors sa tete sur ses jambes et se mit a pleurer. Un attrouppement entoura rapidement le chauffeur et ses morts. Des flammes commencerent des lamentations une vieille femme, secoura la tete : Spubent dieu est un crai con et s’appuyont sur son boton, clopin clopont elle reportit.
Deux policiers arriverent et demanderent au chauffeur
- Qu’est-ce qui s’est passe
Il releva la tete et aussitôt : non, non papa ne me pussit pas, je n’ai pas voulu tuer mes enfants, ce n’est pas de ma foute, non papa ne me punit pas, je te dis que ce n’est pas de ma foute. Il etait devenu fou. Il faut l’amener a l’asile se dirent les deux policiers. Les pompiers arriverent a leur tour, lorsqu’ils s’approchaient pour ramesser un corps, au

Sitot les mouches qui pullulaient sur ce corps s’emvolaient brusquement avec des bourdonnements. Il fallait les enterrer immediatement, la police se chorgerait d’informer les proches des victimes. Placide fut donc amene et enterrre dans un cimetiere de Bamako, avec ses compagnos d’infortune.


Vers midi les deux policiers arriverent chez Placide, Angele etait en train de manger avec son fils, revenu depuis peu
- Range les plats lui dit elle discretement tandis que les deux agents se disigeaient vers eux.
Ange rangea les phets et ressortit lorsque les policiers les atteignisent.
- Bonjour, c’est bien le domicile de Placide coulibaly ?
- Oui repondit Angele crointive
- Madame nous sommes tristes de vous annoncer que cotre mori est mort ecrase par un camion les pompiers l’ont deja enterre, mes codoleonces Madame. Aucune larme ne put sortir des yeux d’Ange, il ne comprenait pas ce qui arrivait il se croyait rever quont a Angele elle se mit, a soutiller comme une possedee puis s’engageont dans une dans bambora des plus endiablees, elle se mit a crier : Mon mori est maintenant au paradis.Des badouds attires par les cri inhabituels de l’etrange homme se rasssemblenent devant la cour. Angele prit un caillou assez gros caillou, honte avec moi car mon mari est maintenon au paradis avec toi. Elle est devenu folle se disaient les badaux. Soudain prenant son elon Angele lonca leur lonca le caillou en criont : partez hyenes, suppots du diable, vous n’aurez pas l’ame de Placide il est deja ou paradis. Les badou se dispersenent avec precipitation et desordre. Angele etait entree dans le monde nomme Folie, un monde ayont son langage et sa logique proprecohe rente en elle meme mais imcoherente pour le monde normal. Si Angele s’adressait au caillou, c’est que pour elle le paradis etait l’inconscience qui rimait avec insoncionce. Elle meme si elle etait devenue folle si sa conscience avait ete modifee c’etait en reaction contre la souffronce du monde.
Il faut l’amener a l’asile dit le recond et l’enfant a l’orphelinat dit le second policier.
- oui repondit l’autre, decidement aujourd’hui c’est la fete de sainte Folie.
- Et de sainte Mort repondit l’autre.

Ange et sa mère furent embarqués, les policiers se dirigèrent tout d’abord vers l’asile. Angèle ne cessait de crier dans la voiture et de taper des mains. Quand ils arrivèrent à l’asile les policiers parlèrent au directeur et deux infirmiers vinrent amener Angèle, celle-ci se débattait en criant :
« Laissez-moi, laissez-moi ! »
Ange vit sa mère disparaître.
« Bon, on va te conduire à l’orphelinat » dirent les policiers.
Angèle, lorsqu’elle fut en présence des autres fous, se coucha sur le sol et donna des coups en hurlant :
« Placide, je t’attends ce soir pour faire l’amour, ce n’est pas parce que tu es au paradis qu’il faut m’abandonner et chercher d’autres femmes, depuis que tu y es tu ne m’as pas encore fait le moindre signe. Ne cherche surtout pas les prostituées car je te préviens : Dieu te punira. »
Ange intégra à son tour l’orphelinat. Lorsque la nuit tomba, il rejoignit le dortoir qu’il partageait avec dix autres orphelins, le silence monastique le frappa, il semblait qu’après la mort de l’être cher, les enfants s’étaient retirés chacun dans leur monde intérieur où le père et la mère étaient encore vivants.
C’est dans ce calme que Ange put enfin donner libre cours à son émotion, toute la nuit il pleura son père et sa mère. Pourquoi cela est-il arrivé ? se demandait-il, et pourquoi si vite ? Oh, qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu, qu’est-ce que mon père et ma mère lui ont fait, se lamentait-il.

* *
*

Cinq jours après le drame, Ange retourna à l’école, l’instituteur ému par le sort qui frappait son plus brillant élève avait obtenu une bourse de l’état malien pour lui. Lorsque Ange arriva dans la classe, il remercia chaleureusement son maître.
L’instituteur s’adressa à ses élèves :
« Je vous ai déjà annoncé le malheur que votre condisciple a connu, il faut que vous le souteniez dans son épreuve. »
Gaspard leva la main.
« Qu’y a-t-il Gaspard ? demande le maître.
- Je voudrais m’adresser à Ange au nom de toute la classe » dit-il.
L’élève n’était pas un modèle, mais l’initiative était bien louable.
« Vas-y » lui dit le maître.
Gaspard se leva et, la tête bien haute, se tourna vers Ange.
« Cher camarade, nous avons tous été peinés à la nouvelle que nous a annoncé notre cher maître et nous le sommes encore aujourd’hui. La mort est un fou qui frappe aveuglement sans tenir compte ni de la race, ni du sexe, ni de l’âge, ni même du caractère. Ta tristesse est sans doute légitime mais nous te disons : courage, Ange, nous sommes avec toi, prêts à t’écouter, prêts à te soutenir. »
Des applaudissements fusèrent pour saluer le discours. Chaque élève s’était donné une mine grave. Certains avaient même mis discrètement de la salive sur leurs joues et au bas des yeux pour faire croire qu’ils pleuraient. Gatien ne put résister à la tentation de rigoler de cette mascarade, il se courba et ricana sous sa table.
Ange pourtant croyait à la sincérité de ses camarades, il était émotioné : ainsi Gaspard et ses acolytes qu’il avait jugé méchants avaient au fond un cœur bon, puisque son malheur les avait tous touché. L’apparence trompe, se dit-il et une larme coula sur ses joues. Aussitôt Gatien qui l’observait s’empressa de l’entourer de ses bras et s’ingénia à trouver des doux mots qu’il s’efforçait de dire tout haut pour que le maître les entende :
« Oh, ne pleure pas Ange, tu sais bien que nous sommes avec toi, oh que tu es mignon, allez, sèche tes larmes, nous serons ta famille, je ne suis pas bien riche mais si tu as besoin de quoi que ce soit n’hésite pas à m’en parler.
- Merci Gatien, lui dit Ange et il s’efforça de ne plus pleurer pour faire plaisir à Gatien et à toute la classe.
- Vous êtes merveilleux mes garçons, dit le maître. Je suis touché par votre solidarité. »
A midi la cloche sonna. La cloche était une vieille roue pendue à un arbre, au début et à la fin des cours un élève de CM2 se chargeait de taper la roue soit avec un caillou, soit avec un morceau de fer.
« Au revoir Monsieur » dirent les élèves en se dirigeant vers la sortie.
Gatien accosta Ange et lui dit :
« Connard à la prison, on va te punir pour nous avoir contraint de faire toute cette
comédie. »
Personne ne pouvait dire pourquoi Ange ne tomba pas en syncope, cela relève du mystère et de la complexité de l’esprit humain. L’esprit vide, et la face livide, il se dirigea comme tous les autres eleves qui convergeaient en petit groupe, vers la prison.
Il y entra et Gaspard, l’auteur du pathétique discours, lui ordonna :
« Fais la mobylette. »
Il se courba sur ses genoux et ses deux mains au sol.
Gaspard s’adressa alors à une fille assez belle, la plus belle de la classe :
« Suzanne ma chérie je t’offre une mobylette.
- Oh que tu es gentil, Gaspard. »
La fille monta sur le dos du pauvre Ange, attrapa ses oreilles fermement. Tout en les
pinçant avec ses longs ongles elle les tirait en imitant le bruit des mobylettes.
Brusquement Gaspard lui donna un coup de pieds au derrière qui le projeta devant ; la fille tomba mais sans se faire le moindre mal, elle se mit à rire, amusée. Un élève s’approcha et tira une touffe de cheveux d’Ange jusqu’à l’arracher, l’enfant poussa un cri de douleur.
« Oh, tais-toi, tu veux nous faire prendre ? » lui dit Gatien.
Puis il le baillonna avec un tissu et il lui dit :
« Tu as le choix. Soit tu me lèches le cul, soit je ramasse des fourmis et je les introduis dans le tien. »
Ange fit un signe de la main pour dire non. Gatien découvrit alors son cul et Ange se mit à lécher d’abord lentement, mais un élève s’approcha et le pinça au ventre :
« Allez plus vite, plus vite ! »
Il se mit alors à lécher plus frénétiquement sous les regards sarcastiques de ses camarades.
Au bout d’un moment Gatien l’interrompit :
« Ça suffit. »
Il s’arrêta.
Heureusement pour lui Gaspard devait rentrer tôt ce jour-là, alors chaque élève lui donna son plus grand coup et ils filèrent, il se débaillona et plus mort que vif, rejoignit l’orphelinat. Là, il se coucha sur son lit, se couvrit et pleura. Qu’allait-il faire, il semblait que sa tête allait exploser, qu’allait-il faire, se répétait-il. Son père était mort, sa mère croupissait dans un asile et lui, subissait le martyr. Il pleura jusqu’à dix-huit heures, l’heure du dîner. Lorsqu’on sonna, il se rendit au réfectoire mais ne put rien manger.

* *
*

Cinq longues années s’étaient écoulées et Ange avait un peu grandi. Il avait maintenant 13 ans, mais restait bien chétif pour son âge, avec sa longue nuque et son front fuyant, on ne pouvait pas dire que c’était un beau gosse mais c’était un intello gosse, il se préparait maintenant pour son certificat d’Etude qu’il devait passer à la fin de l’année. Pour sa réussite, l’instituteur n’avait aucun souci à se faire, ce qui n’était pas le cas de la plupart des élèves. L’instituteur était pessimiste mais réaliste ; la plupart de ses élèves étaient des cancres qui savaient à peine prononcer des syllabes. La lecture était lente et sans conviction : « A…li joue au ba…llon, I…ssa lui a don…né un coup de pied au tibiia (tibia) » lisait Gaspard. Le pauvre instituteur s’était pourtant ingénié comme un diable, avait menacé, avait hurlé, avait donné des coups. Son enseignement ne rentrait pas.
Il avait fini par ne plus leur donner d’exercices à faire à la maison car dans ce genre d’exercice ils excellaient à l’excès pour leur niveau.
Lorsque le maître essayait de jauger le pourcentage de réussite de sa classe, il arrivait au résultat suivant : sur les trente élèves de sa classe, trois étaient en principe sûrs de réussir : Ange, Judicaël et Suzanne.
Il avait des doutes sur la réussite ou l’échec de cinq autres élèves.
Pour le reste il était sûr, convaincu de leur échec. Il aurait parié sur la tête de ses enfants qu’un élève comme Gaspard allait échouer.
Ange connaissait maintenant un répit, ses camarades avaient fait le tour de tous les plaisirs méchants, le tour de toutes les inventions diaboliques, leurs instincts étaient satisfaits. On se contentait de le gifler souvent ou de le menacer. Ange avait cependant été (avant que le maître ne cesse de leur en donner) chargé de faire chaque exercice sur une feuille pour les autres élèves, ainsi ceux-ci les recopiaient à tour de rôle.
Un jour Gaspard s’était approché de lui :
« Fils du cul de ta mère. Tu peux me traiter cet exercice, vite fait. »
Puis il attrapa le nez d’Ange.
« Oui, répondit ce dernier d’une voix nasillarde.
- Mais fils du cul, pourquoi tu as oublié de mettre le résultat du problème la dernière fois, qu’est-ce que j’aurai dit si le maître m’avait interrogé, il aurait pu me fouetter.
- Excuse-moi Gaspard, je me suis trompé, dit Ange.
- D’accord mais si tu veux ta paix, ne te trompe pas cette fois.
- Oui, Gaspard. »
Gaspard le gifle.
« Tu deviens fou, fils du cul, ça fait deux fois que tu m’appelles sans dire " sa Majesté le roi Gaspard Ier ". C’est sans doute trop long pour toi, fainéant.
- Pardonnez, sa Majesté le roi Gaspard Ier » dit Ange et il fit l’exercice avant que la cloche ne sonne pour la fin de la récréation.
Lorsque Ange eut fini le devoir et qu’il voulut le rendre à Gaspard, ce dernier lui dit :
« Non, relis, je ne veux pas encore des fautes bêtes. »
Ange avait pourtant relu déjà deux fois, il fit la troisième lecture et rendit à Gaspard son cahier. La cloche sonna et ils rentrèrent en classe.
« Nous avions un problème à corriger » dit l’instituteur.
Gaspard leva la main.
« Oui Gaspard, vas-y. »
Gaspard se leva et prit son cahier.
« Non, sans le cahier, prends seulement ton livre » dit l’instituteur.
Le visage de Gaspard s’assombrit. Il arriva au tableau et fixa son livre pendant cinq minutes. Le maître marchait à travers les rangs, lentement, arrivé à la place de Gaspard il prit son cahier et regarda l’exercice, il secoua la tête et reposa le cahier.
« Alors Gaspard, tu nous fais l’exercice ? On dirait que tu cherches la solution d’un problème que l’humanité n’a jamais trouvé, et pourtant tu l’as trouvé dans ton cahier, est-ce que c’est le tableau qui te trouble ?
- Non, Monsieur » répondit Gaspard.
Il appliqua la craie sur le tableau comme s’il voulait écrire. Il resta dans cette posture pendant cinq autres bonnes minutes.
« Bon, Gaspard, dit l’instituteur, déshabille-toi.
- Non Monsieur, attendez, implora celui-ci.
- Attendre quoi ? lui demanda le maître. Je n’ai pas de temps à perdre. »
Gaspard se mit à écrire rageusement sur le tableau toute sorte de non-sens n’ayant aucun
rapport avec l’exercice, c’était l’énergie du désespoir, il savait bien que ce qu’il écrivait était faux.
Le coup de fouet du maître arrêta son ardeur.
« Aaaaïïïïe ! fit-il.
- Déshabille-toi, ordonna le maître.
- Monsieur, j’implore votre pardon, dorénavant j’apprendrai soigneusement toutes mes
leçons. »
Le maître lui donna un autre coup.
« Déshabille-toi et vite, sinon je double tes coups. »
Le maître déclara que plus jamais il ne donnerait d’exercice à faire à la maison.

* *
*

À l’orphelinat, Ange avait eu le premier ami de sa vie, il s’appelait Michel, c’était un gros garçon toujours de bonne humeur et bourré d’humour, il avait l’air intelligent mais malheureusement Michel n’était jamais allé à l’école.
Il était né à Bamako et y avait vécu jusqu’à l’âge de huit ans mais son père, un ménuisier, était d’abord mort de la jaunisse puis deux années plus tard ; sa mère mourut d’un paludisme mal soigné. Un oncle de Michel qui vivait également à Bamako et était petit fonctionnaire au ministère des transports, l’amena dans leur village au nord du (Mali ) chez son grand-père paternel qui était le seul survivant parmi ses aïeux. Mais de vieillesse ce grand-père mourut et son oncle vint le chercher pour le ramener à Bamako. Pour le malheur de Michel, l’épouse de son oncle était acariatre.
Michel devait aller chaque matin lui payer des condiments et des céréales de quoi préparer les repas, il devait faire incessemment la vaisselle, car sa tante ne supportait pas de voir un seul plat sale, il devait balayer la cour et la maison chaque jour. Sa tante avait un fils, Guillaume, qui avait le même âge que Michel et était à l’école primaire en classe CE2. Jamais elle n’avait demandé à son fils d’aider Michel dans l’accomplissement de ses taches domestiques.
Les week-ends, Guillaume faisait la grasse matinée puis sortait jouer au football avec ses camarades tandis que Michel trimait. Mais Michel était un garçon très éveillé et il s’adressa un jour à sa tante :
« Ma tante, le travail est un peu trop dur pour moi seul, ce serait gentil de la part de Guillaume s’il me donnait un coup de main le week-end, dit-il avec gentillesse.
- Impoli, tu as le culot de te plaindre alors qu’on te nourrit tous les jours sans que tu ne
dépenses aucun sou, s’emporta sa tante avant d’ajouter :
- Saches que Guillaume n’est ni un illettré ni un VDV (venu directement du village)
comme toi. Guillaume est un monsieur de demain, dit-elle avec emphase.
- Ma tante, excusez-moi si je vous ai offensé, reprit Michel, mais je crois que même si
Guillaume va à l’école il a aussi intérêt à savoir comment on balaie une maison. Le travail manuel n’est pas incompatible au travail intellectuel.
- Ah ! mais tu es gonflé, petit salaud, attends que je te dégonfle » dit la tante en arrachant
une branche du manguier pour punir Michel.
Ce dernier ne chercha pas à se sauver. Il resta planté sur place. Sa tante lui donna un
violent coup de fouet. Michel ne bougea pas.
La tante redoubla la violence du coup. Michel resta toujours immobile. Alors la femme,
énervée, s’acharna sur lui et ne s’arrêta que lorsqu’elle fut exténuée. Elle regarda méchamment Michel et s’en alla. Michel ne ressentait aucune douleur, il avait seulement mal au cœur. Si ses parents était vivants, il n’aurait jamais eu à affronter une telle injustice. Il se rendait compte de l’hypocrisie de sa tante.
Lorsque ses parents étaient encore vivants à Bamako, elle était la meilleure amie de sa mère. Elle venait pratiquement tous les jours chez eux et lui apportait chaque jour des bonbons, sans jamais manquer de le complimenter sur sa beauté et sur sa vivacité d’esprit.
« Pauline, disait-elle en s’adressant à la mère de Michel, Dieu t’a beaucoup comblé. Il t’a donné un beau fils, sain de corps et d’esprit. Moi mon Guillaume ! oh ciel ! que vais-je faire avec cet engourdi ! »
Voilà maintenant qu’elle le traitait de villageois et encensait Guillaume.
Les jours passèrent et un jour, la méchante tante reçut la visite de deux de ses copines. A ces moments-là, elle se montrait extrêmement gentille avec Michel.
« Michel ! » appela-t-elle d’une voix onctueuse.
Michel se présenta.
« Oh mon gentil Michel, tu veux bien aller payer deux bouteilles de bière pour tes deux taties ?
- Bien sûr.
Michel prit l’argent et un sac plastique pour y mettre les bières.
À son retour, son pied cogna une pierre, il vacilla et laissa tomber le sac, il enttendit un
pouf. Les bouteilles étaient éclatées et laissaient échapper le liquide.
Il rentra tout triste et tomba aux pieds de sa tante :
« Ma tante, pardonnez-moi, je ne suis qu’un pauvre étourdi. Mon pied a heurté une pierre sur le chemin du retour. Les bières sont perdues.
- Oh ça arrive ! s’écria sa tante. Tu n’as rien à te reprocher. C’est la faute à ces
garnements qui posent des pierres dans la rue pour en faire les buts d’un terrain de football. Allez, excuse-moi de te fatiguer encore, s’il te plaît. Va payer deux autres bouteilles. »
Elle lui tendit un nouveau billet de 1000F CFA et Michel repartit. Cette fois il revint avec les
deux bières.
Sa tante causa encore pendant une heure avec ses amies puis ces dernières prirent congé
d’elle.
Elle appela alors Michel qui lavait les plots dans la cour :
« Michel, viens dans ma chambre. »
Michel savait ce qui l’attendait, mais il obéit.
La tante se mit alors à le battre :
« Voleur, où as-tu caché l’argent que tu m’as piqué, en prétextant qu’elles sont tombées ? Si c’était le cas, où as-tu mis alors les tessons de bouteilles ?
- Mais j’ai jeté le tout à la poubelle ma tante, gémit Michel sous les coups.
- Ah, menteur, bâtard, chien, je vais te tuer aujourd’hui. »
Elle s’acharnait avec une violence de plus en plus inouïe.
Michel se retrouva par terre, sa tante le piétina mais il put se relever et s’enfuit aussitôt, il
sortit de la cour et continua à courir. Le soir, lorsque son oncle revint du travail, Michel n’était toujours pas revenu, idem lorsque la nuit tomba.
« Où est Michel ? s’inquiéta tout à coup l’oncle.
- Il est parti, je ne sais pas.
- Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Je ne suis pas le gardien de Michel ! cria la tante. Tiens, il est peut-être dans ta poche.
- Je vais prévenir la police, déclara l’oncle en se levant.
- Reviens ici, cria son épouse, je t’interdis de parler à qui que ce soit de sa disparité. Si
quelqu’un te demande de ses nouvelles, tu diras qu’il est retourné au village. Un point, un trait. Il est certainement allé rejoindre les voyous, les fainéants comme lui » ajouta-t-elle.
L’oncle craignait trop sa femme au caractère de feu, il ne parla plus de cette affaire.
Elle avait raison. Michel était dans la rue avec d’autres enfants pour la plupart orphelins comme lui. Pour se nourrir, chacun devait voler.
Michel ne voulait pas de ça, il resta deux jours sans manger. Les autres se moquaient de lui :
« Haha ! il préfère mourir de faim plutôt que de piquer l’argent des riches. Personne ne te donnera à manger. Il faut vendre ta vie comme tout le monde ici pour avoir à manger. »
Michel était résolu dès le premier jour à ne pas voler. Non, il ne donnerait pas raison à sa marâtre en se mettant à voler. Plutôt mourir. Mais au troisième jour, après une nuit sans sommeil, la faim et la fatigue eurent raison de sa noble détermination, il se leva et, marchant comme un zombie, il se mit à la recherche d’une proie. Ce fut un monsieur bien habillé d’un boubou brodé. Celui-ci était debout à l’entrée d’une grande boutique, le regard tourné vers l’intérieur et le dos offert en spectacle à la rue. Sans doute un riche commerçant, pensa Michel, il s’approcha d’un pas lent et silencieux. Puis il introduisit sa main dans la poche du boubou.
L’homme se retourna vivement et attrapa sa main fermement.
« Petit voleur, on va te lapider. Il y a trop de voleurs dans ce pays. Si on te laisse, tu grandiras avec ce virus dans le sang et un jour tu ne te contenteras plus de voler mais tu tueras aussi pour mieux voler. C’est mieux qu’on vous tue dès le jeune âge.
- Je vous demande pardon, j’ai passé trois jours sans manger, je vous jure que c’est la
première fois que je vole. »
L’homme n’écouta pas, il cria :
« Au voleur ! Au voleur ! »
Les gens accoururent devant sa boutique.
« Que chacun prenne une pierre, déclara un homme costaud. Il me vengerai. Il n’y a pas
plus d’un mois, des voleurs sont rentrés la nuit chez moi avec des armes, ils ont tout pris, même les casseroles et les chaussures. C’est pieds nus que je me suis rendu chez un ami pour emprunter de quoi acheter à nouveau le minimum vital.
- Oui, tuons-le, hurla une partie de la foule. Ce sera un exemple pour tous les hommes de
son espèce. »
Michel se mit à trembler et à pleurer. Heureusement une partie de la foule s’opposa farouchement à la lapidation.
« Remettez-lui à la police, cria un homme d’un âge avancé, la barbe blanche et abondante. Si vous voulez le lapider vous le lapiderez avec moi. »
Le vieil homme se plaça à côté de Michel, les hommes commencèrent à discuter.
« Il faut les tuer jeunes, vociféraient les uns, petit voleur devient grand voleur.
- Regardez dans quel était il est, il a dû faire ça pour ne pas mourir de faim.
- Mourir de faim, lui, si gros. »
Un homme se retira discrètement et courut à une cabine téléphonique.
Il appela la police:
«Venez vite, on va lapider un gamin au secteur 30.
- Où ?
- Au marché devant une boutique.
- Bon, nous arrivons. »
La police arriva effectivement et dispersa la foule. Les policiers amenèrent Michel au poste
de police. Après un interrogatoire, la police comprit tout ce qui était arrivé à Michel et ce qui l’avait poussé à la rue.
« Est-ce que tu voudras bien intégrer un orphelinat ? lui questionna un agent.
- Oui » répondit Michel sans hésiter.
Michel accompagna les policiers au domicile de son oncle vers 17h30. Ils le trouvèrent
dans un fauteuil sur la terrasse de la maison, en compagnie de sa femme. Lorsqu’il vit venir Michel avec la police, il se leva et les regarda surpris et muet.
« Nous venons vous annoncer qu’à partir de ce jour-ci cet enfant sera confié à un
orphelinat. »
L’oncle blêmit. Michel était le fils de son frère, il voulut parler :
« Attendez…
- Tais-toi, cria sa femme, qu’il s’en aille, c’est une bouche de moins à nourrir. »
L’oncle se tut et Michel repartit pour toujours avec les policiers. Michel rejoignit
l’orphelinat le soir-même.
Dès le lendemain, il remarqua que Ange n’était pas comme les autres. Ce n’est pas qu’il
était plus silencieux car tous les orphelins étaient silencieux, occupés à vivre dans leur monde intérieur. Mais chez Ange le recueillement était plus profond, tout son être dégageait une étrangeté indéfinissable qui frappait tout de suite celui qui lui prêtait la moindre attention.
Michel engagea une conversation avec lui :
« Comment tu t’appelles ?
- Ange Félix, répondit-il avec réserve.
- Moi, c’est Michel.
- Ah ! »
Mais peu à peu Michel avait réussi à sortir Ange de sa réserve et maintenant ils étaient les
meilleurs amis du monde, les seuls amis de l’orphelinat.
Michel était un garçon plein d’humour et lorsque Ange à la pensée de
luciferus
1 Messages

Messagepar Gothikia » 16 Déc 2008, 19:27

S'il te plait pourrait tu me passer me titre, l'auteur et l'édition de ce livre via les MP !
Ca serai simpa :wink: merci :)
Gothikia
Avatar de l’utilisateur

123 Messages

Messagepar taurus_ » 20 Déc 2008, 01:06

Pareil pour moi!! Merci beaucoup!


http://www.lulu.com/content/609659

J'ai trouvé ça...
taurus_
92 Messages


Retourner vers Littérature, théâtre et poésie

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités