par DarckCrystale » 17 Oct 2009, 16:48
Il était un fois une fille. Elle était un peu bête, un peu gauche, un peu gentille, un peu perdue. Elle avait dix sept ans.
Un jour en étude, elle était en train de dessiner, toute seule dans un coin (vous en faites pas, maintenant ça va mieux, je ne reste plus toute seule) quand un garçon, un grand garçon brun ténébreux avec des yeux très noirs et un sourire magnifique c'est approché et lui a demandé ce qu'elle dessinait. Elle était un peu contente, pour une fois c'était pas pour la faire chier qu'un garçon lui adressait la parole.
Elle lui a montré son début de dessin, c'était une fée, le garçon lui a dit qu'il la trouvait jolie. Ils restèrent à discuter le reste de l'heure et quand la sonnerie a retenti, elle lui a offert son dessin, comme pour le remercier de lui avoir donné un peu de bonheur, de lui avoir fait oublier sa pauvre vie quelques minutes.
Ils se sont revus régulièrement, parce que la fille a découvert le go, un jeu qu'elle trouvait passionnant, et que lui venait de temps en temps faire une partie au club, le jeudi, entre midi et deux. Et puis, il était en première STL et elle en première S, ils avaient EPS ensemble.
Un jour de grève, alors qu'il y avait beaucoup de monde absent, les prof ont proposé de faire du foot, pour ceux qui voulaient, et les autres pouvaient glandouiller. La fille a choisit de glandouillé, elle n'a jamais aimé le foot, elle n'est pas très douée pour ça, elle est même carrément nulle.
Ce jour-là, le garçon lui a proposé un massage. Elle a accepté (maintenant, je fais toujours attention à ce que je fais. Commencer quelque chose peut entraîner beaucoup trop loin à mon goût) parce qu'en fait elle était amoureuse du grand et beaux garçon. Elle était un peu triste aussi, comme toujours, parce qu'elle se trouvait moche, et sans aucun intérêt, mais elle rêvait souvent réveillée, rêver pour oublier.
Ainsi s'est amorcée une relation ambiguë, incertaine, mais elle avait le grand filtre de l'amour devant les yeux. Toujours un peu triste, mais parfois un peu heureuse quand il la retrouvait en étude pour lui masser les mains ou les épaules. Elle aussi, elle lui massait le dos.
Toujours un peu triste, toujours un peu heureuse.
Elle avait son numéro, enregistré sur le portable, quelque part au fond du répertoire. Il s'appelait Zacharie, donc forcément que c'était tout au fond du répertoire.
Un jour ils ont discuté par sms interposés. le beau grand garçon ténébreux au grand sourire lui a dit qu'il aimerait bien la masser ailleurs que dans le dos. Un peu triste, un peu heureuse, la fille a décidé de jouer le jeu. Pourquoi pas ? Lui aussi, disait pourquoi pas. Elle, elle savait. Elle savait que le beau grand garçon avait une belle petite copine. Mais elle l'aimait tant, elle le voulait tant, elle aurait aimé au moins le partager.
La fille un peu gauche, un peu bête, beaucoup naïve, a joué le jeu, et elle a fini par aimer ce jeu. Il n'y avait pas de règles bien définies, si bien qu'ils sont allés loin. Juste des messages écrits.
Toujours un peu triste, un peu heureuse.
Un jour, le beau grand garçon lui a dit qu'il aimerait l'embrasser dans le cou et qu'il lui ferait le lendemain, au lycée. C'était l'hiver, il faisait nuit le matin.
Il a essayé de le faire, mais elle a drôlement réagit. elle a voulu éviter, elle a comme voulu fuir. Mais c'est qu'elle n'avait pas l'habitude, avant les garçons la touchait juste pour la pousser, ça lui faisait bizarre. Et puis, cette pique amère de savoir la belle petite copine, quelque part, que le beau grand garçon oubliait quand il était avec elle... Plus triste que heureuse.
Elle n'a pas réussi à dépasser le stade du baiser dans le cou. Elle l'aimait, et ça lui faisait mal, comme une brûlure, et de le voir, son cœur se brisait, elle a fait une dépression, chez elle, elle pleurait la nuit avant de dormir, le portable sur l'oreiller.
Un jour, le beau grand garçon aux yeux noirs lui a envoyé un message lui disant qu'il ne pouvait pas sortir avec elle, qu'il ne reniait pas ce qu'il avait dit, tout ce qu'il avait dit, mais qu'il ne pouvait pas.
Ce jour-là, c'est comme si quelque chose dans la fille un peu bête, beaucoup naïve, un peu strange, s'était cassé. Comme une digue qui avait disparu. Plein de choses sont remontées à sa surface, et ça l'a balayée. Elle est devenue une loque humaine durant quelques jours, le temps de se reconstruire de l'intérieur. Elle avait besoin de calme et de vide, mais ce n'est pas ce qu'elle a eu.
Pour une fracture, on met un plâtre et le médecin dit que pour que les os se ressoudent correctement, il ne faut pas bouger. Ce n'est pas ce qui s'est produit pour elle. Elle a mal guéri.
Elle avait l'amour, mais la vague libérée par la digue l'a retourné, et l'inverse de l'amour, c'est la haine. Mais elle haïssait haïr, et toute cette haine restait en elle, et elle s'en voulait. Elle s'est détestée. Elle a voulut mourir. Non, elle n'a pas tenté de se suicider, elle l'avait déjà fait, et la vie se raccrochait trop à elle pour qu'elle la chasse. Mais elle ne vivait plus. Elle attendait que ça se passe.
Elle avait commencé à retrouver quelque chose de relativement plat dans sa tête. Mais le grand beau garçon aux yeux noirs et au grand sourire est revenu dans sa vie, revenu pour y rester un peu, il l'a reprise, il a sut remettre la haine dans le sens de l'amour, il l'a retournée.
Leur histoire tragique a reprit, et la fille, un peu gauche, un peu bête, encore un peu naïve a voulut rêver un peu encore, mais ça marchait moins bien, comme si elle connaissait la fin de l'histoire à l'avance, elle était de plus en plus triste, de moins en moins heureuse. L'amour essayait de redevenir haine, et la haine était contre elle-même, elle n'en pouvait plus d'elle. C'est étonnant qu'elle ne se soit pas mutilée, qu'elle ne se soit pas détruite physiquement, parallèlement à sa destruction mentale.
Physiquement, elle n'arrivait toujours à rien avec lui. Elle se renfermait même de plus en plus. Elle avait peur, elle pensait que si elle s'ouvrait, elle laisserait voir la haine en son sein, elle serait à nue. Et elle ne voulait pas que quiconque puisse la voir vraiment comme elle était.
Une fois, elle l'a embrassé. Une fois, et elle a à peine posé ses lèvres sur les siennes. C'était fini.
Elle a cru devenir folle.
Un jour, deux jours, plusieurs jours elle a vu le beau grand garçon et la belle petite copine ensemble. E ça lui faisait mal, de plus en plus mal.
Une fois, elle les a vu s'embrasser.
Elle voulait disparaitre.
Elle se demandait pourquoi elle était née, pourquoi ça lui arrivait... elle était épuisée, la nuit elle dormait mal, elle attendait avec le portable pas trop loin, les heures d'études étaient un calvaire, les heures de cours étaient la torture. Les profs disaient qu'elle faisait rien, qu'elle avait des mauvaise notes, qu'il fallait qu'elle se reprenne et se mette au boulot.
La fille un peu gauche, un peu bête, presque plus naïve, a apprit par un copain que le grand beau garçon au grand sourire avait cassé d'avec sa belle petite copine. Elle lui a demandé si il voulait sortir avec elle, parce que c'était ça ou rien, elle l'avait décidé, c'était ça ou rien.
Il a dit non.
Une dernière fois, elle s'est retournée, une dernière fois, elle a regardé toute sa vie, une dernière fois, elle a beaucoup pleuré et mal dormi, une dernière fois, elle a parlé avec lui. Une dernière fois.
La violence inouïe qu'elle avait contre lui, elle l'a gardée. Cette violence est toujours en elle, mais elle se disloque petit à petit, au fil du temps qui passe, qui court et s'envole.
Le temps est le seul médicament.
Cette blessure n'est pas belle, c'est une vilaine cicatrice sur son cœur.
Mais elle a eut un peu de chance, une fois dans sa vie. Elle a eu un garçon gentil, beaucoup plus gentil que Zacharie, qui le l'a pas faite souffrir, qui s'est offert à elle et qui a su partir au bon moment aussi.
Aujourd'hui, je suis un peu gauche, un peu bête, plus du tout naïve, plus heureuse que triste. Je suis en train de me reconstruire, et je regarde souvent la moche cicatrice sur mon cœur, en me demandant comment j'ai pu faire ça, et surtout en espérant que ça ne se reproduise jamais.
Personne ne m'a montré la vie plus belle, personne n'est resté à coté de moi pendant ma période de grande détresse, personne, je me suis refaire toute seule, c'est pour ça que j'essaye d'aider les autres.
Tentatio, fais attention aux sentiments, aux passions, fais attention à ton cœur. Je ne souhaite à personne ce que j'ai vécu.