par bonzo » 18 Déc 2009, 02:11
Bon, vu que je compte devenir écrivain il faut que j'écrit (sans faire de faute, vous l'aurez remarqué). Il y a de cela quelques années j'ai pondu une nouvelle et je me suis fixé une petite règle pour ne pas perdre la main : chaque fois que je veux la poster sur un forum, je la réécris entièrement. Voici pour vous la toute dernière version. Attention, c'est un peu long.
Lou
Le froid de l'hiver n'avait de prise que sur son souffle, formant de pâles volutes évanescentes. Murs de pierre ruisselants, usés par les années. Goudron craquelé, humide et glacé. Monceaux d’ordures adossés à des conteneurs débordants d’immondices. Il n'y avait plus personne dans la ruelle. Plus un bruit si ce n'était celui du vent. L'odeur était toujours là. Cette ruelle puait la sueur froide, elle puait la peur. Par-dessus tout elle puait leur odeur de viande morte. Dans une ville de simples mortels cette odeur aigre et imperceptible n’aurait gêné que les chiens. Malgré le froid et la puanteur des poubelles il pouvait la sentait aussi bien qu’eux, lui le chasseur. Ce parfum funeste ne lui inspirait haine et fureur, il en avait toujours été ainsi.
En maraudes il fallait faire profil bas, n’être qu’un visage de plus.
« Monsieur ? »
Le chasseur se tourna vers n’entrée de la ruelle. La femme qui se tenait à quelques mètres de lui semblait inquiète. Il y avait de quoi. À sa façon de parler elle devait arpenter les rues depuis des années dans sa camionnette du SAMU social. Assez longtemps pour savoir parler aux sans abris mais sûrement pas pour résister à l’hiver. Elle tremblait malgré son épais blouson, ses gants, son écharpe et son bonnet, ce qui l’obligeait sans cesse à remettre se lunettes en place. Le Chasseur ne tremblait pas, lui. Une vieille croûte brune craquelée et un jeans usé lui suffisaient. Ses mains étaient nues. Elle ne devait y voir qu’un homme moitié plus jeune qu’elle.
« Merci, dit-il. Mais perdez pas de temps avec moi, je vais chez des amis. »
Il huma l'air une fois de plus. La piste partait vers le nord, leur repaire n'était sans doute pas loin.
« Alors bonne soirée, répondit la femme du SAMU social.
- À vous aussi. »
Il tira sur la sangle du barda qui pendait à son épaule et partit. Dans son dos la porte de la camionnette claqua et le moteur s’éloigna en toussotant. Les bruits de la ville s’assourdissaient un peu plus à chaque pas. Le chasseur ne se pressait pas. La rue dans laquelle il déboucha était large, baignée dans la lumière orange des lampadaires. Ses bâtiments étaient hauts de trois étages pour la plupart. De vieilles maisons qui avaient vu la vie et la mort de générations entières. Cette idée rendait leur silence encore plus lourd. Quelques voitures étaient garées de loin en loin mais aucune lumière ne venait des fenêtres. L’heure tardive, sans doute. Peut-être aussi ceux qu’il était venu chasser. Les gens ne voulaient pas savoir. Sentir leurs instincts signaler un danger proche dans le noir les poussait à se coucher tôt, dormir pour ne pas y penser.
La piste filait, plus nette maintenant que les poubelles étaient derrière. Le Chasseur suivait lentement. Il était sans doute trop tard pour sauver leurs victimes. Eux seraient en pleine forme et repus, confiants d’être nombreux sur leur terrain et plus encore face à un jeune homme. Ils ne verraient rien venir. Comme toujours il ferait vite. Juste assez de violence pour se défouler sans devenir cruel. Il s’y efforcerait du moins. Face à cette engeance il avait du mal à se contrôler. Il ne se souvenait pas d’où venait sa haine pour eux. Peut-être un événement survenu lors qu’il était trop jeune ? Peut-être simplement l’instinct ? Difficile de faire la part des choses pour un être tel que lui.
La piste s'arrêta brusquement. Où ? Le chasseur renifla. Un soupirail à ses pieds donnait sur une cave sombre. L’obscurité ne serait pas un problème. Il se pencha vers une fracture du verre. L’odeur était forte, au moins une dizaine de ces monstres. Des sons passaient aussi. Des grognements affamés, informes, qui couvraient des respirations faible et haletantes. Trop tard pour sauver des vies, cette nuit elles seraient trois à s’éteindre. Il n’y pouvait rien et cela ne faisait qu’aggraver sa colère. Le Chasseur laissa tomber son sac et l’envoya à travers la vitre du soupirail avant de s’y engouffrer.
La cave était encombrée de bric-à-brac, plongée dans la pénombre. Trois silhouettes pâles levèrent la tête de la jeune femme qui leur servait de repas. Deux corps gisaient au milieu de la pièce, couverts de profondes morsures là où leurs vêtements étaient déchirés. Derrière, un homme aux longs cheveux noir était assis dans un fauteuil, torse nu malgré le froid. Huit personnes se tenaient autour de lui. Tous fixaient le Chasseur avec étonnement. Celui-ci laissa son blouson couler de ses épaules.
« T’es qui, toi ? »
Celui qui avait parlé s’était approché d’un pas. Le Chasseur ne lui accorda pas plus de regard que de réponse. Il se pencha pour redresser son sac alors que celui du fauteuil se levait sur un rire lent.
« C’est un héros qui va finir en dessert. »
Le Chasseur entendait chacun de ses pas. La chose parlait bien, bougeait de façon théâtrale. Assez de formes pour impressionner ses sous-fifres.
« Tu regardes trop de films, jeune homme. Je sais ce que tu es et ton sang n’est pas plus mauvais qu’un autre. »
Le Chasseur plongea la main droite dans son barda.
« Des connards dans ton genre qui croient savoir des choses : j’en ai envoyer des tonnes au paradis des cendriers.
- Tu sens le loup, petit, et je sais de quoi je parle. D’une certaine façon tu es des nôtres. Nous sommes rassasié pour ce soir alors disons simplement que tu n’aurais pas du venir et qu’il serait plus sage pour toi de partir.
- Tu rêves tout debout, ma grande. »
Il laissa son sac retomber, découvrant lentement la lame claire d’une courte épée courbée. Un wakizashi*, plus pour l’efficacité que pour son style qui, de toutes façons, n’allait pas avec un vieux blouson de cuir et un barda vert kaki. Il remarqua que certains puisaient déjà des armes dans le bazar environnant. Des barres de fer et des bâtons qui, à en juger par les traces de sang séché, devaient leur servir à chasser. Celui qui semblait être le chef s’arrêta face au Chasseur, juste assez loin pour ne pas être à portée de lame. Il plongea les mains dans les poches de son pantalon pour en sortir deux couteaux à cran d’arrêt. D’un geste théâtrale il écarta les bras en les actionnant. Le Chasseur ne put s’empêcher de sourire.
« Nous ne sommes pas des bêtes, mon garçon. Je t’offre une chance alors saisit-la ! Même avec une épée tu n’es rien si la lune n’est pas pleine. »
Disant cela il avait pointé l’un de ses couteaux vers le Chasseur.
« Je te conseille de t’en aller tout de suite, il n’y a pas de honte à avoir. »
Les douze étaient maintenant autour de lui en arc de cercle. Une meute de chiens errants prêts à bondir. Le Chasseur adorait ce genre de petites mises en scène.
« Ce serait plutôt à moi de vous laisser une chance. Mais franchement je déteste trop les saloperies dans votre genre, qui savent rien et qui cherchent pas plus loin. Surtout celles qui massacrent des gens et jouent les caïds.
- C’est la nature.
- Alors vous avez pas de bol. »
Il fit un pas en avant et trancha. Trop long. Douze monstres suceurs de sang en furie se jetaient déjà sur lui. Coups de pieds de tables et de chaise, de manches à balais en bois ou en métal. La douleur n’était pas le pire. Les vibrations de la lame firent lâcher son sabre au Chasseur. Il fut bientôt maîtrisé et remis sur pied par ses adversaires. Au moins sept visages se pressaient autour du sien. Il sentit un souffle fétide, chargé d’une forte odeur de sang.
« C’est rare qu’on se fasse livrer à domicile. »
Le Chasseur ne cacha pas son expérience de ce genre de situations en crachant droit dans la bouche encore grande ouverte. Son adversaire recula de quelques pas en se raclant la gorge, visiblement furieux. Il revint immédiatement coller son poing dans le ventre du jeune homme. Le Chasseur encaissa sans broncher, levant vers son adversaire un sourire des plus moqueurs.
« T’es un dur, toi !
- Pas le cas de tout le monde. »
Le coup suivant plia le Chasseur en deux malgré la fermeté avec laquelle les autres le tenaient.
« On verra comment tu la ramènes avec huit litres en moins dans les veines !
- Attendez ! »
Maintenant leur prise sur le Chasseur, tous s’écartèrent et le tournèrent face au chef qui fouillait le barda abandonné. Il en sortit un pistolet.
« Bel outil.
- Cadeau de noël de mon grand frère. Tu l’abîmes je te crève lentement.
- Inutile de t’inquiéter, j’en prendrais soin. Un Glock, n’est-ce pas ?
- Glock 17 avec rallonge du canon et suppresseur intégré. Si tu veux les accessoires va falloir fouiller sous mon linge sale.
- Restons simple.
- Alors oublie pas de l’armer avant de passer pour une buse devant tes copines. »
Le chef tira le chien du pistolet en arrière et la lâcha. Il finit sa glissade avec un cliquetis. Le canon vint se pointer vers la tête du chasseur.
« T’as enlevé le cran de sûreté au moins ?
- Alors même maintenant tu restes insolent.
- Même maintenant tu me fais moins peur qu’une gamine qui joue aux billes.
- Mon offre est encore valable. Demande et je laisse partir.
- Me rate pas. »
Le chef laissa échapper un sifflement dédaigneux. Il baissa l’arme vers le ventre du Chasseur. Seul le choc du percuteur et le bruit de la balle entrant dans la chair se firent entendre. Le jeune homme sentit ses jambes lui manquer. Les autres le laissèrent tomber face contre terre.
« Profitez-en avant qu’il ne refroidisse !
- T’inquiète. »
Sa voix n’avait été qu’une plainte essoufflée. Le choc lui avait coupé le souffle cependant la blessure se refermait déjà. Le Chasseur se releva sous les yeux médusés de ses adversaires. Une balle lui traversa l’épaule, une autre la poitrine. Bientôt il fut dos au mur, subissant les tirs. Il ne tomba pas. Le chef pressa une dernière fois la détente. Rien ne se passa. Dix balles avaient transpercé le corps du Chasseur sans réel effet. Il se dressa de tout son haut et prit une grande inspiration avant de fixer son regard sur celui du chef.
« Je t’avais dit que tu rêvais tout debout, ma grande.
- Comment…
- Ça te servira à rien de le savoir. »
Il plongea droit sur son sabre. Tous se ruaient déjà sur lui. Sur une roulade il bondit, frappant sous l’aisselle droite d’un assaillant qui fut trancher en deux jusqu’à l’épaule opposée. Seules ses cendres touchèrent le sol. Il attrapa de sa main libre le visage d’un second ennemis, lui fit perde l’équilibre d’un bond en avant. Il s’abattit de toutes ses forces sur le sol, broyant la tête dont les lambeaux se flétrirent entre ses doigts. Deux de moins, restaient dix. L’un d’eux perdit son avant-bras gauche en tentant une attaque. Il eut le temps de crier avant de recevoir un sévère coup de pied en pleine poitrine qui l’envoya rouler au sol. La surprise ne dura pas plus. Déjà quelqu’un avait sauté sur le dos du Chasseur et planté ses crocs dans son épaule. Il se jeta en arrière, écrasant son adversaire au sol. Il sentit plusieurs os craquer sous son poids, pas assez pour tuer cette vermine.
Le Chasseur roula pour se retrouver à quatre pattes. Mauvais choix, il n’eut pas le temps de se relever que le bois et le métal s’abattaient sur son dos. Sa colonne vertébrale ne tint pas le choc bien longtemps. Très vite il fut au sol, roué de coups. Fini les cabrioles et les armes, l’heure était à un tout autre combat. La violence avec laquelle ils s’acharnaient sur lui ne permis pas à ses adversaires remarquer les premiers changements. Le craquement des os qui s’allongeaient était couvert par celui des os qui se brisaient. Entre la douleur des coups et celle de son corps qui changeait, le Chasseur n’avait plus assez de souffle pour crier. Quand ils réalisèrent enfin que leur ennemi se transformait ses vêtements se déchiraient comme du papier.
Tous reculèrent devant l’horreur d’une telle vision. Plus vraiment homme, pas encore bête, le Chasseur ruait au sol. Son squelette brisé se remettait difficilement en place. Ses chaussures éclatèrent pour laisser jaillirent ses pieds qui s’allongeaient démesurément. La bête se leva sur quatre pattes, tremblante de douleur et de colère. Elle se dressa ensuite de tout son haut, énorme, assez grande pour frôler le plafond. Le pelage hirsute qui couvrait peu à peu le Chasseur capta la lumière orangée qui venait de la rue, lui donnant l’air d’un démon d’un noir d’encre entouré d’une aura de flammes. Sa gorge vibra pour lancer un grognement rauque à travers ses babines retroussées.
Le Loup-Garou se jeta sur le tas de proies terrifiées qui fonçaient vers la porte. Il n’était plus un chasseur ou un combat, il était une bête : un tueur parfait. Chacun de ses gestes ne pouvaient qu’être fatal. Un coup de pattes déchira sans mal une poitrine, envoyant le reste se disperser en cendre. Les puissantes mâchoires se refermèrent sur une tête avant de s’ouvrir grandes pour cracher de la poussière. Il mordit, frappa, griffa, transperça, démembra. Trop de vitesse, de force et de brutalité pour ses victimes paniquées. Très vite la pièce fut envahie d’un nuage de poussière. Plus un adversaire à portée de vue. Pourtant l’un d’eux était parti, sa puanteur filait droit à travers le soupirail.
La bête se rua vers la porte. Sans même ralentir elle la défonça, ravagea un escalier, une autre porte puis un couloir. Une dernière porte éclata sur la rue. Une dizaine de mètres plus loin le fuyard se retourna. C’était le chef, toujours torse nu mais le visage tremblant de terreur. Il avait profité du courage des autres pour fuir et même voler un chargeur de plus dans le barda du Chasseur. Le Loup-Garou l’observa. Sa profonde respiration relâchait de véritables lambeaux de brume. Dressé sur ses deux pattes il avança calmement pour rejoindre sa dernière proie. Le chef rechargea maladroitement le pistolet et vida de nouveau le chargeur. Dans la panique la moitié des tirs manquèrent leur cible pourtant massive. La bête ne ralentit pas le moins du monde, encaissant les blessures qui se refermaient immédiatement. Elle fut bientôt assez près pour attraper les épaules de sa proie.
Le chef était méconnaissable, aussi pitoyable et larmoyant qu’il s’était montré arrogant quelques minutes plus tôt. Les yeux grands ouverts levés vers son bourreau, il trouva assez de courage pour remuer ses lèvres tremblantes et sa gorge serrée.
« Qui es-tu ? bredouilla-t-il. »
Pour toute réponse, le Loup-Garou planta ses griffes profondément dans les épaules de sa proie. Il écarta violemment les bras, la déchirant en deux moitiés de corps qui se flétrir avant même de toucher le sol. Sur ce le Chasseur repartit, reprenant forme humaine calmement avant même d’avoir atteint le soupirail. Il s’y glissa une nouvelle fois, nu comme un ver. Retrouver son barda ne fut pas un petit soulagement. Il en tira des vêtements. Une fois habillé il ne resta plus qu’à effacer ses traces. Il fit le tour de la pièce, ramassant les douilles des balles tirées contre lui et les fourrant dans ses poches. Seule manquait son wakizashi. Il prit garde de ne pas trop regarder les corps vidés de leur sang en passant près d’eux. Alors qu’il se penchait pour ramasser son arme, son regard croisa celle de la jeune femme qu’il avait vu se faire vider en arrivant.
Il se figea. Elle vivait encore. Sa poitrine se soulevait et ses blessures laissaient échapper du sang. Les veines de son cou battaient faiblement sur une chaînette dorée. Son regard était effrayé, comme celui d’une enfant perdue dans une foule.
« J’ai froid. »
Sa voix n’avait même pas eu la force d’être un gémissement. Le Chasseur ferma les yeux et serra les mâchoires aussi fort qu’il le put. Il avait craint cela comme à chaque fois qu’il se lançait dans un de ces combats. Une victime trop forte. Ne pas avoir succombé aux morsures la condamnait à devenir l’une de ces choses. Elle n’aurait pour destin qu’être réduite en un tas de cendres dans une cave perdue. Cela prendrait encore un moment. Le temps pour le Chasseur de trouver assez de courage tuer non pas un monstre mais une innocente que des monstres avaient épargnée par sa faute. Sa haine pour eux l’avait fait intervenir trop tôt. Il saisit son arme et alla s’asseoir près de la mourante. Elle le suivit des yeux.
« Je suis morte ? »
Il peinait à garder un visage de marbre. Le regard implorant de cette jeune femme lui faisait plus de mal que tout ce qu’il avait subit dans la soirée. S’il avait tenté de répondre, il aurait sans doute fondu en larme. Toute la cruauté du tueur qu’il était ne le protègerait jamais de celle de son monde. Elle voulait une aide que personne ne pouvait lui apporter. La laisser survivre à cela n’aurait fait que mettre des vies en dangers. Il les aurait sur une conscience que même la bête ne pouvait éviter. Ce qu’il avait d’humain était un fardeau précieux. Cela lui donnait l’envie de se battre pour protéger les gens et regretter des malheurs qu’il n’avait pas causés.
Finalement il trouva la force d’approcher une main de son visage pour en chasser ses cheveux empoissés de sang. Elle était blonde. L’expression de son visage faisait remonter de douloureux souvenirs. Ceux d’une femme comme il n’en avait connue aucune autre dans sa vie. Une histoire qui avait déplu et s’était mal terminée. Plus que l’épargner, il avait sauvé celle que sa mémoire appelait encore jour après jour. Une Vampire. Si celle qui agonisait maintenant devant lui avait été victime d’une telle créature tout aurait été permis. Malheureusement les Vampires, les vrais, n’étaient plus dans ce monde. Ils n’avaient laissé derrière eux que ces horreurs grouillantes. Les Goules, descendants des serviteurs qui s’étaient mis à boire du sang humain à la place de celui de leurs maîtres disparus. Leur existence se résumait à n’être que des épaves en constant manque de sang frais.
Une larme roula du coin de l’œil de la jeune femme mourante.
« Je veux rentrer chez moi. »
Il lui caressa doucement le visage.
« Ne parle pas. Ferme les yeux.
- J’ai froid.
- Ça va passer. Ensuite tout ira bien.
- C’est vrai ?
- Ne t’inquiète pas. Je suis avec toi. »
Elle ferma les yeux. Lentement, le Chasseur se redressa, prit son sabre en revers des deux mains et le pointa vers la poitrine de la jeune femme.
« Comment tu t’appelles ?
- Charlotte.
- C’est un joli nom.
- Et vous… Comment vous… vous… »
Elle n’en dit pas plus. Sa poitrine retomba, expulsant un dernier souffle de son corps. Ses blessures ne saignaient plus. Le Chasseur ferma les yeux et attendit. Les secondes lui parurent des heures. Soudain il entendit la jeune femme inspirer à nouveau. Il abattit son sabre de toutes ses forces. Il sentit le corps de la jeune femme ruer contre la lame puis il n’y eut plus rien. Il rouvrit les yeux sur une barre de métal plantée dans un T-shirt n’abritant que des cendres. D’une main tremblante il ramassa la chaînette au bout de laquelle pendant une petite fée accrochée à une boule noire. Dans ce monde qu’il détestait les victoires ne comptaient pas. Il ne gardait de trophée que pour se souvenir de ses échecs. Tout était fini cette fois, il pouvait se laisser aller à verser une larme. Laissant son wakizashi planté dans le sol, resta à genoux, le pendentif dans les mains.
« Charlotte… murmura-t-il. Moi c’est Lou. »
*Wakizashi : un sabre court japonais, entre 30 et 60 centimètres de long.