Leur dernier album, Leaving Eden, est sorti il y a tout juste un mois.
Voici la chronique du site
Obsküre
Mick Moss s’est retrouvé seul aux commandes d’Antimatter après le départ de Duncan Patterson (ex-Anathema), tourmenté par des préoccupations plus personnelles et qui ont trouvé concrétisation sous la forme du luxueux projet acoustique Ion.
Seul, Moss avait-il d’autre choix/désir que de convertir les formes ?
Antimatter, s’il campe en 2007 sur ses positions atmosphériques typées psyché 70’s (Pink Floyd en ligne de mire, encore et toujours), projette sur ce nouveau "Leaving Eden" un essor, un vrai déploiement de sa force physique. Les claviers gardent ainsi le monopole d’une tapisserie sonore molletonneuse, mais de laquelle l’explosion jaillit davantage… ce qui finalement, n’est pas un mal. Moss n’est pas du genre monomaniaque. A titre principal, les guitares gagnent nettement en épaisseur, cumulant deux avantages : la polyvalence de Mick Moss, habile dans l’exploration acoustique (le très classique "Ghosts", et le plus que beau "Landlocked") autant que dans l’exercice saturé ; ensuite, la conjugaison de ses talents personnels (voix comprise) à ceux d’un musicien connu des fans d’Antimatter : un certain Danny Cavanagh, guitariste d’Anathema et qui vient poser sur "Leaving Eden" des pianos et guitares leads assez somptueuses. Si le précédent "Planetary Confinement" avait laissé la trace d’une ultime délicatesse, le nouvel album conserve encore un souci orchestral mesuré mais s’ouvre à de nouvelles ambitions. Pour autant, le line-up présent sur l’album précédent est resté stable, en dehors de la désertion de Patterson : derrière Moss s’activent en effet Ste Hughes (basse), Rachel Brewster (violon) et Chris Phillips (batterie), lesquels deviennent les nouveaux piliers soutenant l’entreprise de Mick.
L’écriture de ce dernier accentue la tension au sens premier du terme, couchant un habillage plus rock dont les couleurs ravivent ce qui, jusqu’à présent, tendait davantage au pastel. Il en ressort une âpre mélancolie ("Another Face in the Window", ou le tendu "The Freak Show"), au-delà d’un référentiel plus que jamais affiché. Ainsi, sur le titre éponyme, "Leaving Eden", Antimatter réussit un petit tour de force. Tout en ne se dégageant pas du carcan psyché défini par certains avant eux, la formation parvient ici à accoucher de ce qui ressemble à un pur classique. Sur un tempo médium (cadence dominant l’entièreté de l’album), le groupe de Moss installe une hypnose planante et dont les contours lumineux parachèvent ce qui fait son essence : un lyrisme empreint à la fois de candeur, de suavité et d’esprit.
Alors que Mick Moss se retrouve seul, alors qu’on pensait voir en Duncan Patterson ce qui constituait le nerf principal d’Antimatter, Moss se forge un espace étonnamment inspiré et émouvant. Il réinvente pour le meilleur un son qui ne se contente plus d’hypnotiser, mais qui en impose assez sérieusement.
Le virage est pris, et la traversée qui s’annonce, prometteuse. Si Patterson a déserté le Floyd, Moss fait du revival sa petite affaire.